Le système capitaliste pointé du doigt

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Des femmes dalits visitent des  projets d’entrepreneuriat féminin en agriculture dans le district de Sindhuli, au Népal.
Frédéric Séguin / CECI Des femmes dalits visitent des projets d’entrepreneuriat féminin en agriculture dans le district de Sindhuli, au Népal.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Si les changements climatiques font couler beaucoup d’encre ces dernières années, particulièrement en ce qui a trait à leurs conséquences néfastes sur l’environnement, l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) a plutôt voulu aborder ses effets injustes sur les populations les plus pauvres.

Ce thème s’est imposé cette année parmi les membres de l’AQOCI, composée d’organismes de solidarité et de coopération internationale, pour orienter une partie importante de ses activités d’éducation à la citoyenneté mondiale et de plaidoyer.

« Certes, le sujet est d’actualité, mais à titre d’organismes de solidarité et de coopération, on est aussi aux premières loges pour constater que les pays les plus vulnérables sont situés au sud », soutient Michèle Asselin, directrice générale de l’AQOCI. Une analyse sur le terrain qui est d’ailleurs corroborée par la science. Ces pays commencent à réclamer à ceux du Nord de rétablir cet équilibre.

« Ces rapports inégaux constituent une nouvelle forme de colonialisme, certains chercheurs parlant même de racisme environnementaliste, souligne Michèle Asselin. On a vu récemment que le Canada envoyait ses déchets aux Philippines, mais on le voit aussi avec l’enfouissement de contaminants dans les Amériques, qui contamine l’eau près des populations autochtones. »

« Changeons le système, pas le climat »

En plus de prioriser la justice climatique dans ses activités de cette année, l’AQOCI en a fait son thème pour les Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI).

Le slogan « Changeons le système, pas le climat » a particulièrement interpellé Christian Vanasse, auteur, humoriste et membre des Zapartistes, qui a accepté d’être le porte-parole de l’événement cette année, succédant ainsi à l’humoriste Fred Dubé.

« Le système capitaliste dans lequel 1 % de la population possède plus de la moitié des richesses crée énormément d’inégalités et a accéléré cette urgence climatique à un point où on arrive à se dire que l’on doit sauver la planète, déplore-t-il. Mais ce n’est pas la planète qu’il faut protéger, c’est l’humanité. La planète nous survivra. »

À son avis, la seule chose que les humains peuvent faire, qui aura une influence sur la crise climatique, c’est s’attaquer au système économique en place.

Son association à l’événement s’est faite tout naturellement, lui qui a maintes fois abordé les effets de la mondialisation avec Les Zapartistes, un groupe d’humoristes québécois créé en 2001 qui se campait résolument du côté des altermondialistes.

Les JQSI visent à susciter une réflexion autour de cet enjeu par des activités qui se tiendront dans 11 régions du Québec du 7 au 16 novembre. Une grande place a été faite aux jeunes, qui sont mobilisés partout sur la planète. À cet effet, une carte interactive est proposée sur le site, sur laquelle on peut visionner des vidéos de jeunes de partout dans le monde qui parlent de leurs enjeux.

Une grande conférence offerte en trois langues avec traduction simultanée et diffusée sur le Web via Facebook donnera le coup d’envoi à l’événement le 7 novembre prochain. Trois femmes y prendront la parole : Tara Houska, avocate américaine en droit autochtone, qui a notamment été conseillère aux affaires autochtones pour Bernie Sanders lors de la précédente campagne à la présidentielle ; Isabel Zuleta, porte-parole du mouvement colombien en défense des territoires et des personnes affectées par les barrages en Colombie, et Catherine Gauthier, du mouvement ENvironnement JEUnesse, instigatrice de la première action collective intentée contre le gouvernement canadien pour la justice climatique.

L’effet boomerang des injustices climatiques

En axant toutes ses activités sur la justice climatique, l’AQOCI veut ainsi éveiller les consciences sur les premières victimes des changements climatiques : les populations les plus vulnérables. Les changements climatiques provoquent de grandes sécheresses dans les pays du Sud, lesquelles conduisent à des famines, qui forcent les populations à migrer.

« Ces migrants climatiques se dirigent tous vers les pays les plus près, ce qui crée une énorme pression sur les pays limitrophes », explique Michèle Asselin.

Parmi les populations vulnérables, les femmes sont particulièrement touchées, laissées souvent seules après que les hommes eurent dû quitter leur village pour chercher un emploi et assurer un revenu familial. Elles doivent alors parcourir de longues distances à pied avec les enfants, s’exposant au péril.

« Le Canada doit collaborer pour que les solutions trouvées dans le Sud puissent se réaliser », affirme-t-elle. Comme les JQSI favorisent des gestes citoyens, l’AQOCI prépare une pétition qui sera remise au gouvernement fédéral le Jour de la Terre, soit le 22 mai. Parmi les revendications, on compte la réduction de 45 % de nos gaz à effet de serre d’ici 2030, sans quoi on se dirige vers une augmentation de la température oscillant entre 3 et 4 degrés.

En contribuant au réchauffement climatique, le Canada subira aussi ses conséquences, plus particulièrement ses populations au nord, touchées directement par la fonte des glaciers, sans compter la faune et la flore.

« Il faudrait mobiliser 4 milliards par année dès 2020 pour financer des activités d’adaptation aux changements climatiques ou d’atténuation de ceux-ci, ajoute-t-elle. Les entreprises privées devraient aussi contribuer à amasser cette somme. Elles ont leur part de responsabilité dans cette injustice climatique. »

Si l’AQOCI n’est pas contre la réalisation de grands projets de développement durable, elle recommande toutefois de se concentrer sur des initiatives qui ont un effet direct sur les collectivités locales.

« Il ne faut pas oublier le développement de l’économie sociale mené par les groupes qui vivent avec les populations, précise-t-elle. On doit particulièrement appuyer le leadership des femmes et des Autochtones. Ces groupes sont très près des collectivités et des familles et se préoccupent des conditions de vie. C’est là que la coopération québécoise peut jouer un rôle d’allié dans plusieurs pays. »

Elle rappelle que les divers groupes touchés et les pays du Sud ne se tournent pas les pouces en attendant notre aide : ils se mobilisent pour trouver des solutions, comme le projet en Afrique visant à créer une barrière verte au nord pour freiner l’avancement de la désertification.

« On forme une grande chaîne sur la planète, donc chaque geste compte, à tous les niveaux, du citoyen aux gouvernements », conclut Mme Asselin.