Les enfants de la DPJ sont défavorisés à l’école

Les enfants pris en charge par les services sociaux sentent d’emblée qu’ils ne sont pas à leur place aux études, observe Jennifer Dupuis, présidente de l’organisme CARE.
Photo: iStock Les enfants pris en charge par les services sociaux sentent d’emblée qu’ils ne sont pas à leur place aux études, observe Jennifer Dupuis, présidente de l’organisme CARE.

Les programmes scolaires auxquels sont inscrits les enfants de la DPJ limitent d’emblée leurs perspectives d’avenir, soutient Jennifer Dupuis, présidente de l’organisme CARE.

Au deuxième jour des audiences de la Commission sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Mme Dupuis a expliqué que les enfants pris en charge par l’État se retrouvent sans possibilité réelle de suivre des cours en science, ce qui constitue un des facteurs qui les empêchent d’accéder à une éducation supérieure.

« Un taux très faible de jeunes [issus des services sociaux] poursuit des études au collégial et à l’université », observe CARE. L’école québécoise a beau mettre en avant l’objectivité de ses critères et de ses modalités d’accès, elle ne tient pas compte de la réalité sociale et des nuances que celle-ci apporte en regard de l’accès à l’éducation.

Beaucoup de jeunes issus de la DPJ « n’ont même pas l’argent nécessaire pour faire des demandes d’admission » dans les établissements d’enseignement. À partir de 18 ans, ils sont laissés à eux-mêmes, déplore aussi l’organisme CARE. Ils doivent se mettre rapidement à travailler pour se louer un logement de mauvaise qualité, puisque la plupart des propriétaires ne sont pas prêts à faire confiance à des jeunes au parcours chaotique.

Pour ces enfants existe un fort sentiment d’aliénation en regard de l’éducation. Ces jeunes, explique Jennifer Dupuis, sentent d’emblée qu’ils ne sont pas à leur place aux études.

« Je ne connais personne qui, bénéficiant de CARE, pense que sa place est aux études supérieures. […] Je ne crois pas qu’aucun jeune de CARE pense, par exemple, qu’il est à sa place à la maîtrise à McGill. »

L’ancienne ministre libérale Hélène David siège à la commission Laurent. Il existe, a-t-elle tenu à préciser, des programmes de soutien aux enfants des services sociaux qui souhaitent accéder aux études supérieures. Mais qu’importent ces soutiens théoriques, lui a répliqué Jennifer Dupuis, puisque le sentiment que ces études ne sont pas pour ces jeunes demeure dans les faits dominant avec les résultats que l’on sait.

L’ancienne ministre libérale s’est aussi dite surprise d’apprendre qu’un organisme comme CARE ne reçoit aucun soutien pour ses activités de la part de l’État.

Mal préparés

À 18 ans, les jeunes qui étaient jusque-là suivis par les services sociaux sont poussés hors du système trop rapidement, répètent plusieurs témoignages. Cela les rend vulnérables. « Ils n’ont même plus d’endroit où passer Noël », dit CARE.

« Les travailleurs sociaux sont suremployés » et doivent être mieux traités, a déclaré Destiny Grégoire, une jeune femme d’origine crie passée par la DPJ et qui entend désormais devenir travailleuse sociale. « Je crois que, si j’avais eu un mentor [après 18 ans], ça m’aurait tellement aidée, surtout pour prendre conscience de mon identité autochtone. »

« Les signalements des jeunes haïtiens sont plus nombreux et ils sont plus nombreux à être retirés de leur milieu familial », constate Marjorie Villefranche, de la Maison d’Haïti. Ces enfants, comme les enfants autochtones, sont surreprésentés au sein des services sociaux. Cela relève en partie d’une méconnaissance de réalités culturelles différentes, plaide Mme Villefranche.

Des critères datés

Jessyka Dumais, 41 ans, a par ailleurs fait valoir que les modalités pour favoriser l’adoption au Québec ne sont pasadaptées aux réalités des familles d’aujourd’hui.

« La réalité est que nombre de familles vivent des gardes partagées. Est-ce que cela veut dire pour autant que ce n’est pas un bon cadre de vie pour élever un enfant passé par la DPJ ? »

Elle et son conjoint se sont vu refuser d’adopter un enfant pour des motifs qui lui apparaissent pour le moins discutables. Après plusieurs heures d’échanges avec des travailleurs sociaux, cette mère de quatre enfants et son conjoint se sont vu indiquer la porte de sortie d’un bureau de l’État. Prendre en charge un enfant de plus n’était pas pour elle, avait tout simplement tranché un fonctionnaire.

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