Manque de main-d’œuvre: un grand enjeu pour l’industrie touristique

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
Un programme de courte durée pour former des aides-cuisiniers dans neuf régions du Québec a été instauré.
Photo: Fabrizio Magoni Unsplash Un programme de courte durée pour former des aides-cuisiniers dans neuf régions du Québec a été instauré.

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Près de 35 millions de touristes annuels ; 15,7 milliards de dollars en recettes générés en 2018, une hausse de 4,9 % par rapport à 2017 ; 32 000 entreprises et plus de 406 000 emplois : l’industrie touristique est un pan majeur de l’économie québécoise. Mais la croissance et la vitalité économique du secteur ont des répercussions évidentes sur la demande d’emplois. Le manque de main-d’oeuvre dans l’industrie est criant.

La demande en main-d’œuvre dans l’industrie touristique a augmenté de 11 % depuis 2007. Entre 20 000 et 25 000 postes sont toujours à pourvoir dans l’industrie touristique, selon l’Alliance de l’industrie touristique du Québec.

Pour remédier aux besoins de l’industrie touristique, les ministres du Tourisme et du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale ont conjointement annoncé en avril des initiatives totalisant des investissements de 2,5 millions de dollars, appuyés par l’Alliance, les associations touristiques et le Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT).

Valoriser les métiers du tourisme

La première phase d’une vaste campagne de valorisation des métiers du tourisme a été lancée au printemps avant la haute saison, puis une stratégie d’accompagnement des PME sera mise en branle afin d’améliorer leur compétitivité sur le marché. « Il faut attirer la main-d’œuvre, mais également la retenir », laisse tomber Martin Soucy, président-directeur général de l’Alliance. Au-delà de la question salariale, l’idée est de mettre en valeur les conditions de travail globales : le contact avec le client, le travail d’équipe ou le dynamisme des emplois touristiques.

Puis, un programme de courte durée pour former des aides-cuisiniers dans neuf régions du Québec a été instauré. Il vise à attirer de la main-d’œuvre éloignée du marché du travail : les immigrants, les travailleurs expérimentés, les personnes handicapées et les millénariaux. Le coût du programme se chiffre à 1 140 453 $.

Des solutions rapides

La pénurie s’est installée tranquillement, et elle se résorbera tout aussi lentement, fait valoir M. Soucy. Malgré l’appui des gouvernements, les entrepreneurs du secteur sont toujours à la recherche de solutions.

Bien que le produit touristique québécois se distingue sur les marchés internationaux, selon M. Soucy, la rareté de la main-d’œuvre pourrait ralentir la croissance du secteur. Ses discussions avec les entrepreneurs du milieu révèlent une certaine démotivation pour les projets d’investissement. « La réputation du Québec n’est plus à faire, mais il faut garder les entrepreneurs mobilisés. Ils ont besoin de main-d’œuvre pour offrir une expérience impeccable. »

À court terme, les entrepreneurs demandent la diminution de la lourdeur des processus administratifs pour obtenir des travailleurs temporaires étrangers, un peu à la manière du domaine agricole, illustre M. Soucy.

La saison touristique s’étend désormais jusqu’au début octobre. Alors que beaucoup d’emplois sont occupés par les 15 à 24 ans, certaines régions où le tourisme est un acteur économique majeur ont aussi pu adapter le calendrier scolaire pour retenir la main-d’œuvre. Plus des deux tiers des entreprises touristiques se situent à l’extérieur des régions de Québec et de Montréal, rappelle l’Alliance.

Dans le cadre de la Journée internationale du tourisme le 27 septembre, l’Alliance a formulé une série de recommandations au gouvernement fédéral, en plus de moyens pour contrer la pénurie de main-d’œuvre. Elle invite à accroître l’accessibilité au Québec par liaisons aériennes et autres modes de transports, à augmenter l’attractivité des produits pour inciter les populations internationales et québécoises à les découvrir, puis à miser sur l’écosystème numérique pour en faire la promotion.