La plomberie émancipatrice

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Mariam fait partie des participantes au projet AWANE. Habitante de Zarqa, en Jordanie, cette mère de trois enfants exerce la plomberie depuis six ans. Oxfam lui a apporté du soutien afin qu’elle puisse démarrer son entreprise et former d’autres femmes à la plomberie dans son quartier.
Photo: Abbie Trayler-Smith / Oxfam Mariam fait partie des participantes au projet AWANE. Habitante de Zarqa, en Jordanie, cette mère de trois enfants exerce la plomberie depuis six ans. Oxfam lui a apporté du soutien afin qu’elle puisse démarrer son entreprise et former d’autres femmes à la plomberie dans son quartier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En se baladant dans les rues de Zarqa, dans le nord de la Jordanie, on croise une quincaillerie tout ce qu’il y a de plus ordinaire… Pourtant, ce qui se passe ici est extraordinaire : c’est la quincaillerie de Mariam. Cette femme de 44 ans, mère de trois enfants, a été formée à la plomberie il y a maintenant six ans. Et c’est elle qui, à son tour, apprend aujourd’hui ce métier à d’autres femmes. Derrière Mariam se cache le projet quinquennal d’Oxfam-Québec, AWANE.

Mis en œuvre en 2015 grâce au soutien financier d’Affaires mondiales Canada, le projet AWANE (Répondre aux besoins en eau des communautés d’accueil en Jordanie) a pris fin cette année. C’est Elhem Mellouli, chargée de projet chez Oxfam-Québec, qui en était responsable.

« La Jordanie est depuis longtemps une terre d’accueil, rappelle-t-elle. Depuis le début de la crise syrienne, le pays a accueilli plus d’un million de réfugiés. C’est dans ce contexte que le gouvernement jordanien a fait appel à l’aide internationale pour répondre aux défis qu’apportaient ces nouveaux arrivants. »

Fuites et mauvais entretien

La Jordanie est en effet un pays en partie désertique, aux prises avec un problème d’eau criant d’abord parce que l’accès à celle-ci est très difficile, mais aussi parce que quelque 40 % du peu d’eau disponible sont perdus par des fuites ou un mauvais entretien des tuyaux. Le projet AWANE avait donc pour objectifs une meilleure gestion de l’eau et une amélioration des relations entre les prestataires de services en eau et les utilisateurs. Mais le véritable but était peut-être que les besoins et intérêts propres aux femmes soient mieux pris en compte.

L’action d’Oxfam s’est concentrée dans deux gouvernorats, ceux de Zarqa et de Balqa. Les infrastructures y ont été améliorées, le réseau a été agrandi et de nouveaux compteurs domestiques ont relié 8742 personnes au réseau. « On a aussi travaillé avec un partenaire local afin de promouvoir de meilleures pratiques de gestion et d’utilisation de l’eau par les ménages. On a mis l’accent sur le rôle de la femme », explique Elhem Mellouli.

La chargée de projet explique que c’est en sélectionnant des femmes sur une base volontaire que sont nées les ambassadrices de l’eau : « À travers des activités, qui avaient pour objectif d’accroître la participation des femmes dans leur communauté, on les a formées pour qu’elles sensibilisent les ménages à la gestion efficace de l’eau. » C’est ainsi qu’en faisant du porte-à-porte, les ambassadrices ont pu parler aux femmes en accédant facilement aux foyers durant le jour au moment où elles sont seules à la maison. « On a voulu démontrer aux femmes qu’elles avaient un rôle à jouer dans leur communauté. Avec les ambassadrices, on a aussi créé des communautés d’eau qui représentent les citoyens auprès des gouvernements pour rapporter les problèmes que vivent les femmes par rapport à l’eau », ajoute-t-elle.

Formation à la plomberie

Afin que les femmes puissent avoir encore plus de prise sur l’épineux problème de l’eau, l’étape suivante est venue le plus naturellement du monde : amener les femmes à acquérir des compétences en plomberie. « Quarante-cinq femmes ont été formées aux techniques de plomberie et elles ont aussi bénéficié d’une initiation à créer de petites entreprises. Oxfam a fourni du matériel afin qu’elles puissent démarrer leur entreprise », renchérit la chargée de projet.

C’est ainsi qu’il y a un an, Mariam a ouvert sa propre quincaillerie et a même créé des emplois. En avril dernier, Elhem Mellouli a eu l’occasion de rencontrer Mariam : « Elle continue à travailler et malgré toutes les difficultés qu’elle rencontre, elle y croit ! Lors d’une soirée à l’ambassade du Canada, elle a pu glisser sa carte professionnelle à l’ambassadeur. Très impressionné, il lui a promis de l’appeler en cas d’urgence ! »

Si Mariam est une inspiration, elle n’est malheureusement pas encore la norme. En Jordanie, même si les femmes sont très éduquées, elles demeurent quatre fois moins nombreuses que les hommes sur le marché du travail. Toutefois, Mariam rêve de continuer de faire grandir son entreprise pour montrer au monde que les femmes peuvent tout faire.