Vacciner pour sauver des vies

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
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Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le vaccin fait peur… Après tout, on inocule le mal et, en plus, avec une aiguille. Dans cet éternel débat où s’affrontent faits et perceptions, ces dernières mènent la vie dure à la science, soutient Ève Dubé, anthropologue médicale à l’Institut national de santé publique du Québec, chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec et professeure invitée au Département d’anthropologie de l’Université Laval.

Les projets de recherche de la Dre Ève Dubé portent sur le contexte socioculturel de l’immunisation et s’intéressent à l’hésitation face à la vaccination. « Parfois quand on a peur, on préfère ne rien faire », note la chercheuse.

Un de ses projets consiste à « faire des entrevues avec des mères durant la grossesse et après l’accouchement alors que les bébés ont autour de trois ou quatre mois. On s’intéresse à ce qu’elles pensent de la vaccination, à leurs sources d’information et, une fois leur bébé né, à leur décision et à ce qui l’a influencée », explique Ève Dubé, qui ajoute : « L’objectif est d’améliorer les outils de communication de la santé publique sur le sujet et on essaie de creuser un peu plus et de voir l’influence des réseaux sociaux et des professionnels de la santé dans tout ça. »

Un autre de ses projets porte sur le programme de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH), « un des vaccins pour lesquels on a les plus grandes hésitations à la vaccination. On essaie de comprendre les facteurs qui influencent la décision des parents. On a développé certaines interventions dans les écoles du Québec et on essaie de les évaluer et de voir ce qui pourrait être amélioré pour étendre la couverture vaccinale », précise-t-elle. Une troisième recherche porte plus précisément sur les perceptions des professionnels de la santé et ce qui influence leur décision de recommander ou non un nouveau vaccin. L’enquête sonde aussi la population générale sur les raisons qui font qu’on accepte ou refuse un vaccin.

L’hésitation

L’opposition à la vaccination existait avant même que Louis Pasteur n’inocule à un enfant le vaccin contre la rage en 1885. Mais aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et la mondialisation, le nombre de parents qui hésitent à faire vacciner leurs enfants est en hausse. Et même si on entend aujourd’hui certaines personnes s’en prendre à la gourmandise de l’industrie pharmaceutique, les arguments anti-vaccins demeurent sensiblement les mêmes qu’au XIXe siècle : « Les craintes sont circonscrites aux enjeux de sécurité, à la question des risques d’effets secondaires réels ou non, à la pertinence de se faire vacciner contre certaines maladies et à l’efficacité des vaccins », indique la chercheuse.

Au Québec, malgré les hésitations, les couvertures vaccinales des bébés à 15 et à 24 mois étaient respectivement de 91 % et de 85 % en 2014. « L’important, c’est de maintenir ces taux », insiste Ève Dubé, parce que certaines maladies commencent à se frayer un chemin à travers la barrière vaccinale qui s’affaiblit à certains endroits sur la planète. Par exemple, la rougeole refait son apparition : « Au Canada, on avait éliminé la transmission de la rougeole et ce statut est en péril à cause des cas récents », affirme-t-elle. Il faut savoir que la rougeole est une des maladies les plus contagieuses que l’on connaisse. Elle se propage facilement ; il suffit d’être dans la même pièce qu’une personne infectée pour être à son tour atteint. « Pour la prévenir, on doit vacciner 95 % d’une population », explique la chercheuse. Et la rougeole, ce n’est pas anodin : c’est la première cause de retard mental chez les enfants, elle tue une personne sur 3000 et, encore aujourd’hui, on n’a pas de médicament ou de traitement qui la guérit. Le vaccin demeure donc la seule arme efficace pour s’en protéger.

Et si le vaccin était victime de son efficacité ? La peur est un grand motivateur. Quand on voyait dans les années 1950 des enfants atteints de poliomyélite, cela incitait à protéger les siens. Grâce au vaccin, cette maladie a complètement disparu, tout comme la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Facile alors de penser qu’il n’est pas nécessaire de se faire vacciner puisque ces maladies n’existent plus. « L’expérience nous apprend pourtant que lorsqu’on cesse de vacciner, que ce soit contre la rougeole ou la coqueluche, les maladies reviennent », conclut Ève Dubé.