L’ONU dénonce les mauvaises conditions de vie des autochtones

Les mauvaises conditions de logement dans la réserve de Rapid Lake, au Québec, située à trois heures de route d’Ottawa, avaient déjà été démontrées en 2004. Elles étaient représentatives de l’état du logement dans les autres communautés autochtones au pays.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les mauvaises conditions de logement dans la réserve de Rapid Lake, au Québec, située à trois heures de route d’Ottawa, avaient déjà été démontrées en 2004. Elles étaient représentatives de l’état du logement dans les autres communautés autochtones au pays.

Un rapport des Nations unies souligne le rôle que des conditions de logement « abominables » jouent dans la pauvreté et l’exploitation auxquelles font face les peuples autochtones au Canada et dans le monde.

Le rapport, présenté à l’Assemblée générale des Nations unies vendredi, examine le manque d’accès à un logement convenable à la fois dans les villes et dans les réserves et son incidence sur les droits des peuples autochtones dans des pays tels que le Canada, l’Australie et la Tanzanie.

« La rapporteuse spéciale conclut que les conditions de logement des peuples autochtones dans le monde sont dans leur très grande majorité abominables et trop souvent constituent une violation du droit à un logement convenable », indique le rapport.

« [Les peuples autochtones] sont plus susceptibles d’être mal logés et d’avoir des problèmes de santé qui découlent de cette situation, le pourcentage des sans-abri parmi eux est disproportionnellement élevé et ils sont extrêmement vulnérables aux expulsions forcées, à l’accaparement de terres et aux effets des changements climatiques. »

En l’absence d’un logement sûr et décent, les femmes autochtones deviennent souvent la cible de nouvelles violences en raison de leur sexe et de leur identité autochtone

 

Leilani Farha, rapporteuse spéciale des Nations unies sur le logement convenable, a souligné que la pénurie de logements est suffisamment grave dans le nord du Canada pour que certaines personnes des communautés autochtones soient obligées de dormir en alternance.

« Quinze personnes vivent dans une maison de la taille d’une caravane, alorsbien sûr, elles doivent dormir à tour de rôle quand il n’y a pas beaucoup de place », a-t-elle expliqué.

Les femmes, cibles de la violence

Le rapport met également en évidence la médiocrité des systèmes d’approvisionnement en eau dans de nombreuses réserves canadiennes.

« Alors qu’il y a au Canada plus d’eau douce que dans les autres pays du monde, 75 % des réserves ont de l’eau contaminée, et des communautés comme celle d’Attawapiskat déclarent l’état d’urgence », est-il écrit.

Le rapport indique également que les peuples autochtones vivant au Canada et dans le monde qui résident dans des zones urbaines font face à du racisme de la part de certains propriétaires, ce qui constitue un autre obstacle à l’accès au logement.

Le rapport a noté le manque de logement comme étant un facteur qui exacerbe le problème persistant des femmes autochtones disparues et assassinées au Canada.

« En l’absence d’un logement sûr et décent, les femmes autochtones deviennent souvent la cible de nouvellesviolences en raison de leur sexe et de leur identité autochtone », peut-on lire.

Mme Farha a déclaré que l’un des principaux objectifs du rapport était de lier la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DDPA) à la législation des Nations unies sur le droit à un logement convenable.

« Le droit au logement en vertu du droit international relatif aux droits de la personne est juridiquement contraignant pour les gouvernements du Canada », a souligné DCAFarha. « C’est vraiment important parce que la DDPA de l’ONU n’est pas un instrument juridique au sens du traité sur le droit au logement. »

Elle a ajouté qu’elle espérait que ce lien créerait une pression supplémentaire sur le gouvernement canadien pour qu’il agisse dans les dossiers qui touchent principalement les peuples autochtones.

Mme Farha a déclaré que les peuples autochtones — et en particulier les femmes autochtones — devraient être impliqués dans le développement de stratégies pour lutter contre la pénurie de logements.

« Je pense que les gouvernements du monde entier doivent complètement modifier leurs relations avec les peuples autochtones et reconnaître réellement leur autodétermination et admettre qu’il existe des problèmes récurrents auxquels il faut remédier », a-t-elle affirmé.