Le vivre-ensemble, plus qu’une expression

Le Devoir Collaboration spéciale
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Inclusion, vivre-ensemble, solidarité, réconciliation, égalité, discrimination. Des expressions qui trouvent écho auprès de ceux qui militent pour plus de justice sociale, et qui nous rappellent que les acquis du passé doivent constamment être défendus.

Les inégalités et la discrimination se manifestent de nombreuses façons. L’appropriation culturelle et le manque de diversité en culture ont fait couler beaucoup d’encre au Québec dans les dernières années. Ces épisodes ne sont pas sans rappeler la « crise » des accommodements raisonnables, la charte des valeurs et, plus récemment, l’adoption en juin 2019 de la Loi sur la laïcité de l’État. Des démonstrations éloquentes des différentes conceptions qui cohabitent dans notre société du tissu social, et des manières dont il doit être protégé.

Dépasser le débat sur l’appropriation culturelle 

Chargée de cours à l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill, Shelley Ruth Butler propose dans L’état du Québec 2020 une définition de l’appropriation culturelle et distingue le concept de l’échange culturel respectueux. L’Office québécois de la langue française décrit l’appropriation culturelle comme « l’utilisation, par une personne ou un groupe de personnes, d’éléments culturels appartenant à une autre culture, généralement minoritaire, d’une manière qui est jugée offensante, abusive ou inappropriée ». Une définition en l’apparence claire, qui cache toutefois un sujet équivoque et brûlant, qu’on peine à s’expliquer. Des enjeux comme le colonialisme, l’assimilation, la résistance, la réparation et la réconciliation — inhérents à l’appropriation culturelle — ne pourront être abordés, selon l’auteure, que lorsque la légitimité du concept d’appropriation culturelle sera acceptée.

Le débat sur l’appropriation culturelle résonne également chez les Autochtones, dont on s’est fréquemment approprié la culture dans le passé. L’exemple le plus concret au Québec de l’amorce d’une prise de conscience collective est sans contredit l’annonce faite par l’Université McGill au printemps 2019 d’abandonner le nom de ses équipes sportives. Les défunts Redmen incarnent une volonté claire de réconciliation avec les peuples autochtones. Anthropologue et doctorante en études autochtones à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Marie-Pierre Renaud propose à ce sujet un bilan des promesses et des réalisations du gouvernement Trudeau en matière de réconciliation avec les peuples autochtones. Bilan en demi-teintes, qui ne permet toutefois pas de conclure que le gouvernement Trudeau a perdu la confiance des Autochtones ou qu’il a entièrement échoué en matière de réconciliation, estime l’auteure.

Droit à l’avortement : protéger les acquis

L’actualité récente au sud de la frontière nous rappelle que le droit à l’avortement est un acquis précieux, et qu’un mouvement bien organisé tente de le remettre en question. Des lois limitant le libre choix sont adoptées aux États-Unis, et Véronique Pronovost, doctorante en sociologie à l’Université du Québec à Montréal et membre du Chantier sur l’antiféminisme du Réseau québécois en études féministes, estime que le mouvement anti-choix états-unien exerce une influence au Canada et au Québec.

Pour de nouvelles solidarités intergénérationnelles

Mais alors que de nombreux groupes sont victimes de discrimination, de nouvelles solidarités peuvent être créées, notamment entre les différentes générations qui composent le Québec.

S’appuyant sur les résultats de la Conversation publique sur la solidarité et l’équité intergénérationnelles, une démarche délibérative organisée par l’INM qui s’est déroulée sur deux ans et à laquelle plusieurs milliers de Québécois ont participé, Sami Ghzala propose cinq chantiers pour faire du Québec une société résolument intergénérationnelle. L’auteur évoque la cohabitation intergénérationnelle, la mobilité, l’animation des espaces publics, la participation citoyenne et la prise en compte de l’équité intergénérationnelle dans les politiques publiques comme champs d’action à prioriser pour favoriser une plus grande solidarité entre les générations. Une vaste réflexion collective qui rappelle que le dialogue entre les générations s’avère un impératif qui doit présider à l’ensemble de nos décisions collectives et les imprégner rapidement.

L’état du Québec 2020

CLÉ 12 – DISCRIMINATION

Droit à l’avortement : la contre-attaque des anti-choix en Amérique du Nord

Véronique Pronovost, doctorante en sociologie à l’Université du Québec à Montréal et membre du Chantier sur l’antiféminisme du Réseau québécois en études féministes

 

CLÉ 20 – PEUPLES AUTOCHTONES

 

Entre promesses et réalisations : le bilan du gouvernement Trudeau en matière de réconciliation avec les peuples autochtones

Marie-Pierre Renaud, anthropologue et doctorante
en études autochtones, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue