Le Québec secoué par les vents

Le Québec a été frappé par une violente tempête vendredi: pluies diluviennes dans certaines régions, importantes chutes de neige en d’autres endroits, vents puissants qui ont déraciné des arbres et endommagé le réseau de distribution d’électricité.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le Québec a été frappé par une violente tempête vendredi: pluies diluviennes dans certaines régions, importantes chutes de neige en d’autres endroits, vents puissants qui ont déraciné des arbres et endommagé le réseau de distribution d’électricité.

Pluie, neige, rafales extrêmes… La tempête d’une rare intensité qui s’est abattue vendredi sur plusieurs régions du Québec aura laissé derrière elle d’importants dégâts matériels, en plus d’avoir fait un mort et plongé dans le noir près d’un million de clients d’Hydro-Québec.

« C’est une situation qui est vraiment exceptionnelle », a convenu lors d’un point de presse en après-midi le président d’Hydro-Québec Distribution, Éric Fillion. Si « l’ensemble des ressources » sont actuellement à pied d’œuvre, celui-ci a voulu « être réaliste » : « on va en avoir pour tout le week-end », a-t-il dit.

Au moment où ces lignes étaient écrites, un peu moins de 700 000 personnes étaient privées de courant à travers la province. Il faut remonter au verglas de 1998 pour obtenir une telle part de population touchée par des pannes. À l’époque, 1,4 million d’abonnés avaient dû souper aux chandelles au plus fort de la crise.

Qu’à cela ne tienne, la situation actuelle est sans commune mesure avec celle d’il y a vingt ans, a fait valoir Éric Filion devant les journalistes. À l’époque, les pylônes d’acier du réseau de transport avaient été sérieusement abîmés par les intempéries, a-t-il noté. Aujourd’hui, seul le réseau de distribution — composé de poteaux de bois, surtout — a été endommagé.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un grand conifère déraciné par les vents sur le boulevard Dagenais, à Laval.

Dégâts

Mais il n’y a pas que les installations d’Hydro-Québec qui ont été durement touchées par les bourrasques ayant balayé la province. Toitures en partie arrachées, façades de briques détériorées ; des images de dégâts majeurs ont abondamment circulé sur les réseaux sociaux vendredi.

À Montréal, quelque 250 arbres ont été cassés, voire déracinés par des rafales qui ont dépassé par moments 100 km/h. À Saint-Hyacinthe, c’est tout un pan du toit d’une station-service qui s’est écrasé au sol. Et dans la petite localité de Saint-Pie, non loin de là, l’un des deux clochers de l’église s’est écroulé.

La tempête de vent et de pluie a aussi fait une victime à Bromont. Un homme de 63 ans a perdu la vie après qu’un arbre lui est tombé dessus alors qu’il était en train d’en photographier un autre déjà au sol. Son décès a été constaté à l’hôpital.

« C’est un système météorologique impressionnant qui frappe le Québec de plein fouet », a commenté la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbeault, lors d’un point de presse en fin d’après-midi vendredi.

Elle a d’ailleurs prié les Québécois d’éviter de se pointer le nez dehors, si possible. « Je demande aux gens qui sont obligés d’être à l’extérieur ou qui sont pris sur le réseau routier d’être extrêmement prudents, a-t-elle déclaré aux côté du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien. « Mais je tiens à rassurer tout le monde sur le fait que, somme toute, tout est sous contrôle », a-t-elle ajouté.

Inondations

Selon Environnement Canada, le sud de la province a reçu de 50 à 70 millimètres de pluie selon les endroits. Mais c’est plus de 100 millimètres de précipitation qui est tombée en Estrie et dans la Beauce.

À Sherbrooke, la rivière Saint-François est sortie de son lit à plusieurs endroits, causant notamment des inondations au centre-ville. Quelque 150 résidences ont été évacuées à titre préventif.

Selon les autorités municipales, la crue a atteint une hauteur de plus de sept mètres en mi-journée. Son niveau devait néanmoins se stabiliser au cours des prochaines heures, a-t-on indiqué.

Une bonne nouvelle pour Alexandre Côté, propriétaire du restaurant Pizzicato, situé à deux jets de pierre de la rivière Saint-François. Lorsque Le Devoir l’a joint en fin d’après-midi, la crue avait épargné son commerce jusque-là. « Je vous dirais qu’on est sur le bon coin de l’édifice, a-t-il résumé à l’autre bout du fil. Ceux sur l’autre coin, ils sont en train de sortir l’eau avec des pompes. Ils ont même vu des poissons. »

Par mesure de sécurité, M. Côté a pris la décision de fermer boutique vendredi soir. Et samedi ? « On est déjà presque complet demain soir. C’est sûr qu’on va regarder ce qu’on peut faire », a-t-il dit, une pointe de découragement dans la voix. Mais « hors de question de mettre la vie des gens en danger ».

En fin de soirée vendredi, l’Estrie comptait toujours près de 50 000 clients privés de courant. C’est en Montérégie où les pannes étaient les plus nombreuses (700), laissant environ 155 000 clients sans électricité. Sur l’île de Montréal, plus de 50 000 clients ont dû souper aux chandelles. Les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches comptaient toutes deux quelque 90 000 ménages plongés dans le noir.

La majorité des clients touchés devraient être reconnectés au réseau pendant la fin de semaine, selon Hydro-Québec. Ceux situés dans des zones davantage touchées par les intempéries devront cependant s’armer de patience : ils pourraient retrouver le courant à partir de lundi seulement, a précisé Éric Filion, de la société d’État.

Vent d'hiver

En soirée vendredi, la tempête automnale poursuivait sa course vers l’est du Québec. Un avertissement de vents forts était en vigueur pour le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. Et de la neige était attendue sur la Côte-Nord.

Signe que l’hiver est à nos portes : l’Abitibi a reçu dans la nuit de jeudi à vendredi sa première bordée de neige. En l’espace de quelques heures, entre 15 et 25 centimètres de neige sont tombés, selon Environnement Canada.

« La tempête s’est calmée, mais entre 2 h et 10 h ce matin, c’était super intense. Le vent soufflait très fort : on ne voyait pratiquement rien à l’extérieur », raconte Akim Boudreault-Bernard, joint à Val-D’Or en début d’après-midi vendredi.

En visite dans sa famille, le jeune homme devait prendre la route en matinée pour regagner Montréal. Celui-ci se préparait toutefois à rester une nuit de plus : un tronçon de la route 117 était toujours fermé en raison d’un carambolage ayant impliqué une trentaine de véhicules. Personne n’a été blessée.

La route a été rouverte en début d’après-midi.