Leaders écologiques, leaders économiques

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
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Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les entreprises qui souhaitent amorcer un virage vert disposent d’un coup de pouce supplémentaire pour y arriver : le Fonds Écoleader, assorti d’une enveloppe de 18,5 millions pour l’ensemble de la province. Et pour convaincre les organisations d’adopter des mesures en développement durable, l’initiative n’hésite pas à prêcher par l’argument économique.

Selon les données de 2018 du Baromètre de la consommation responsable, un peu plus de 75 % des Québécoises et Québécois estiment que le changement de comportement de consommation doit venir des entreprises et des marques, après les individus, mais avant les autorités gouvernementales fédérales et provinciales.

Les consommateurs comme les employés sont toujours plus exigeants envers les organisations en matière de pratiques environnementales. « Les entreprises qui se préoccupent du développement durable ont une meilleure rétention et attirent de la main-d’œuvre plus jeune », fait valoir Nicolas Girard, directeur général du FAQDD. Au-delà des enjeux d’image et de conscience écologique, donc, « l’argument économique est un bon angle d’attaque », selon lui.

Initiative du ministère de l’Économie et de l’Innovation, le programme Écoleader, lancé le 20 septembre, est coordonné sur une base régionale par le Fonds d’action québécois en développement durable (FAQDD). Un réseau de 18 agents à travers le Québec orientera les entreprises vers les ressources disponibles sur leur territoire, les défis prioritaires en fonction de leur profil et les diverses sources de financement, qu’elles soient fédérales, provinciales ou municipales.

Dans la région de Québec puis sur la Côte-Nord, Marie-Claude Bisson, du Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale, et Vincent Carbonnelle, du Conseil régional de l’environnement de la Côte-Nord, sont parmi les agents qui veilleront à « complémenter » les 18,5 millions, signale Mme Bisson. Leur mandat est de quatre ans.

L’objectif du Fonds Écoleader est de rejoindre 50 000 entreprises, mais pas seulement avec les 18,5 millions. « Notre rôle est aussi de sensibiliser, d’organiser des séances d’informations, de participer à des colloques ou à des activités d’animation sur le territoire », énonce M. Carbonnelle.

« Nous ne travaillons pas en vase clos, mais bien en collaboration avec beaucoup d’acteurs comme les MRC ou les chambres de commerce. Un comité consultatif régional est aussi appelé à réfléchir aux meilleures stratégies pour faire parvenir l’information aux entreprises », poursuit Mme Bisson.

Jusqu’à 30 $ sont offerts pour des projets visant l’adoption de pratiques écoresponsables, et 50 $ pour les entreprises ayant comme objectif d’acquérir des technologies propres. Ce montant pourra se multiplier par 10 si les différentes entreprises s’allient, sous forme de cohorte, pour déposer un projet commun.

Le concept de « premier arrivé, premier servi » sera établi si l’enveloppe se vide plus rapidement que prévu. Une quinzaine d’entreprises ont déjà témoigné leur intérêt, selon M. Girard.

La rentabilité écologique

Les marchés envoient beaucoup de signaux quant à la rentabilité, voire la profitabilité d’un virage vert, rappelle Mme Bisson. « Pour retenir la main-d’œuvre ou attirer de nouveaux travailleurs, pour fidéliser la clientèle et pour collaborer avec les grands donneurs d’ordre dont les fournisseurs sont tenus d’avoir un modèle de gestion de développement durable », ajoute M. Girard.

Mais les entreprises affirment manquer de temps, d’expertise et de ressources pour s’attaquer aux enjeux environnementaux.

Loop fabrique des jus avec des fruits et légumes destinés aux sites d’enfouissement, de la bière avec des miches de pain jetées, et proposera d’ici deux à trois mois un gin fait à partir des retailles de coupe de patates crues des croustilles Yum Yum. L’entreprise d’économie circulaire fait partie des « leaders » auxquels le Fonds souhaite donner la parole « pour montrer l’exemple ».

Julie Saulnier-Poitras était consultante en développement durable avant de cofonder Loop avec David Poitras. Elle estime que le modèle d’affaires en économie circulaire a permis à son entreprise en démarrage de se démarquer sur le marché. « Ce n’est pas seulement bon pour l’environnement, ça l’est aussi pour la rentabilité », dit-elle. En utilisant des matières premières obsolètes, Loop crée de la valeur à partir de la perte.

Détaillants, fournisseurs, consommateurs ou décideurs : les redditions de compte sur les actions environnementales fusent désormais de partout, selon Mme Saulnier-Poitras. Et il n’est plus suffisant de mettre en place des démarches pour diminuer ses externalités négatives. Les entreprises doivent avoir un impact positif sur la société et l’environnement, ce qu’elle appelle le « net positif ».

L’efficacité propre

« Le vocabulaire économique peut être synonyme de vocabulaire écologique, indique Mme Bisson. Les technologies propres rendent plus efficaces les méthodes de production, réduisent les matières résiduelles et diminuent les coûts. »

Le Fonds Écoleader travaille de concert avec le Centre québécois de développement durable (CQDD) et Écotech Québec, la grappe gouvernementale des technologies propres. Elle permettra de faire connaître aux partenaires Écoleader.

Le 27 septembre, une semaine après le lancement du Fonds Écoleader, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, annonçait un investissement de près de 80 millions pour accélérer le développement de ces technologies et ainsi encourager les entreprises québécoises qui veulent innover pour réduire les gaz à effet de serre.