Coconstruire la résilience urbaine

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
À l’image des inondations des printemps 2017 et 2019, les risques auxquels sont confrontées les collectivités augmentent d’année en année.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir À l’image des inondations des printemps 2017 et 2019, les risques auxquels sont confrontées les collectivités augmentent d’année en année.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En février 2018, l’ENAP lançait les travaux du Cité-ID LivingLab, un laboratoire de recherche-action sur la gouvernance de la résilience urbaine. Cette entité hybride étudie la capacité des villes à s’adapter aux crises, qu’elles soient climatiques, numériques ou humaines, pour mieux s’en rétablir.

Les inondations qui ont frappé le sud du Québec aux printemps 2017 et 2019 ; l’attentat à la grande mosquée de Québec le 29 janvier 2017 ; la dépendance toujours plus grande à l’égard de technologies : la nature des événements ou enjeux nécessitant de la résilience urbaine est vaste, résultat de l’augmentation des risques auxquels sont confrontées les collectivités.

« Les transformations que vivent les villes représentent des problématiques complexes, signale Marie-Christine Therrien, professeur à l’ENAP et responsable du Cité-ID LivingLab. La capacité des communautés et des organisations à gérer de façon proactive les risques, à s’adapter et à se rétablir rapidement après un stress ou un choc est essentielle. »

Cet incubateur de l’ENAP, dont les activités sont financées par les Fonds de recherche du Québec, veille à l’émergence de nouvelles approches et pratiques pour appuyer le développement de la résilience dans une perspective intersectorielle et collaborative. Plus d’une quinzaine de partenaires gouvernementaux et d’organisations à but non lucratif sont impliqués dans les travaux, et 17 étudiantes et étudiants à la maîtrise et au doctorat, ainsi que des professionnels de recherche y collaborent.

Le parent pauvre de la sécurité civile

Dans le cadre du Plan d’action en matière de sécurité civile relatif aux inondations en 2018, le ministère de la Sécurité publique a confié à l’Association de sécurité civile du Québec (ASCQ) la réalisation de la mesure numéro 22 visant à documenter les bonnes pratiques municipales en matière de sécurité civile. « La prévention, la préparation, l’intervention et le rétablissement constituent les quatre dimensions de la sécurité civile », cite Carolyne Larouche, présidente de l’ASCQ et directrice du Bureau de la sécurité civile à la Ville de Québec. L’ASCQ s’est associée au Cité-Id LivingLab pour élaborer une démarche de recherche-action sur le rétablissement post-sinistre, « le parent pauvre de la sécurité civile ».

Photo: ENAP Marie-Christine Therrien

« On parle beaucoup d’intervention, mais on note une forme de désorganisation dans la dimension du rétablissement, surtout avec la fréquence des catastrophes qui augmente », fait valoir Marie Daoust-Gauthier, étudiante de deuxième cycle à l’ENAP, qui est l’une des 17 étudiantes et étudiants qui collaborent avec le Cité-ID LivingLab. Son mémoire porte sur la question du rétablissement en contexte de crise.

Au Québec comme ailleurs dans le monde, la tendance observée au cours des dernières décennies montre un accroissement de la fréquence, de l’importance et de la variété des catastrophes naturelles ou humaines, selon l’ASCQ. Et si le lien entre les inondations et les changements climatiques n’était pas « évident » en 2017, selon le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, la corrélation l’est « de plus en plus » deux ans plus tard.

La période de rétablissement pose des défis importants pour les villes et municipalités : elles ne doivent pas seulement prendre des décisions et des actions pour restaurer les conditions sociales, économiques, physiques et environnementales de la collectivité. Elles doivent aussi en tirer des apprentissages pour réduire les risques. « Les citoyens demeurent ébranlés par les événements, laisse tomber Mme Larouche. Il faut reconstruire différemment pour éviter que ça se reproduise. »

Un gabarit « tous risques »

L’approche interactive entre les chercheurs de Cité-ID et les membres de l’ASCQ vise à mobiliser les connaissances de terrain des praticiens. Les villes de Repentigny, Rimouski et Québec ont été ciblées par la démarche sur le rétablissement.

De mars 2019 à septembre 2020, trois séries d’ateliers ont réuni et réuniront l’ensemble des parties prenantes : maires, directions de service incendie ou directions générales d’organismes. Le LivingLab « les accompagne pour qu’ils puissent faire eux-mêmes les changements puis mieux intégrer les nouvelles pratiques », dit Mme Therrien.

Selon une stratégie de coconstruction, donc, « l’idée n’est pas de leur donner un plan de rétablissement clé en main, mais plutôt de s’asseoir et de pousser les acteurs à réfléchir. L’exercice est plus important que le plan en soi », fait valoir Mme Daoust-Gauthier. Les liens alors tissés entre les différents acteurs de la communauté permettent aux villes de mieux se rétablir en cas de catastrophes.

Le premier atelier a permis d’établir quatre prototypes qui seront expérimentés, corrigés puis documentés d’ici septembre prochain : l’élaboration d’une formation, la mise en place d’un plan de rétablissement, l’établissement du profil de compétences des employés et l’organisation d’une communauté de pratiques pilotée par l’ASCQ.

L’étape ultime de la démarche est de concevoir et de diffuser un gabarit général « tous risques » en matière de rétablissement, peu importe le type de catastrophe ou d’événement auquel les villes sont confrontées.