Soutenir la résilience des femmes, une goutte à la fois

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Des centaines de Sénégalaises manifestent leur joie lors de la cérémonie de lancement du projet Goutte à goutte. Cette forte mobilisation est le symbole d’un regain d’espoir pour ces agricultrices que  les changements climatiques ont conduites  à abandonner leurs terres depuis 2015.
Carrefour International Des centaines de Sénégalaises manifestent leur joie lors de la cérémonie de lancement du projet Goutte à goutte. Cette forte mobilisation est le symbole d’un regain d’espoir pour ces agricultrices que les changements climatiques ont conduites à abandonner leurs terres depuis 2015.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En Afrique subsaharienne, jusqu’à 80 % des denrées alimentaires sont produites par les femmes. Lorsque les changements climatiques ont des répercussions bien concrètes, on peut comprendre que les femmes soient affectées en première ligne. Au Sénégal, un projet cherche à leur donner des outils pour s’adapter à ces nouveaux défis.

Les terres dans la bande de Niayes, dans le nord-ouest du Sénégal, ont toujours été fertiles. Dans les années 1990, on pouvait avoir accès à l’eau en creusant à une profondeur d’un ou deux mètres. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : « À cause de la surexploitation de l’eau et des changements climatiques, l’eau superficielle est de plus en plus rare », raconte Babacar Samb, chargé de programme et représentant au Sénégal pour le Carrefour international. Pour puiser l’eau, il faut creuser dans la nappe phréatique jusqu’à 20 mètres de profondeur, une possibilité beaucoup plus difficile d’accès pour les femmes. « Les femmes sont débrouillardes, explique M.Samb. Certaines, plus résilientes, avaient continué à produire avec de l’eau potable, mais le coût devenait extrêmement élevé. »

Accès inégal

Malgré leur importance dans la production alimentaire tant pour leur propre ménage que pour la vente sur les marchés locaux, « les Sénégalaises sont défavorisées dans leur accès à la terre », explique le chargé de programme. Devant l’accès en eau de plus en plus difficile, celles-ci n’ont pas le loisir de se tourner vers une autre terre, comme le font les hommes. Un phénomène qui conduit par ailleurs depuis 2015 à l’abandon de certaines terres. « Il y a également de la discrimination dans l’accès à l’information. Elles se retrouvent à avoir moins de connaissances et de moyens financiers, techniques et technologiques à leur disposition », poursuit-il.

C’est pour répondre à ces besoins criants que le projet Goutte à goutte a été lancé en décembre 2018, financé grâce au Fonds vert du ministère de l’Environnement du Québec à hauteur de 730 000 $ et appuyé par le Réseau des organisations paysannes et pastorales du Sénégal (RESOPP), le partenaire local. Cette initiative du Carrefour international s’adresse aux femmes de deux communautés de la région des Niayes, Cherif Lô et Pambal. Formations, mise sur pied de champs-écoles, aménagement d’infrastructures pour l’irrigation des terres et le stockage des récoltes sont en cours d’implantation grâce à ce projet qui s’étale sur 28 mois.

Démultiplication des savoirs

Les groupements ont d’abord été mobilisés ; 18 femmes de ces regroupements ont été formées à des techniques de production maraîchère et d’agroécologie, qui permettent entre autres de connaître quel type de plantation résistera mieux aux changements climatiques. Des experts canadiens ont apporté leur soutien dans les formations, « mais on veut aussi former des experts sénégalais, pour renforcer les capacités locales », assure M. Samb. De retour dans leurs communautés, ces femmes deviennent elles-mêmes des formatrices et démultiplient leur savoir auprès de groupements, portant le nombre de femmes touchées à 633. Au total, Goutte à goutte veut toucher 1500 femmes à travers la mise en place de structures de gestion et l’aménagement de périmètres maraîchers.

En plus de soutenir les femmes dans leurs connaissances, le projet Goutte à goutte prévoit la mise en place de plusieurs structures qui amélioreront l’accès à l’eau : forage de puits, construction de château d’eau, mise en place d’un réseau d’irrigation goutte à goutte à l’énergie solaire sur 11 sites. « La production irriguée démarrera après l’installation des aménagements », précise le Carrefour international, mais 450 plants de moringa, un petit arbre à croissance rapide plus résistant à la sécheresse, ont déjà été plantés.

Diversification des revenus

L’implantation du système d’irrigation et la construction d’entrepôts de stockage ont des retombées directes pour ces femmes. Ainsi, le maraîchage goutte à goutte rendra possible la culture de nouvelles plantes comme la pomme de terre, le gombo, l’aubergine douce et amère, de même que l’arboriculture fruitière (mangue, citron). En plus d’aider à mieux pourvoir aux besoins alimentaires des femmes et de leurs familles, cette diversification leur permet d’accéder aux grands marchés de distributeurs pour vendre leur production. « Grâce au magasin de stockage, nous pourrons générer plus de revenus », explique également Ramata Faye, présidente de la Dynamique féminine du RESOPP et bénéficiaire du projet.

« Il y a 10 ans, les femmes ne faisaient pas le petit commerce ; désormais, nous sommes des entrepreneures », confie la participante. Une façon bien concrète de valoriser le travail des femmes, rarement apprécié et rémunéré à sa juste valeur.