Le bonheur par la pleine conscience

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La pleine conscience consiste à porter attention au moment présent, aux pensées, aux émotions, aux sensations physiques et à l’environnement de façon délibérée et sans porter de jugement ou poser d’étiquettes.
Photo: iStock La pleine conscience consiste à porter attention au moment présent, aux pensées, aux émotions, aux sensations physiques et à l’environnement de façon délibérée et sans porter de jugement ou poser d’étiquettes.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La pleine conscience est de plus en plus présente dans les médias et elle gagne en popularité dans la population générale. En outre, depuis une vingtaine d’années, le nombre de publications scientifiques portant sur ses effets sur la santé et sur la diminution des symptômes, notamment lors des périodes de transition générant une plus grande anxiété, a augmenté de manière exponentielle.

Spécialiste du vieillissement, la professeure de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) Guilhème Pérodeau, aujourd’hui toute jeune retraitée, s’est intéressée aux effets de la méditation et de la pleine conscience chez les baby-boomers, de plus en plus nombreux à prendre le chemin de la retraite. Elle publie un ouvrage présentant ses résultats de recherche et ceux de ses collègues, tout en proposant des pistes pour parvenir à mettre le pilote automatique sur off et accepter de suivre sa voix intérieure.

« La retraite, c’est une nouveauté, explique-t-elle. On a passé toute notre vie à travailler. On s’est habitués à ce que d’autres pensent pour nous, tout est structuré, notre espace de liberté est restreint. Et tout d’un coup, on peut faire ce qu’on veut lorsqu’on se lève le matin. Mais qui sait réellement ce qu’il veut ? Quelles sont ses intentions ? »

Période de désenchantement

Après ce que la professeure appelle « la lune de miel », une année ou deux durant lesquelles le jeune retraité opère un rattrapage et fait tout ce qu’il s’était promis de faire lorsqu’il en aurait du temps, vient une période d’angoisse.

« De désenchantement, tout du moins, précise-t-elle. Surtout si la personne avait des idées irréalistes pour sa retraite ou qu’elle ne s’y est pas préparée. C’est le moment où l’on fait le deuil de sa vie passée, du statut que conférait l’emploi. C’est une transition qui peut être très difficile à vivre, et c’est là que la pleine conscience peut faire une différence. »

La pleine conscience consiste à porter attention au moment présent, aux pensées, aux émotions, aux sensations physiques et à l’environnement de façon délibérée et sans porter de jugement ou poser d’étiquettes. Il s’agit d’être pleinement en contact avec l’instant présent plutôt que de revivre le passé ou d’anticiper l’avenir. Elle peut être pratiquée par des activités telles que la méditation assise ou marchée et le yoga, ou encore en s’efforçant d’être pleinement présent à chaque instant dans les activités habituelles de la journée : boire, manger, écouter de la musique, regarder par la fenêtre, etc.

« La respiration est très importante dans la pleine conscience, ajoute Guilhème Pérodeau. Parce qu’elle est toujours là, avec nous. Nous vivons en permanence à l’aveugle. Des événements surviennent et nous réagissons sous le coup de la peur, de la colère, de la surprise. Mais si je prends quelques secondes et que je respire de manière consciente, j’ai alors la possibilité d’accueillir l’événement de façon conscience. Je prends du recul et il y a de grandes chances que l’action que je fais en réaction soit plus adéquate. »

Bouches inutiles

Cette possibilité d’être conscient de son expérience ouvre des options, ajoute la professeure Pérodeau. Et cela ne relève pas de la pensée magique, fait-elle valoir. Les images par résonance magnétique ont fait la preuve que la pleine conscience a un effet sur le cerveau et sur les émotions, et ce, par l’entremise du nerf vague, le plus long des nerfs crâniens, qui contient des fibres motrices et sensorielles et passe par le cou et le thorax pour atteindre l’abdomen et donc l’estomac et les intestins. De récentes études démontrent que les intestins influent grandement sur les émotions et la motivation.

« Savoir le stimuler au travers d’exercices tels que la respiration diaphragmatique aide à réduire en grande quantité les émotions négatives, souligne Guilhème Pérodeau. Bref, nous savions instinctivement que respirer profondément permettait de se calmer. Nous avons maintenant la preuve scientifique que méditer permet de réduire le stress et de fortifier le système immunitaire. »

Or, il ne faut pas minimiser lesangoisses vécues par les retraités. Outre la transition qu’ils opèrent, ils se retrouvent face à eux-mêmes et au regard que les autres portent sur eux. Dans une société qui prône la performance, où il faut être riche, jeune, rapide, productif, les retraités sont tout simplement des gens qui ne servent plus à rien, des bouches inutiles.

« Comment être heureux alors que l’on croit vivre un véritable naufrage ? demande la jeune retraitée. Or, nous sommes acculés au bonheur. On ne doit pas montrer ses failles parce que c’est un aveu de faiblesse. Il faut continuer à sourire ou sinon, prendre des pilules. »

L’impermanence

Continuer à sourire alors même que l’âgisme, très présent au sein de la population, fait en sorte que l’aîné croit dur comme fer que vieillir signifie perte d’autonomie, vie en résidence, démence, et ce, jusqu’à ce que mort s’ensuive… Or, ce sont des mythes, explique Mme Pérodeau. Ce n’est pas vrai pour tout le monde.

« La pleine conscience permet de faire la part des choses, explique la chercheuse. De faire la différence entre ce qui nous fait réellement souffrir nous, en tant qu’individu, pas du fait de l’image que les autres nous renvoient. Ça ne veut pas dire que tout va bien. Mais on se rend compte que ces pensées sont fluctuantes. D’une journée à l’autre, d’une semaine à l’autre, notre expérience fluctue. C’est ce qu’on appelle l’impermanence. »

L’impermanence, comme son nom l’indique, est ce qui n’est pas permanent. La fleur est un parfait exemple de l’impermanence : épanouie aujourd’hui, fanée demain, elle laissera sa place à un fruit, ou pas…

« Ça signifie que je suis peut-être très malheureuse aujourd’hui, mais que cela ne va vraisemblablement pas durer », ajoute Guilhème Pérodeau.

Elle prévient cependant que la pleine conscience n’est pas une thérapie et que les personnes qui souffrent de dépression majeure devraient plutôt consulter un spécialiste. Mais pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, la pratique régulière de la méditation permet de relever le défi de passer une retraite heureuse, épanouie et apaisée, affirme-t-elle.

Guide pour une retraite heureuse

Guilhème Pérodeau, Édition PUL, Québec, 2019, 214 pages