Le grand défi de la décennie 2020

Le Devoir Collaboration spéciale
Photo: Louis-Étienne Foy / Unsplash

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La crise climatique constitue l’un des plus importants défis de la décennie à venir. Plus que jamais, ses effets se font sentir, et le Québec n’est pas exempté. Et c’est sans compter les mobilisations citoyennes sans précédent visant une accélération de la transition écologique.

La lutte contre les changements climatiques est sur toutes les lèvres. La campagne électorale fédérale en a éloquemment fait la démonstration. Jamais une place aussi importante n’a été accordée à la protection de l’environnement dans une élection au Canada. Des débats vigoureux entre les principaux partis politiques ont permis de constater que l’époque où l’existence même des changements climatiques était remise en question est révolue. On cherche désormais à s’entendre sur l’ampleur et sur la nature des moyens à mettre en place pour faire face aux défis que pose le réchauffement planétaire.

Les répercussions des changements climatiques au Québec

Le Canada subira les conséquences des changements climatiques, à l’instar des autres pays de la planète. Les inondations des printemps 2017 et 2019 dans le sud de la province démontrent toutefois notre vulnérabilité et annoncent que des répercussions bien réelles du réchauffement planétaire sont à craindre.

Dans cette optique, le Réseau inondations intersectoriel du Québec (RIISQ) a été mis sur pied au printemps dernier grâce au financement des Fonds de recherche du Québec. Sa mission : regrouper tous les intervenants fédéraux et provinciaux, de même que des chercheurs de divers domaines, afin d’améliorer la capacité du Québec à mieux se préparer et se protéger des inondations. Son directeur général, Philippe Gachon, plaide dans L’état du Québec 2020 l’importance de l’intersectorialité pour améliorer notre résilience et pour réduire les risques d’inondations et leurs conséquences dans l’avenir. Celui qui est professeur titulaire de la Chaire de recherche sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques à l’Université du Québec à Montréal estime en outre que s’il y a une leçon à tirer des inondations qui ont frappé le Québec, c’est que la collaboration entre disciplines, telles que les sciences naturelles, humaines, sociales et politiques, ainsi que le génie, la santé, l’éducation, la psychologie, l’épidémiologie, la communication et la gestion, est primordiale.

Une décroissance subie et sauvage, ou volontaire et contrôlée ?

Les inondations récentes au Québec illustrent concrètement le dérèglement climatique. Alors qu’un développement plus durable semble être la solution la plus largement privilégiée par les décideurs des milieux politiques et économiques pour affronter les changements climatiques, certains plaident pour une décroissance « soutenable » ou « conviviale », remettant en question l’idée fondamentale selon laquelle le progrès de l’humanité suppose une croissance économique continue. Professeur au Département de management de HEC Montréal, Yves-Marie Abraham est de ceux qui estiment que l’urgence climatique commande un changement profond de nos habitudes de consommation. Pour les « décroissancistes », explique-t-il dans L’état du Québec 2020, une diminution du temps de travail salarié et de la production de marchandises est le meilleur moyen de ralentir la catastrophe écologique en cours.

L’écoanxiété comme moteur d’action

La popularité croissante du mouvement décroissanciste est peut-être liée à l’augmentation du nombre de personnes qui témoignent souffrir d’écoanxiété. Dans un texte éclairant, Anne-Sophie Gousse-Lessard trace les contours de ce phénomène psychosocial encore méconnu de la science, mais dont on entend parler de plus en plus. Bien qu’aucun consensus n’ait émergé sur l’existence de ce mal, la documentation scientifique concernant les effets des changements climatiques sur la santé mentale a énormément progressé et porte surtout, selon l’experte, sur des réactions psychosociales postdésastre inquiétantes comme la détresse psychologique, le syndrome de stress post-traumatique, la dépression, le trouble d’adaptation, les conflits relationnels, les troubles du sommeil, les abus de drogue et d’alcool, ou encore le suicide. Parmi les effets recensés des vagues de chaleur sur les comportements, il y a les émeutes, les agressions diverses, la maltraitance d’enfants et de femmes et les homicides, note la professeure associée à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal. Des conséquences préoccupantes, sur lesquels il faudra rapidement se pencher.

Cette écoanxiété pousse de nombreux jeunes du Québec à se mettre en action pour contribuer à la lutte contre les changements climatiques. Ils sont de plus en plus nombreux à faire l’école buissonnière pour sonner l’alarme climatique. Rédactrice en chef du magazine Curium, Noémie Larouche recueille les témoignages de jeunes qui ont décidé de prendre les choses en main, en plus de brosser le portrait des mobilisations étudiantes qui ont ouvert la voie à la manifestation historique du 27 septembre dernier.

L’importance de la participation publique en environnement

Les institutions démocratiques offrent aussi des mécanismes qui permettent aux citoyens de faire entendre leur voix. Dans la foulée du 40e anniversaire de la création du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), la professeure agrégée au Département de science politique de l’Université de Montréal, Laurence Bherer, le professeur au Département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais, Mario Gauthier, et le professeur agrégé à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Louis Simard, proposent un retour sur quatre décennies de participation publique en environnement au Québec. Philippe Bourke et Julie Forget, président et vice-présidente du BAPE respectivement, réitèrent, quant à eux, l’importance de la participation des citoyens dans l’évaluation environnementale de grands projets.

La transition écologique est un défi aussi pressant qu’important. Il comporte de nombreuses facettes, et L’état du Québec 2020 présente des analyses de spécialistes offrant des lectures complémentaires de la situation pour une action efficace.

À lire à ce sujet dans «L’état du Québec 2020»

CLÉ 11 – TRANSITION ÉCOLOGIQUE

Pour sortir de l’impasse du développement durable : la décroissance

Yves-Marie Abraham, professeur au Département de management de HEC Montréal

 

CLÉ 11 – TRANSITION ÉCOLOGIQUE

 

Écoanxiété : quand la crise environnementale nuit à notre santé mentale

Anne-Sophie Gousse-Lessard, professeure associée à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal