Un consortium pour travailler ensemble

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Un grand symposium aura également lieu à la fin janvier sur les approches responsables en santé numérique.
Photo: Joel Filip / Unsplash Un grand symposium aura également lieu à la fin janvier sur les approches responsables en santé numérique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Concevoir une application pour faciliter l’évaluation de la santé mentale, étudier les données massives pour prédire l’éclosion de maladies, développer des traitements personnalisés… Le numérique est appelé à occuper une place prépondérante en santé dans les prochaines années. L’utilisation des technologies met en jeu plusieurs disciplines qui doivent apprendre à mieux communiquer et à travailler ensemble. C’est pour réfléchir de façon intégrée à ces questions que le Consortium santé numérique de l’Université de Montréal (UdeM) a été créé en mars dernier.

La santé numérique est un concept large : « Ça couvre entre autres ce qu’on appelait autrefois la cybersanté, mais aussi la science des mégadonnées et l’application d’algorithmes sur ces données via l’intelligence artificielle », explique Yves Joanette, professeur à l’École d’orthophonie et d’audiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. De la conception à l’application d’outils numériques, la santé numérique inclut également l’étude des répercussions de la technologie, autant sur les plans éthique, politique que sociétal.

Les exemples de recherches dans ce domaine à l’Université de Montréal sont multiples. Cela va de l’utilisation de l’intelligence artificielle pour développer de nouveaux médicaments plus rapidement et plus précisément à la médecine personnalisée développant des traitements spécifiques à des sous-groupes de patients. Les chercheurs en santé publique ont recours aux données massives pour surveiller la santé de la population, mais en santé animale, l’intelligence artificielle pourrait aussi aider à repérer l’émergence de maladies et ainsi éviter d’avoir à administrer des antibiotiques de façon préventive. Le développement d’applications en santé mentale pourrait par ailleurs permettre le monitorage de l’état d’un patient et aider à détecter de façon précoce les maladies en santé mentale.

Se rassembler pour mieux réfléchir

Devant la multiplicité des recherches touchant à ce domaine, l’idée d’une structure fédératrice a émergé à l’Université de Montréal, une des seules universités au Canada regroupant toutes les disciplines des domaines de la santé, humaine comme animale. « L’Université a aussi des forces évidentes avec ses écoles affiliées, comme Polytechnique, et dans le domaine de l’intelligence artificielle, avec MILA [Institut québécois d’intelligence artificielle]. Cette combinaison de forces est assez unique », explique le Dr Joanette, directeur du Consortium santé numérique depuis le 1er septembre. Le consortium est d’ailleurs teinté de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, à laquelle plusieurs professeurs de l’UdeM ont participé.

« Les différentes facultés de l’Université de Montréal, ses écoles et centres de recherche affiliés ne sont pas organisés de façon optimale pour travailler ensemble sur des domaines qui les touchent tous, comme celui de la santé numérique. C’est pourquoi il est apparu important de proposer l’ajout d’une structure afin de favoriser les échanges et le développement en santé numérique », explique le Dr Joanette. Rassemblant les différentes facultés, institutions et centres de recherche affiliés à l’Université de Montréal ayant un intérêt en santé numérique, le Consortium santé numérique, créé au printemps dernier, cherchera à mieux soutenir, coordonner et planifier la recherche et la formation sur cette thématique.

L’idée de ce consortium a été inspirée par le plan d’action de l’Université de Montréal lancé en 2016, qui visait la création du Laboratoire d’innovation. Ce laboratoire avait comme mission de déterminer des thématiques transversales à mettre en avant et à pérenniser. La santé numérique est ainsi apparue comme un domaine important pour l’ensemble des acteurs.

Une vingtaine de membres s’intéressant à la santé numérique autant humaine qu’animale forment donc le consortium : facultés et écoles de l’Université de Montréal (pharmacie, médecine vétérinaire, etc.), écoles affiliées (Polytechnique, HEC), centres de recherche actifs dans le secteur de la santé numérique, instituts de santé affiliés à l’UdeM, etc. Avec le soutien du vice-rectorat responsable de la recherche et du vice-rectorat des études, ce consortium réunit toutes les disciplines et se veut une structure véritablement pilotée par tous ses membres. « Voilà un bel exemple de l’obligation de l’université de s’organiser autrement que par des spécialités additionnées l’une à l’autre », affirme le Dr Joanette.

Réfléchir aux enjeux du numérique en santé

On le sait, l’utilisation du numérique dans ces domaines soulève de nombreuses questions éthiques. « Il faut trouver une manière de rendre ces masses de données sécuritaires et confidentielles », illustre le Dr Joanette. Mais les questions éthiques sont aussi vastes que diversifiées. Par exemple, un participant à une étude clinique doit connaître la question exacte de recherche afin de donner son consentement éclairé.

« Mais dans cette approche de santé numérique, on met de l’avant le partage de données, qui permet des découvertes fortuites. C’est le principe même de l’intelligence artificielle, qui regarde les données et fait émerger des réponses auxquelles on n’avait pas pensé », poursuit-il. Les acteurs en santé numérique doivent donc se demander comment faire évoluer la culture de l’éthique pour répondre à ces défis, qui ont des implications juridiques et sociales.

Dans cet environnement complexe, le consortium veut outiller ces acteurs et faire le pont entre toutes les disciplines concernées. « Le rôle du Consortium santé numérique n’est pas de se substituer aux différentes directions de recherche et d’enseignement dans chacun des secteurs de l’université, mais bien de leur offrir un appui et de leur apporter, lorsque possible, des ressources complémentaires pour des actions qui auront des impacts collectifs », précise Yves Joanette. Le consortium sera ainsi appelé à faire le lien entre différents membres pour qu’un maximum de personnes et de facultés profitent des subventions et des investissements majeurs dans le domaine. Il mobilisera les acteurs de l’UdeM autour d’enjeux stratégiques, et espère jouer un rôle dans le recrutement des professeurs comme dans la formation des professionnels et des chercheurs.

Le consortium propose également des lieux d’échanges. Il organise ainsi des rencontres-conférences, où tous les acteurs du domaine, chercheurs comme étudiants, sont conviés, une occasion de faire le point ou de débattre sur les occasions, les avenues et les obstacles en santé numérique.

Un grand symposium aura également lieu à la fin janvier sur les approches responsables en santé numérique. Ce forum de la recherche permettra de discuter autour de quatre grandes questions en santé numérique : comment l’innovation numérique vient-elle transformer le domaine de la santé ? Comment bien soigner avec des agents intelligents ? À quelle condition l’innovation numérique est-elle transformative pour la santé et les systèmes de santé ? Comment l’environnement bâti et les villes intelligentes peuvent-ils soutenir la santé ?

« Le Canada et le Québec sont des leaders sur la scène internationale en numérique », constate celui qui a été coresponsable des initiatives stratégiques en cybersanté et du comité stratégique en intelligence artificielle de l’Institut du vieillissement des Instituts de recherche en santé du Canada. « Quelque part, nous sommes condamnés à avancer », résume-t-il.