Gestionnaire conscient, leader de l’avenir

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La pratique de la pleine conscience permet d’augmenter la capacité de concentration et d’attention.
Getty Images La pratique de la pleine conscience permet d’augmenter la capacité de concentration et d’attention.

Ce texte fait partie du cahier spécial Leadership

Le monde du travail s’accélère, le ou la gestionnaire fait face à une multitude de demandes de la part tant de sa direction que des membres de son équipe. Résultat, une seule personne ne peut plus diriger seule, elle doit savoir s’entourer, déléguer et faire confiance. Cela nécessite de bien se connaître soi-même et d’être à l’écoute de ceux qui vous épaulent. De voir l’autre et ses différences comme un atout, non comme une menace. D’être capable de se recentrer sur le moment présent, de lâcher prise et de relativiser les problèmes. Bref, d’être un leader conscient.

Le leader conscient se définit par sa capacité à développer sa présence et son attention au quotidien, explique Geneviève Desautels, présidente et cofondatrice d’Amplio Stratégies. Il est présent dans ce qu’il accomplit, il est à l’écoute de lui-même, d’autrui et de son environnement. Plutôt que de s’ancrer dans des mécanismes de défense malsains face à l’adversité, il recherche la clarté en se donnant de l’espace pour porter un regard introspectif et bienveillant sur lui-même et sa performance. »

Il est donc capable de mieux s’adapter à un environnement complexe, où l’agilité et l’intelligence émotionnelle sont des compétences essentielles pour faire face à l’évolution technologique qui nous conduit vers le monde du travail 4.0. Il a conscience de ses forces et de ses faiblesses, il sait qu’il est imparfait, faillible, mais que cela ne le rend pas pour autant incompétent. Il a assez de confiance en lui pour que celle-ci ne soit pas remise en question au premier doute. Mieux, la présence attentive qu’il développe lui procure de l’énergie.

Lâcher prise

Mme Desaultels raconte par exemple en cours d’entrevue qu’elle ressent de la joie à partager ses connaissances avec une collaboratrice du Devoir. Que son ego en est vivifié, qu’elle sent une écoute attentive. Mais si cela n’avait pas été le cas… si elle avait senti une certaine forme de condescendance, quel effet cela aurait-il eu sur elle ?

« Si je suis en état de pleine conscience, l’impact est mimine parce que je ne me remets pas en question au moindre obstacle, répond-elle. Je me dis que votre condescendance ne m’appartient pas, que peut-être vous êtes malheureuse, vous vous êtes levée du mauvais pied ou que ce dossier ne vous intéresse pas. Moi, je sais que je suis digne d’intérêt, et c’est d’ailleurs pour cela que vous vous êtes tournée vers moi. »

Être en état de pleine conscience, cela se travaille. Par le yoga, la méditation, ou même dans la vie de tous les jours, lorsque l’on mange, que l’on prend sa douche, que l’on marche, que l’on court. Il s’agit d’être pleinement présent à ce que l’on fait ici et maintenant. Ne pas vivre dans le passé, car cela rend souvent dépressif, ne pas trop se projeter dans l’avenir, car cela est facteur d’anxiété. Être dans le moment présent.

« Le plus simple est de se concentrer sur sa respiration, explique Lucie Poitras, fondatrice de l’Éthique par le cœur et formatrice en entreprise. Ressentir l’air que l’on inspire et qui fait son chemin jusqu’aux poumons, puis le mouvement inverse lors de l’expiration. On respire plusieurs fois intensément en conscience, plusieurs fois par jour lors de micro-pauses que l’on s’accorde et dans les moments de stress. Cela permet de lâcher prise. »

Diminution de la fatigue mentale

Elle souligne que l’on peut également faire la même chose lorsque l’on boit un thé ou que l’on mange un raisin sec. Il s’agit alors d’ouvrir chacun de ses sens, de ne pas se mettre sur pilote automatique, de ne pas en profiter pour aller sur les réseaux sociaux, mais d’être conscient du goût sucré ou amer, de la chaleur, de la texture, de la façon dont l’aliment est ressenti par le corps.

« La science a démontré ces dernières années que cela n’a rien d’ésotérique, ajoute Mme Poitras. On sait aujourd’hui que la pratique de la pleine conscience transforme le cerveau. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. La présence attentive est utile dans la gestion du stress, elle augmente la capacité de concentration et d’attention, elle diminue la fatigue mentale et permet de réagir plus judicieusement. Elle prévient également les risques de rechute après un épuisement professionnel. »

La formatrice cite par ailleurs les résultats d’une étude de l’Université de Harvard, qui conclut que nous sommes en moyenne distraits 50 % de notre temps. Durant huit heures environ, l’être humain vit dans le passé, dans l’avenir ou sur pilote automatique, mais n’est pas pleinement à ce qu’il fait.

« Le stress et l’anxiété ont des effets de résonance, ajoute-t-elle. Si en tant que gestionnaire, je suis stressé ou anxieux, il y a de grandes chances que je le transmette à mon équipe. Or, le stress n’est jamais bon conseiller. Il limite la créativité, l’innovation, l’esprit de collaboration, qui sont des compétences éminemment recherchées dans le monde du travail d’aujourd’hui et de demain. »