Des gens touchés par la réforme en immigration témoignent

Des personnes touchées par la réforme en immigration témoignent.
Photo: iStock Des personnes touchées par la réforme en immigration témoignent.

Anass Bouaichi

Montréal, 23 ans

Je viens du Maroc et je suis arrivé au Québec à Montréal en septembre 2016. Je travaille actuellement chez Bombardier comme installateur de système avionique. Cette loi a bouleversé ma vie et m’a mis en doute, car je comptais faire ma demande de CSQ le 25 novembre au programme d’expérience québécoise, sachant que mon permis de travail arrive à échéance à fin décembre.

Aujourd’hui, après tant de rêves et d’objectifs que j’ai faits avant de venir dans cette province, et que j’ai toujours considérée comme la meilleure, je me sens trahi et exclu. J’ai investi tant d’argent pour venir ici et faire mon projet de vie.

J’ai investi tant d’argent pour venir ici et faire mon projet de vie

Au début, je suis venu au Québec comme un étudiant étranger. J’ai payé 23 000 dollars pour suivre un programme en réseaux informatiques dans le but de passer au programme régulier. Ensuite, j’ai postulé pour mon petit projet Québec en janvier 2018, j’ai passé le test de français, puis j’ai fini les six mois de travail pour avoir la totalité des points. Mais malheureusement, j’étais parmi les victimes qui ont eu l’annulation de dossier.

Par contre, la loi du PEQ travailleur est apparue, alors j’ai commencé à travailler dans le but d’avoir une expérience de travail d’un an qui va se finir le 25 novembre, pour pouvoir demander mon CSQ. J’ai refait le test de français puisqu’il expire dans un délai de deux ans et j’attendais juste le 25 novembre pour pouvoir faire ma demande, jusqu’à ce que cette loi apparaisse. »

 

Amandine Souverain

Québec, 32 ans

Je suis une Française arrivée ici avec un PVT le 14 novembre 2017. Le 22 novembre, j’avais un emploi dans le domaine de l’hôtellerie, que j’ai toujours, mais que je vais devoir quitter, ainsi que tout ce que j’ai construit ici parce que le gouvernement québécois a décidé de changer les règles sans préavis.

Mon objectif de rester vivre ici était presque atteint : il ne manquait que mon test de français, que je dois passer le 16 novembre. Ensuite, j’avais prévu de lancer mon CSQ via le PEQ, qui facilite l’accès à la résidence permanente. Je devais commencer mon CSQ début décembre et je ne suis maintenant plus éligible après deux années de travail acharné.

Aujourd’hui on me dit : « Quitte le pays dans lequel tu t’es intégrée depuis deux ans », sans même un préavis pour laisser le temps de me retourner

J’ai souvent travaillé sans congé, vu le manque de main-d’oeuvre dans mon domaine, pour pouvoir aider mon patron. Et aujourd’hui on me dit : « Quitte le pays dans lequel tu t’es intégrée depuis deux ans », sans même un préavis pour laisser le temps de me retourner. [J’ai] un visa qui arrive à sa fin et plus le temps d’entreprendre les démarches pour un second.

J’ai respecté les règles qui étaient de cumuler 52 semaines de travail à temps plein [en tant que] travailleur qualifié. Mon emploi est un emploi de catégorie B en pénurie, mais ne figure plus sur la liste, qui vient d’être changée. »

 

Eugénie Vrigneaud

Drummondville, 30 ans

On est arrivés de France en décembre 2018 via le permis de travail fermé de mon mari avec un bébé de six mois. On envisageait de faire le deuxième ici, mais avec tous les changements, on ne sait pas.

Concrètement, on pouvait faire la demande de résidence permanente à partir du 14 janvier 2020. Avec la réforme, on ne peut la faire qu’à partir du 14 juillet. Mon mari est sous permis de travail fermé de 24 mois, donc ça veut dire qu’il prend le risque de devoir payer pour demander la résidence permanente ET de payer pour pouvoir renouveler son permis de travail, en sachant que ça fait deux mois qu’on attend qu’il soit transféré sur mon propre permis de travail. 

On envisageait de faire le deuxième [bébé] ici, mais avec tous les changements, on ne sait pas

Depuis le 24 juillet, j’ai un permis de travail, car je ne pouvais pas travailler via le permis de mon mari, en catégorie C. Concrètement, si la classification des emplois par région se met en place, ça veut dire que mon mari, qui est conducteur routier, est dans une bonne région pour avoir la résidence permanente, au Centre-du-Québec, mais qu’avec l’emploi que j’ai en marketing, je ne peux pas en faire la demande. Il faudrait que je travaille dans le Bas-Saint-Laurent pour y avoir droit.

 

Nicolas Visart

Montréal, 32 ans

Je suis arrivé pour la première fois ici au Canada le 26 août 2015 avec un PVT en main d’une année en tant que Belge.

J’ai commencé à travailler dès le 1er septembre durant toute l’année de mon PVT. J’ai voulu rester dans ce pays et cette province que j’ai aimés et j’ai décidé de suivre une formation DEP en mécanique automobile de 1800 heures à temps plein.

Je voulais d’abord travailler et rembourser mes dettes après l’obtention de mon diplôme, pour ensuite faire la demande de CSQ et de résidence permanente.

Et voilà qu’un beau jour de juillet, le rêve se transforme en cauchemar : décision de suspendre les demandes de CSQ via le PEQ.

Il a fallu quatre mois d’attente, de stress et d'incertitude pour voir mon rêve brisé: mon domaine n'était plus admissible

Il a fallu quatre mois d’attente, de stress et d’incertitude pour voir mon rêve brisé : mon domaine n’était plus admissible. Et je ne suis pas admissible pour le PEQ Travailleur, ayant travaillé sous le statut de travailleur autonome pendant tout ce temps.

Mon permis de travail arrive à expiration le 14 novembre. L’agent ne m’a donné qu’un permis de la durée des études et non de trois ans, comme mentionné dans la loi pour un DEP de 1800 heures. Je n’ai donc pas pu demander un permis de travail lié à un employeur, car il faut le CSQ et le permis de travail encore valide lors du dépôt de la demande. Je ne sais pas quoi faire.

J’ai investi beaucoup de temps et d’argent ici. J’ai ma copine, qui est étrangère et étudiante, et qui a le même problème que moi.

Nous sommes ensemble depuis deux ans maintenant et nous avions des projets de mariage et de fonder une famille ici. Cela me chagrine de savoir que nous serons peut-être séparés bientôt…