Faire émerger le meilleur de chacun

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Selena Lu est aussi devenue l’an dernier  la première présidente de la Jeune chambre de commerce  de Montréal  issue d’une communauté culturelle.
Sylviane Robini Selena Lu est aussi devenue l’an dernier la première présidente de la Jeune chambre de commerce de Montréal issue d’une communauté culturelle.

Ce texte fait partie du cahier spécial Leadership

À peine inscrite au Barreau du Québec, Selena Lu a très vite souhaité s’impliquer bénévolement à divers endroits. Son mentor de l’époque lui a alors fait remarquer que, quitte à investir de l’énergie dans une cause qui lui tient à coeur, autant viser tout de suite la présidence. Cela permet de faire appliquer sa propre vision sans y consacrer beaucoup plus de temps que celui qui ne fait que passer les plats.

« Si j’ai retenu une seule phrase de mon mentor, c’est celle-là, raconte Mme Lu. Aspire à être celle qui décide. C’est ce qui me motive et qui me propulse dans la vie. »

Une phrase qui lui a bien réussi pour l’instant puisque, à 36 ans, la jeune avocate vient d’être nommée associée chez Lavery, le plus important cabinet d’avocats indépendant au Québec. Elle occupera ce poste dès la semaine prochaine, après neuf ans passés chez Lapointe Rosenstein Marchand Melançon.

Elle est également devenue l’an dernier la première présidente de la Jeune chambre de commerce de Montréal (JCCM) issue d’une communauté culturelle, chinoise en l’occurrence. Le parcours n’aura pas été aisé. Déjà candidate deux ans auparavant, elle s’était fait dire que son curriculum vitæ était trop sino-centré.

« Ça m’a fait un choc », avoue-t-elle.

La jeune femme avait en effet tour à tour été membre du conseil d’administration de la Société du Jardin de Chine de Montréal, jury de la bourse d’excellence du Club JiuDing, présidente du Bal de la Fondation de l’Hôpital chinois de Montréal et, enfin, présidente de l’Association des jeunes professionnels chinois et asiatiques (YCPA).

« J’avais un solide réseau, mais surtout dans ma communauté, concède-t-elle. J’ai compris qu’il fallait que ça change si je voulais avancer. »

L’entrepreneuriat au féminin

En 2017, elle devient membre du conseil d’administration du Collège des administrateurs de sociétés, du Festival Mode & Design et du Musée national des beaux-arts du Québec, puis l’année suivante, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). La même année, lorsque la JCCM a eu à renouveler son poste de président, l’équipe est venue frapper à sa porte.

« J’étais en congé maternité, confie-t-elle. J’ai alors pu constater tout le chemin parcouru en deux ans. Je me suis lancée dans la course en mettant notamment l’accent sur l’entrepreneuriat au féminin. »

Mme Lu explique qu’aujourd’hui 43 % des entrepreneurs sont des femmes et, pour une grande partie, des jeunes femmes de 18 à 35 ans, soit en âge d’avoir des enfants. Or, elles sont bien souvent peu admissibles au Régime québécois d’assurance parentale.

« Le sujet me touche particulièrement du fait que je suis enceinte de mon deuxième enfant, indique-t-elle. Pour ma part, j’ai accès à l’assurance parentale. Mais je dois dire que je trouve ça à la fois surprenant et courageux de la part de Lavery de m’offrir l’occasion de devenir associée alors que je suis à sept mois de grossesse et que je serai absente durant la prochaine année. La preuve peut-être que les mentalités changent… »

Elle tient ainsi à dire à toutes les jeunes femmes de ne pas se décourager. Que si un milieu aussi « vieux jeu » que celui des juristes évolue, c’est qu’il y a de l’espoir.

Être sur son X

Si la jeune avocate semble savoir aujourd’hui rassembler autour d’elle et mener des troupes, elle se souvient que cela n’a pas été inné. À l’école par exemple, elle se mettait très rarement en avant.

« J’avais une certaine humilité, révèle-t-elle. Ça a duré jusqu’à la course au stage. Les étudiants en droit doivent trouver le meilleur stage possible. C’est primordial pour la suite de la carrière. En gros, il y a vingt grands cabinets qui recrutent chaque année les 50 meilleurs étudiants… sur un millier environ dans les diverses facultés de droit. Je me suis rendu compte que mon humilité m’empêchait de me démarquer. Alors, j’ai décidé de me mettre plus en avant. »

Le droit n’a d’ailleurs pas été sa première formation. Adolescente, elle était bien tentée par cette carrière, mais elle n’avait pas de modèle dans son entourage ni dans sa communauté. Elle a donc préféré la finance. Après un an d’un ennui profond dans ce milieu, elle a repris ses études au baccalauréat en droit.

« Aujourd’hui, je suis à ma place et je crois très fort que lorsqu’on est sur son X, il n’y a pas de limites, indique-t-elle. C’est ce que j’essaye de faire aussi avec les gens avec qui je collabore. Je tente de faire émerger le meilleur de chacun, de révéler des leaders autour de moi. »

Elle croit d’ailleurs partager ce trait avec nombre de jeunes leaders.

« Chez les gens de ma génération, le leadership est plus collaboratif, affirme-t-elle. Tout ne peut pas être une compétition. Moi, je ne souhaite pas être toute seule là-haut. Ce serait un parcours bien trop solitaire. »