L’information, un pilier de la démocratie

Le Devoir Collaboration spéciale
La télévision, les sites Internet et applications mobiles des médias d’information traditionnels, la radio et les journaux comptent parmi les sources d’information les plus utilisées par les Québécois.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La télévision, les sites Internet et applications mobiles des médias d’information traditionnels, la radio et les journaux comptent parmi les sources d’information les plus utilisées par les Québécois.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

On la tient pour acquise, mais la démocratie est fragile, et le Québec n’est pas à l’abri d’une dérive populiste. En 2018, seuls 20 pays dans le monde — dont le Canada — ont été qualifiés de « démocraties complètes » dans le Democracy Index, publié par The Economist Intelligence Unit.

Qu’est-ce qui définit la démocratie ? Des valeurs fondamentales viennent en tête, comme la liberté d’expression. Elle devrait également permettre d’assurer la protection de certains droits. Mais la démocratie canadienne, sans égard à la conception qu’on a d’elle, répond-elle aux attentes de ses citoyens ? Daniel Savas, professeur à l’École des politiques publiques de l’Université Simon Fraser et chercheur principal du projet « Renforcer la démocratie », et Shauna Sylvester, directrice générale du Centre Morris J. Wosk pour le dialogue analysent dans L’état du Québec 2020 les résultats d’une vaste étude pancanadienne sur les attentes des citoyens à l’égard de leur démocratie.

La performance du système démocratique canadien, l’engagement des citoyens envers la démocratie et ses institutions, la perception des valeurs démocratiques et du rôle des citoyens, la confiance envers les institutions, le niveau d’engagement dans la communauté, les fausses nouvelles et les sources d’informations privilégiées sont au nombre des enjeux abordés dans l’étude. Elle démontre en outre que bien que 77 % des Canadiens estiment que la démocratie est le meilleur système démocratique, à peine 57 % des répondants croient que le pays est gouverné de manière démocratique, que 68 % affirment que les élus ne s’intéressent pas à ce qu’ils pensent et que seulement 47 % des Québécois pensent que voter peut changer quelque chose. L’étude dénote également une faible confiance envers les institutions : 60 % des Canadiens estiment que le gouvernement ignore les intérêts des Canadiens ordinaires au profit de ceux de l’élite, et seulement 52 % croient qu’ils peuvent avoir une incidence sur leur démocratie en votant ou en faisant un effort pour influencer le gouvernement. Des chiffres inquiétants, qui doivent mener à des actions concrètes.

Perte de confiance envers les institutions ?

Ce cynisme à l’égard des politiciens et des institutions démocratiques trouve-t-il sa source dans le non-respect des promesses faites en campagne électorale ? Pas selon les spécialistes de l’Université Laval qui colligent les données du « Polimètre Trudeau », qui ont mesuré la réalisation des promesses électorales des libéraux. À l’aube des élections fédérales de 2019, le gouvernement de Justin Trudeau avait ainsi réalisé 91,7 % de ses promesses électorales.

Le phénomène des fausses nouvelles, qui semble prendre de l’ampleur, y est alors sans doute pour quelque chose. Elles ébranlent la confiance qu’on accorde aux institutions politiques, aux médias et aux scientifiques, et déstabilisent nos démocraties. Des « faits alternatifs » sont partagés par des leaders populistes, puis sont massivement relayés dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Préoccupés par cette situation, l’INM et la firme Léger ont décidé de sonder les Québécois sur leur rapport à l’information. La directrice générale de l’INM, Julie Caron-Malenfant, et le directeur de L’état du Québec 2020, Francis Huot, proposent une analyse des raisons qui poussent les citoyens à lire des fausses nouvelles, à les croire, et à les partager.

Le déclin de l’espace occupé par la science dans l’espace public constitue l’une des hypothèses fréquemment évoquées pour expliquer l’émergence des fake news. Dans une entrevue exclusive, Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, Nellie Brière, spécialiste en communications numériques et réseaux sociaux, Luc-Alain Giraldeau, directeur général de l’INRS, et Audrey-Maude Vézina, coordonnatrice de la Chaire de journalisme scientifique de l’Université Laval, proposent des pistes de réflexion pour comprendre le rôle des décideurs, des organismes de recherche, des scientifiques et des médias, et des solutions pour redonner à la science sa juste place dans l’espace public et ainsi contrer les fausses informations.

Le rôle des médias d’information

Les données du sondage Léger analysées dans L’état du Québec 2020 démontrent que la télévision, les sites Internet et applications mobiles des médias d’information traditionnels, la radio et les journaux comptent parmi les sources d’information les plus utilisées par les Québécois.

Mais même si l’information qu’ils livrent est largement privilégiée, les médias traditionnels sont en perdition. Une situation symptomatique de la montée en puissance des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), qui captent plus que jamais les revenus publicitaires qui finançaient jadis les activités des médias traditionnels.Professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal, Jean-Hugues Roy propose, dansL’état du Québec 2020, que soit redéfini le rôle du Fonds des médias afin d’inclure à ses sources de financement les accès à Internet, les achats d’écrans et une éventuelle redevance qui serait prélevée sur les revenus des géants du Web par l’entremise d’une modification à la Loi sur le droit d’auteur. Son mandat devrait également être élargi, selon l’ex-journaliste, pour inclure le soutien à l’information. Une solution qui contribuerait sans doute à la vitalité des médias régionaux qui constituent, pour la journaliste à La Voix de l’Est et auteure du livre Extinction de voix : plaidoyer pour la sauvegarde de l’information régionale, Marie-Ève Martel, un bien public essentiel à la démocratie.

Le numérique, en plus de redéfinir la manière dont l’information est produite et consommée, amène de nombreuses questions quant au droit à la vie privée, une valeur démocratique fondamentale. Doctorante en communication à l’Université du Québec à Montréal et codirectrice des communications de Crypto. Québec, Anne-Sophie Letellier estime en outre que l’utilisation des données personnelles doit être mieux encadrée.

 

L’état du Québec 2020

CLÉ 01 – SONDAGE LÉGER / L’ÉTAT DU QUÉBEC

Les fausses nouvelles : un refuge devant l’incertitude croissante de notre époque ?

Julie Caron-Malenfant, directrice générale de l’INM,

Francis Huot, directeur de L’état du Québec 2020

 

CLÉ 09 – MÉDIAS

L’information locale, bien public essentiel à la démocratie

Marie-Ève Martel, journaliste à La Voix de l’Est et auteure du livre Extinction de voix : plaidoyer pour la sauvegarde de l’information régionale