Une application pour mieux traiter les commotions cérébrales

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Personne n’est à l’abri d’un traumatisme craniocérébral qui peut survenir lors d’une chute, au travail  ou encore lors d’un accident de la route.
Getty Images Personne n’est à l’abri d’un traumatisme craniocérébral qui peut survenir lors d’une chute, au travail ou encore lors d’un accident de la route.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Grâce à une subvention du Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ), la neuropsychologue Élaine de Guise a pu développer une application gratuite qui permettra au personnel de première ligne de faire une meilleure intervention et un meilleur suivi auprès des personnes atteintes de traumatisme craniocérébral léger.

Lorsqu’une personne se présente à l’urgence atteinte d’un traumatisme à la tête, les intervenants doivent réagir rapidement et efficacement. Ils doivent notamment déterminer s’il s’agit d’un traumatisme craniocérébral léger (TCCL, aussi appelé commotion cérébrale). Si c’est le cas, d’autres questions viendront : quelle est sa gravité, doit-on procéder ou non à une résonance magnétique, doit-on garder le patient en observation quelque temps ?

L’application mobile développée par Mme de Guise aide à prendre les bonnes décisions sur les gestes à poser à l’urgence ou en clinique médicale, et ensuite pour les semaines qui suivront l’incident. L’idée de développer cet outil est venue lorsque la chercheuse au Centre de santé de l’Université McGill et professeure à l’Université de Montréal a constaté que de 10 à 15 % de ses patients atteints d’un TCCL gardaient des séquelles après quelques mois et que peu d’entre eux avaient reçu un diagnostic précis ou une information pertinente sur la récupération.

Une bonne initiative

L’outil développé par Mme de Guise corrige ces lacunes. En quelques minutes, le personnel soignant a accès à de l’information sur le diagnostic des TCCL chez l’adulte et l’enfant, les symptômes et les facteurs de risque, les outils d’évaluation, les complications possibles et le processus de reprise des activités quotidiennes et sportives. On y trouve aussi une liste des cliniques spécialisées en traitement de TCCL et leurs coordonnées. Enfin, chose intéressante, les intervenants peuvent communiquer aux patients, directement sur leur téléphone ou tablette, les outils de reprise des activités intellectuelles ou sportives et des références pour leur assurer une guérison adéquate.

Selon la neuropsychologue, le moment était parfait pour concevoir cette application puisque l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux et l’Ontario Neurotrauma Foundation disposaient de données toutes récentes sur le traitement de ce traumatisme. Élaine de Guise a donc collaboré avec ces organismes pour les intégrer à son application.

Un phénomène courant

L’outil sera utile à tous, car personne n’est à l’abri d’un traumatisme craniocérébral (TCC). Il peut survenir lors de la pratique d’un sport de contact ou simplement lors d’une activité quotidienne (ex. : chute), sur la route, au travail ou, plus rarement, lors d’une agression physique. Au Québec, 12 000 personnes en sont victimes chaque année, selon le Regroupement des associations de personnes traumatisées craniocérébrales du Québec. Heureusement, dans la majorité des cas (85 %), il s’agit d’un traumatisme léger. Pour les 15 % restant, il s’agit de traumatismes crâniens plus graves.

Le temps de récupération d’un TCCL varie d’une personne à l’autre. « Pour la population générale, il oscille entre 4 et 12 semaines alors que, pour les athlètes, il est de 7 à 10 jours en raison de leur bonne forme physique, affirme la chercheuse. Si les symptômes sont toujours présents après trois mois, il y a matière à s’inquiéter, car ils peuvent alors devenir chroniques. » La prise en charge rapide du patient (chose que permet l’application) a deux grands avantages, selon Mme de Guise. « Cela épargne des coûts au système de santé et cela limite l’apparition de troubles chroniques tels que la dépression », indique-t-elle.

Un outil déjà très utilisé

Bien que l’application ne soit offerte que depuis le printemps 2019, elle connaît déjà beaucoup de succès. « Elle est surtout utilisée à l’urgence, où les médecins la consultent directement sur leur téléphone », note Élaine de Guise, qui ajoute qu’elle peut être aussi consultée sur tablette ou ordinateur. Parmi les autres lieux intéressés par l’application, mentionnons certains centres de réadaptation. Son usage ne se limite cependant plus au Québec. La chercheuse mentionne que des centres hospitaliers de pays comme l’Australie, la France, l’Angleterre et les États-Unis ont commencé à l’utiliser. Enfin, l’application est bilingue (français et anglais) et peut être téléchargée sur Apple Store ou Google Play.

12 000
personnes sont victimes d’un traumatisme craniocérébral chaque année au Québec.

85 %
des cas de commotions représentent un traumatisme léger.

15 %
des patients atteints d’un TCCL gardent des séquelles après quelques mois.

4 à 12
semaines sont nécessaires à un individu lambda pour récupérer d’une commotion cérébrale. Pour les athlètes, il faut 7 à 10 jours en raison de leur bonne forme physique.