« Le destin de l’ENAP est lié à celui du Québec »

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Photo: ROGÉ

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le succès de l’École nationale d’administration publique (ENAP) tient au fait qu’en 50 ans d’existence, elle a toujours su s’adapter aux besoins de la fonction publique, tant en matière de formation initiale qu’à l’égard de l’accompagnement des fonctionnaires. Guy Laforest est le directeur général de l’établissement depuis 2017. Le Devoir s’est entretenu avec lui.

En quoi cet anniversaire est-il marquant pour le Québec ?

L’ENAP est un bébé de la Révolution tranquille, associé au projet de modernisation et de développement de la société québécoise. Dans ce contexte, le mot « national », qui est au cœur de notre appellation, est important. Le destin de l’ENAP est lié à celui du Québec comme société francophone et distincte en Amérique du Nord.

C’est ce qui singularise l’ENAP dans le réseau de l’enseignement supérieur du Québec ?

D’autres établissements peuvent se targuer d’être liés à la Révolution tranquille, mais ce qui nous singularise, c’est d’être à la fois une université et une école professionnelle au service de la fonction publique québécoise — et du gouvernement du Québec principalement — , mais aussi des secteurs de l’éducation et de la santé, des municipalités, etc.Notre taille est relativement modeste puisque nous accueillons 2500 étudiants, principalement à la maîtrise et au doctorat. Mais notre créneau est important, encore plus ces dernières années, puisque l’administration publique s’est engagée dans un grand mouvement de modernisation.

Vous accompagnez ce mouvement ?

Nous agissons en partenariat avec les instances centrales, les ministères, les grands réseaux. Nous avons modifié nos programmes pour être au plus près de leurs besoins. Nos partenaires souhaitent que nous soyons présents dans le dossier de la gouvernance numérique ou encore dans celui des enjeux dans le secteur de la santé. Nos clientèles souhaitent que l’ENAP forme des professionnels capables de comprendre toute la complexité de la fonction publique du XXIe siècle.

En quoi est-ce plus complexe aujourd’hui ?

Il y a d’abord tout l’aspect de la numérisation, que nous accompagnons, tant par nos programmes que par les recherches que nous menons. Mais l’État doit également tenir compte des désirs des citoyens, qui d’une part souhaitent plus de proximité avec la fonction publique et même participer à certaines tâches, collaborer, et qui d’autre part recherchent plus de transparence et d’efficacité de la part de leurs gouvernements. Ils paient des impôts, ils veulent s’assurer que l’État gère l’argent public de manière efficace.

Et l’ENAP s’adapte en privilégiant ces deux axes…

Je suis arrivé à l’ENAP avec l’idée qu’il y a un lien fondamental entre, d’un côté, une fonction publique dévouée, compétente, rigoureuse et, de l’autre, le désir des citoyens d’agir de manière responsable, pour le bien collectif, et qui demandent la même chose à leurs représentants. C’est une idée qui m’accompagne tous les jours dans mon mandat. Nous avons donc enrichi nos contenus pour y intégrer des notions de leadership transformationnel, de gouvernance numérique, de gestion collaborative.

 

Vous développez également une offre de cours à distance, au moyen des nouvelles technologies…

D’abord, nous nous déplaçons souvent pour donner nos cours là où nos clients travaillent. Mais c’est vrai que nous avons également des formations présentielles et à distance. La formation à distance nous permet de rejoindre les gens qui ne vivent pas dans les grands centres urbains où nous sommes présents, à savoir Québec, Montréal et Gatineau principalement. 30 % de nos cours sont aujourd’hui donnés à distance et nous avons également un partenariat avec la TELUQ. Nous touchons ainsi, par exemple, les gestionnaires des administrations autochtones. Mais aussi, de plus en plus, une population internationale.

Vous êtes présents ailleurs qu’au Québec et au Canada ?

En Afrique, oui. Nous avons beaucoup d’étudiants africains dans nos campus, mais ceux-ci peuvent également suivre nos cours tout en restant dans leur pays. Nous sommes présents dans plusieurs campus et nous délivrons des diplômes de maîtrise avec les mêmes critères de rigueur et de performance que ce qui se fait ici. Nos professeurs font parfois le déplacement. Plusieurs cours sont donnés par visioconférence et nous avons même formé des formateurs locaux.

Quels sont les prochains défis de l’ENAP, disons, pour les cinquante prochaines années ?

Continuer à demeurer pertinents dans un monde en constante mutation. Notre clientèle est en hausse de 10 % au trimestre d’automne, alors que le nombre d’étudiants est en légère baisse à l’échelle du Québec. C’est la preuve que nous sommes pertinents, et nous comptons bien le rester.