Un modèle plus équitable et durable

Pascaline David Collaboration spéciale
On retrouve des coopératives et mutuelles dans une panoplie de secteurs, notamment dans l’industrie agroalimentaire, l’alimentation, l’habitation, l’industrie forestière, les services funéraires, les soins de santé, le milieu scolaire, les services financiers et les assurances.
Photo: Annie Spratt / Unsplash On retrouve des coopératives et mutuelles dans une panoplie de secteurs, notamment dans l’industrie agroalimentaire, l’alimentation, l’habitation, l’industrie forestière, les services funéraires, les soins de santé, le milieu scolaire, les services financiers et les assurances.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine de la coopération

Le mouvement coopératif et mutualiste est né il y a près de 170 ans, permettant un plus juste retour vers ses membres, une gestion démocratique, un engagement dans la communauté et un esprit de coopération. Il s’inscrit dans un modèle d’économie sociale qui constitue aujourd’hui une réponse durable aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux, selon plusieurs. Coup d’oeil sur ce vaste réseau à l’occasion de la Semaine de la coopération qui débute lundi prochain.

Les premières coopératives alimentaires ont vu le jour car elles ne représentaient pas un marché intéressant pour les grandes banques anglophones. De la même manière, les petits producteurs agricoles isolés dans les années 1930 se sont aussi regroupés pour faire face à la crise. « Ce sont des gens qui ont décidé de se réunir pour répondre à des besoins communs et de partager la richesse qu’ils créent », explique Gaston Bédard, président-directeur général du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM).

Il existe actuellement plus de 3000 coopératives et mutuelles au Québec qui regroupent 8,8 millions de producteurs, de consommateurs et de travailleurs. On les trouve notamment dans les secteurs des services financiers et des assurances, de l’industrie agroalimentaire, de l’alimentation, de l’habitation, de l’industrie forestière, des services funéraires, des soins de santé et en milieu scolaire. « Le Québec est vu comme une pépinière de pensée et d’innovation en matière de modèles coopératif », ajoute M. Bédard.

Vecteur d’inclusion et de changement

Ces coopératives sont des organisations dites d’économie sociale, qui englobe les mutuelles et les OBNL ayant une activité marchande et qui est reconnue par une loi-cadre adoptée en 2013. Leur objectif est d’atteindre la viabilité économique. « L’entreprise d’économie sociale cherche à produire des revenus autogénérés qui lui permettront de poursuivre sa mission sociale et de satisfaire les besoins de ses membres ou de la collectivité », indique Béatrice Alain, directrice du Chantier de l’économie sociale fondé en 1999. Cette organisation concentre différents acteurs, qu’il s’agisse d’entreprises ou de structures de soutien telles que les syndicats, mobilisés au-delà de leur secteur pour développer une économie plus équitable.

C’est précisément parce que ce modèle répond à des besoins précis en région et en milieu urbain qu’il pourrait bien être la clé d’un engagement plus durable des communautés face aux changements climatiques et aux autres enjeux de notre siècle. D’abord parce qu’il est inclusif : 50,5  % des administrateurs d’entreprises d’économie sociale sont des femmes, contre 20 % dans le privé. Mais surtout, parce que l’objectif est la maximisation des avantages dont bénéficie la communauté, plutôt que la recherche du profit par des actionnaires. « Quand les ressources sont gérées par les membres, pour les membres, ils ont tout intérêt à développer l’entreprise de façon pérenne », indique Mme Alain.

Mobilisation

Lors de la marche pour le climat du 27 septembre, la mobilisation a été forte, à l’image des valeurs portées par les 500 000 personnes qui se sont déplacées. « Nous devons être à l’écoute de ces valeurs intrinsèques et nous adapter, illustre le président du CQCM. L’une des grandes priorités de notre planification 2020-2025 est d’accentuer tout ce qui touche la contribution à l’environnement et qui invite aux actions concrètes. » Il prend l’exemple des coopératives forestières qui font le pari de la biomasse pour remplacer les énergies fossiles polluantes par une source d’énergie propre et renouvelable.

La manifestation pour le climat est aussi le reflet d’une envie de changer les choses fondamentalement. « Tout le monde, particulièrement les jeunes, est conscient que le modèle actuel n’est pas viable, renforce les inégalités sociales et la dégénérescence environnementale », commente la directrice du Chantier de l’économie sociale.

Un exemple plus local de mobilisation fructueuse est celui du Cinéma Beaubien, qui a failli disparaître en 2001. Pour sauver l’institution et s’émanciper d’un modèle où les actionnaires sont toujours en recherche de profit, des résidents ont décidé de la racheter en créant une corporation autonome au service de la collectivité. Le dernier cinéma de quartier montréalais joue ainsi, encore aujourd’hui, un rôle incontournable dans la vie économique et culturelle de Rosemont-La Petite-Patrie.

La gestion démocratique, la collaboration, l’inclusion et la proximité caractéristiques de l’économie sociale et coopérative font ainsi d’elle une puissance transformatrice, porteuse de pérennité, selon les deux organisations. Le 10 octobre, le CQCM et le Chantier de l’économie sociale ont d’ailleurs participé à l’organisation d’un forum Québec-Ontario visant à s’inspirer des bonnes pratiques de chacun et à mettre en commun leurs connaissances en la matière.