Le monde change, les revendications syndicales aussi

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La hausse du salaire minimum à 15$ l’heure est l’un des chevaux de bataille de la FTQ depuis plusieurs années. Et si son président reconnaît que le salaire minimum a augmenté plus vite durant les trois dernières années que précédemment, il considère toujours comme indigne de devoir travailler pour 12,50$ l’heure.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La hausse du salaire minimum à 15$ l’heure est l’un des chevaux de bataille de la FTQ depuis plusieurs années. Et si son président reconnaît que le salaire minimum a augmenté plus vite durant les trois dernières années que précédemment, il considère toujours comme indigne de devoir travailler pour 12,50$ l’heure.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 32e congrès de la FTQ, qui se tiendra à Québec du 25 au 28 novembre prochain, aura pour thème « En action dans un monde en changement ».

« Le monde du travail s’est transformé, fait remarquer Serge Cadieux, secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Nous vivons la quatrième révolution industrielle. Les cibles de réduction de gaz à effet de serre, l’intelligence artificielle, le numérique, tout cela a un impact. Il ne s’agit pas pour le mouvement syndical de le nier, ni même de vouloir stopper le mouvement. Mais nous devons nous assurer que cette transition se fasse de façon juste pour les travailleurs et les communautés. »

M. Cadieux souligne que, dans le temps, le modèle était assez simple : il y avait les employeurs d’un côté et les employés de l’autre. Aujourd’hui, les travailleurs sont de plus en plus nombreux à œuvrer à l’extérieur de l’entreprise. Et ceux-là, pour l’instant, n’ont pas de protection.

« Nous devons très vite modifier le code du travail afin qu’il s’adapte au travail atypique, insiste le président de la FTQ, Daniel Boyer. Les lieux de travail sont éclatés, les statuts également. Il faut que ces gens-là puissent eux aussi défendre collectivement leurs intérêts. »

Investir dans la formation

Serge Cadieux et Daniel Boyer rappellent par ailleurs que nombre de métiers vont disparaître dans les prochaines années.

« Prenons l’exemple des employés des pétrolières, dit M. Cadieux. Si le gouvernement respecte ses objectifs de réduction des GES, dans 30 ans, il n’y aura plus de raffinerie. Qu’est-ce qu’on fait avec tout ce monde-là ? »

Les études démontrent que, dans 25 ans, 50 % de la main-d’œuvre occupera des emplois qui n’existent même pas aujourd’hui. Selon la FTQ, les pouvoirs publics devront inévitablement investir de l’argent dans la formation.

« La main-d’œuvre n’est pas jetable, lance Daniel Boyer. Elle est capable d’acquérir les compétences de demain. »

50 %
C’est la part de la main-d’oeuvre qui, dans 25 ans, occupera un emploi qui n’existe même pas aujourd’hui.

En plus de la formation, le gouvernement devra également investir dans de nouveaux secteurs afin de soutenir l’économie. À ce chapitre, le secrétaire général de la FTQ estime qu’il y aurait de quoi faire du côté de l’électrification des transports.

« Nous avons la chance de bénéficier d’une électricité propre avec l’hydroélectricité, précise-t-il. Il est temps de mettre tout en branle pour transformer vraiment nos possibilités de nous déplacer. »

Il ajoute qu’il ne faut pas non plus avoir une vision « montréalo-centrée ». Beaucoup d’emplois vont être perdus en région. En 2019, rappelle-t-il, les dix plus gros émetteurs de GES se situaient en région.

« On ne va pas déménager tout le monde vers Montréal et Québec, fait-il valoir. Il faut trouver des solutions adaptées à toutes les communautés. »

Salaire minimum et paradis fiscaux

Si le congrès sera l’occasion de discuter de cette transformation du marché du travail et de ses conséquences, d’autres enjeux, sur la table depuis plusieurs mois, parfois plusieurs années, seront également abordés. Parmi eux, le salaire minimum à 15 $. Si Daniel Boyer reconnaît que le salaire minimum a augmenté plus vite durant les trois dernières années que précédemment, il considère toujours comme indigne de devoir travailler pour 12,50 $ l’heure, comme c’est le cas aujourd’hui pour nombre d’employés non syndiqués.

Au programme également, la lutte contre les paradis fiscaux. La FTQ compte bien continuer à mettre la pression sur les gouvernements pour qu’ils aillent chercher les milliards de dollars d’impôts que les plus riches et les entreprises ne paient pas, et qui représentent un manque à gagner pour le contribuable.

« On pourrait également parler des GAFA, ajoute-t-il. Les Amazon, Google et autres Facebook sont devenus tellement puissants ! Il faut arriver à leur faire payer des impôts sur leurs activités au Canada. Sinon, le combat est inégal avec les entreprises locales. Nous devons parvenir à convaincre le gouvernement d’aller de l’avant tant sur ce dossier que sur celui des paradis fiscaux. On nous rétorque que, sans une action mondiale, on ne peut rien faire. Mais on ne peut pas attendre après tout le monde ! »

Négociations dans le secteur public

Le premier ministre Justin Trudeau et son gouvernement minoritaire doivent par ailleurs s’attendre à voir réapparaître sur leur bureau le dossier de l’assurance médicaments universelle.

« On s’attend à ce que cette bataille soit longue, car il y a de nombreux obstacles, commente Daniel Boyer. D’autant qu’au Québec, nous avons déjà un régime particulier par rapport au reste du Canada. Il y a beaucoup de variables à prendre en compte. Mais il y a aussi de l’espoir. Au fédéral, tant le Parti libéral que le NPD et le Bloc ont fait campagne sur le sujet. »

Un conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance médicaments a également déjà été mis en place et il a recommandé au Canada d’adopter un régime universel, public et à payeur unique.

Mais là où la FTQ s’attend à avoir le plus de travail ces prochains mois, c’est sur la négociation dans le secteur public. Comme toutes les centrales, le syndicat a déposé ses demandes le mois dernier et il attend le retour du président du Conseil du trésor.

« Les déclarations du premier ministre François Legault ne sont pas très encourageantes, avoue Daniel Boyer. Quand il dit que les surplus ne doivent pas être accaparés par les syndicats… il oublie que, moi, je ne lui demande pas une cenne. C’est avec ses employés qu’il négocie. Des employés qui subissent l’austérité depuis des années, donc la dégradation de leurs conditions de travail. Aujourd’hui, il y a de l’argent dans les caisses de l’État. Il ne s’agit pas d’aller tout siphonner. Mais au moins de négocier de bonne foi. »