Revenir à une gestion plus humaine

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Le psychologue Claude-Michel Gagnon propose aux organisations de mettre en place des mesures qui valorisent le travail des gestionnaires.
Unsplash Le psychologue Claude-Michel Gagnon propose aux organisations de mettre en place des mesures qui valorisent le travail des gestionnaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial Leadership

Claude-Michel Gagnon, maître d’enseignement et psychologue à l’École nationale d’administration publique (ENAP), donne depuis plus de deux ans avec succès une conférence qui vise à renforcer le leadership des gestionnaires. Selon lui, il est nécessaire de revenir à une gestion plus humaine.

Rapidité, efficacité, performance… Voilà ce que l’on demande souvent aux gestionnaires des administrations publiques. C'est peu réaliste, cela génère du stress et de l'anxiété et, au bout du compte, il y a un coût à payer (maladies, dépression, etc.), expose Claude-Michel Gagnon. Il croit qu’il faut revenir à une gestion plus humaine et il propose divers moyens pour y parvenir.

Photo: ENAP Claude-Michel Gagnon

M. Gagnon se promène partout au Québec pour proposer une forme de gestion axée notamment sur l’intelligence émotionnelle. Ce terme à la mode se décline de plusieurs façons. Il signifie savoir garder son calme en toute situation, avoir une attitude positive, faire preuve de compassion, coopérer, s’entraider et être solidaire. Comme il le dit si bien, « ce ne sont pas tes aptitudes comme gestionnaire qui te donnent de l’altitude, mais plutôt tes attitudes ». En d’autres mots, « il faut miser plus sur le savoir-être que sur le savoir-faire ».

Prévenir plutôt que réagir

Selon M. Gagnon, les organisations attendent souvent trop longtemps avant de corriger une situation malsaine. « Bien des directions réagissent lorsqu’elles sont aux prises avec des difficultés de gestion et une dégradation du climat de travail telles qu’elles ne savent plus quoi faire, dit-il. Les congés de maladie sont alors légion, puis viennent les dépressions et, parfois même, des cas de suicides. » Pour ne pas se rendre jusque là, le psychologue propose d’intervenir à la source et de mettre en place des mesures qui valorisent le travail des gestionnaires et les meilleures pratiques.

Contrer le négativisme

Autre aspect que M. Gagnon souhaiterait contrer, la perception négative que la population a de la fonction publique et de ses gestionnaires. Une perception qui est souvent amplifiée par les médias, plus prompts à rapporter les mauvais coups que les bons. Le psychologue donne comme exemple les Directions de la protection de la jeunesse (DPJ). « Le travail des gestionnaires de ces organisations a récemment été sali sur la place publique. Pour redonner un sens à leur travail, ils ont besoin de se faire rappeler l’importance de ce qu’ils font. »

Réduire les facteurs de stress

Le stress causé par la nécessité de se surpasser est aussi un aspect important sur lequel il faut travailler. Plusieurs études ont révélé qu’un tiers des gestionnaires au sein des organisations publiques éprouvent un stress élevé. Cette situation a bien sûr des répercussions négatives sur le personnel, et le stress élevé des employés a des incidences sur les gestionnaires et la clientèle.

« Ce niveau élevé de stress chez le cadre survient souvent lorsqu’on augmente son niveau de responsabilité sans lui donner les moyens pour atteindre ses objectifs », indique M. Gagnon.

Il ajoute qu'une panoplie d’autres facteurs peuvent aussi causer du stress tant chez l’employé que chez le gestionnaire. Exemples : le manque d’appui, la surcharge de travail, le mauvais climat de travail, le manque de reconnaissance, la rigidité dans l’organisation du travail et un patron toxique.

Pour contrer cela, M. Gagnon suggère diverses stratégies organisationnelles et personnelles. À l’échelle de l’organisation, on peut, par exemple, mettre en place une formation auprès des employés afin qu’ils puissent détecter eux-mêmes les signes de stress et de détresse psychologique. Cela peut aussi se traduire par le développement d’un climat de travail où il y a de la reconnaissance, de la civilité, une bonne qualité de vie et un rappel constant du sens de ce travail.

Sur le plan personnel, plusieurs autres stratégies peuvent être mises en œuvre. Parmi celles-ci, on peut bonifier l’estime de soi, modifier son dialogue intérieur, développer de la compassion et de la bienveillance envers soi, développer une pensée positive, etc.

L’importance de prendre soin des autres

À l’heure où l’on vit une pénurie de main-d’œuvre généralisée, M. Gagnon croit qu’on devra impérativement s’occuper des personnes. « Il faudrait valoriser la qualité au lieu de la quantité. » Dans ce même esprit, il serait souhaitable, selon lui, de cesser d’utiliser le terme « ressources humaines » et parler plutôt de « personnes ». Cela serait un pas de plus pour humaniser les milieux de travail.