SONDAGE AD HOC Emploi: que veulent les Québécois ?

Calixte De Procé Collaboration spéciale
Au sein des employés québécois, 25% regardent ailleurs pour trouver un nouvel emploi et, parmi ceux-ci, 5% se disent en recherche active.
Photo: Charles / Unsplash Au sein des employés québécois, 25% regardent ailleurs pour trouver un nouvel emploi et, parmi ceux-ci, 5% se disent en recherche active.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, l’attraction et la rétention des talents sont deux des enjeux les plus importants pour les entreprises. Mais les employeurs québécois connaissent-ils vraiment leurs employés? Ont-ils conscience de leurs attentes et de leurs priorités et, surtout, y répondent-ils? Analyse des principaux résultats du sondage Ad hoc-Infopresse sur les perceptions du marché de l’emploi et les motivations des travailleurs québécois en 2019.

Au cours des deux dernières années, 36 % des travailleurs québécois ont été sollicités par des employeurs et 18 % au moins trois fois. Pour Nathalie St-Laurent, vice-présidente et associée d’Ad hoc, ce résultat, même s’il était attendu, reste surprenant. « Lorsqu’un dirigeant convie 10 employés autour de la table, 4 d’entre eux ont récemment été démarchés, peut-être même par un concurrent », illustre-t-elle.

Photo: Courtoisie Nathalie St-Laurent, vice-présidente et associée d’Ad hoc

Chez les millénariaux, ce résultat grimpe même à 46 %. Selon la responsable d’Ad hoc, ces sollicitations professionnelles s’expliquent notamment par la présence accrue des employés sur les médias sociaux, comme LinkedIn. « Ces plateformes permettent aux salariés d’être en vitrine de façon permanente et facilement approchables, qu’ils soient en recherche ou non. »

À la recherche de l’emploi parfait

Au sein des employés québécois, 25 % regardent ailleurs pour trouver un nouvel emploi et, parmi ceux-ci, 5 % se disent en recherche active. Par ailleurs, 53 % étudieraient la proposition d’un nouvel employeur en cas de sollicitation. « En d’autres termes, 78 % des employés sont ouverts au changement de travail. C’est un chiffre très élevé, qui devrait alerter les employeurs », constate Nathalie St-Laurent.

Devant des employés qui manifestent un désir de changement, renforcé par des sollicitations de plus en plus nombreuses, les employeurs sont plus vulnérables. « Les attentes des travailleurs sont tellement élevées qu’ils trouvent difficilement un emploi totalement satisfaisant, analyse la responsable d’Ad hoc. Ils pensent pouvoir trouver mieux ailleurs. »

Des employés moins fidèles

Parmi les employés, 30 % estiment probable de changer d’employeur au cours des deux prochaines années. Pour 10 %, cette hypothèse est même très probable. Les employés restent aujourd’hui en poste moins longtemps. « On ressent un état d’esprit de roulement qui était moins là auparavant. La main-d’œuvre est plus mobile
que jamais. » Un problème pour les employeurs, bien conscients du fait que la démarche de recrutement et de formation coûte plus cher que la rétention de talents. « Il est devenu primordial de trouver les bons leviers pour retenir ses employés », souligne Nathalie St-Laurent.

Chez les millénariaux, la mentalité de changement est encore plus évidente : 41 % estiment probable de changer d’employeur prochainement, et 15 % très probable. « La conviction est encore plus grande pour ce public en début de carrière qui, souvent, cherche sa voie », analyse-t-elle.

Vers une inversion du rapport de force employeur / employé

Aujourd’hui, 61 % des travailleurs considèrent que le rapport de force n’appartient plus principalement aux employeurs. Pour Nathalie St-Laurent, ce chiffre exprime bien le virage qui semble s’opérer dans cette relation employeur-employé. L’inversion des rôles est en cours — 40 % des travailleurs estiment que le rapport de force appartient autant à eux qu’à leurs employeurs —, et il sera intéressant de suivre cet indicateur dans les années à venir.

« Pour 1 personne sur 5, le rapport de force est déjà du côté de l’employé, relève-t-elle. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, alors qu’ils sont de plus en plus sollicités, les employés se sentent désirés et comprennent que leurs employeurs ont besoin d’eux, peut-être plus que l’inverse. »

Cette tendance est toutefois moins évidente chez les plus jeunes. En effet, 47 % déclarent que le rapport de force appartient encore à l’employeur. Un chiffre qui étonne, mais qui peut s’expliquer par le vécu plus limité des millénariaux sur le marché du travail.

Aux employeurs de jongler avec les desiderata de la main-d’œuvre

Satisfaire les travailleurs est devenu un vrai casse-tête. Aujourd’hui, 75 % des employés québécois relèvent 19 critères jugés comme importants sur 24 proposés. Et si les motivations financières, comme la rémunération, les avantages sociaux ou les vacances, sont au sommet de la liste des préoccupations des salariés, deux autres thèmes figurent assez haut dans les préoccupations, soit la culture d’entreprise et le développement professionnel, ainsi que la flexibilité et l’accessibilité.

« Ce contexte multicritères est rare », analyse Nathalie St-Laurent. Les employés expriment de nombreuses convictions et, pour les employeurs, répondre à leurs attentes devient une tâche complexe. Ils doivent continuellement jongler avec des critères extrêmement variés pour satisfaire leurs employés et attirer de nouveaux talents. »

Un marché de l’emploi encore moins adapté aux attentes des femmes

Seulement 38 % des femmes estiment facile de trouver un travail répondant à leurs attentes. Ce chiffre, particulièrement faible, doit faire réfléchir les employeurs au sujet de leur capacité à satisfaire les demandes de ce public sur le marché de travail. « Bien souvent, les femmes cherchent un bon équilibre entre leur travail et la vie personnelle, et tous les employeurs ne sont pas en mesure de proposer cette flexibilité », remarque Nathalie St-Laurent.

De l’avis général, l’emploi parfait est une denrée rare, et 46 % des Québécois estiment facile de trouver un emploi répondant à leurs attentes.

Satisfaction : mention « passable » pour les employeurs

Parmi les personnes sondées, 67 % sont satisfaites de leur employeur actuel. Un résultat modéré qui invite les employeurs à faire mieux. Ce chiffre est peu surprenant dans le contexte des attentes élevées exprimées. Nombreux sont aujourd’hui les employés québécois qui se demandent s’ils sont pleinement satisfaits. « C’est un éternel processus de remise en question », ajoute Nathalie St-Laurent.

À noter que 77 % mentionnent toutefois être engagés envers leur employeur, et que 35 % se disent très engagés et déploient pleinement leur énergie au travail. « C’est amusant de voir que ce niveau d’engagement et de motivation est supérieur au taux de satisfaction », relève Nathalie St-Laurent, qui voit dans ce résultat un sens du devoir qui profite aux employeurs à court terme, mais qui les rend également plus vulnérables. « Même si les employés ne sont pas pleinement satisfaits, ils se donnent à 100 % dans leur travail. Attention cependant à ne pas laisser cet écart se creuser, au risque de voir plus souvent ses talents rejoindre un concurrent qui correspond mieux à leurs attentes », ajoute-t-elle.

Pour convaincre, il faut mettre le prix

Dans une situation hypothétique où les répondants étaient appelés à changer d’emploi, la rémunération concurrentielle est, une nouvelle fois, la motivation spontanée qui ressort le plus (40 %), devant les valeurs de l’entreprise (25 %) et les horaires flexibles ou la conciliation travail-vie personnelle (24 %).

Pour Nathalie St-Laurent, le salaire est un critère à ne surtout pas négliger, « au risque d’être immédiatement écarté ». Il représente en effet une mesure concrète et est bien souvent un levier déterminant dans une négociation. Pour attirer les ressources, les employeurs doivent donc être à la hauteur ou, du moins, atteindre un certain seuil concurrentiel.

Vive la flexibilité !

À la question « Quels sont les cinq critères les plus importants en matière d’emploi ? », les travailleurs québécois penchent surtout vers des motivations financières (rémunération, sécurité d’emploi, vacances et couverture d’assurance), mais la flexibilité fait son apparition dans le top 5, plébiscitée par 36 % des sondés, au même niveau que les vacances.

« Nous vivons à une époque où le temps est une denrée rare. Ainsi, la flexibilité représente un atout largement valorisé », analyse la responsable d’Ad hoc. Et si certains employeurs proposent déjà des horaires flexibles, ils ne doivent pas hésiter à mettre cet avantage en avant. Cette tendance est encore plus marquée chez les millénariaux, qui valorisent grandement la conciliation travail-vie personnelle.

L’argent ou les valeurs ?

Le sondage révèle que 62 % des travailleurs préfèrent un emploi payant à une entreprise dont ils partagent les valeurs. La majorité préfère également une bonne sécurité de l’emploi plutôt que l’idée de relever des défis (62 % contre 28 %) et même une bonne sécurité de l’emploi plutôt qu’un salaire plus élevé (57 % contre 43 %). Pour Nathalie St-Laurent, ces résultats, obtenus en plaçant les répondants face à des choix forcés entre deux attributs, montrent que les préoccupations des employés sont encore assez « terre à terre ». Malgré le souhait pour plusieurs de donner un sens à leur travail et la croissance, plus générale, de la conscience sociale, lorsqu’ils doivent faire des choix, ilsoptent majoritairement pour la tranquillité d’esprit et les avantages pécuniaires.

Que l’employeur soit connu ne semble pas impressionner. L’employeur bienveillant l’emporte très largement (92 % contre 8 %), tout comme l’entreprise socialement responsable (73 % contre 27 %).

« Dans un contexte où les employeurs ne peuvent pas tout offrir et doivent faire des choix, ces résultats leur donnent une bonne indication des attributs sur lesquels ils devraient miser. »

Une entreprise à plusieurs faces

« Le marché de l’emploi, ce n’est pas one-size fits all. Les employeurs ne peuvent pas parler d’une seule façon et séduire tout le monde. Les « personas », ou types d’employés, illustrent bien le fait que le marché est composé de différents profils avec des motivations très différentes. Attirer et retenir ses employés est une tâche qui nécessite des approches personnalisées », commente la responsable d’Ad hoc.

Sur la base des bénéfices recherchés, l’étude Ad hoc-Infopresse distingue 4 personas : « Jean l’argent » (37 %), principalement motivé par les bénéfices financiers, « Romain l’humain » (25 %), motivé par la reconnaissance de l’employeur, la culture d’entreprise, le développement professionnel, la vie sociale au travail et la responsabilité sociale, « Alex la flex » (24 %), qui recherche avant tout la flexibilité lui permettant de bien concilier travail et vie personnelle, et « Martine la routine » (14 %), qui exprime un besoin profond de prévisibilité.

 

Employeurs, écoutez, puis communiquez

Seulement 10 % perçoivent aujourd’hui que leur employeur a une « promesse employeur ». La faiblesse de ce résultat invite les employeurs non seulement à réfléchir à des offres adaptées, mais aussi à mieux les communiquer. Pour honorer sa promesse, il faut d’abord que celle-ci soit connue.

La marque employeur constitue une des réponses les plus performantes pour corriger ce manque de compréhension et de communication afin de mieux se distinguer. « Il s’agit assurément d’une bonne façon d’attirer et de retenir les talents dans un contexte de rareté de main-d’œuvre », analyse Nathalie St-Laurent. L’entreprise doit avoir la même réflexion qu’une marque : comment être crédible, distinctive et attirante. »