L’heure de pointe perturbée au nom du climat

Les trois militants ont été rejoints sur la structure du pont Jacques-Cartier par des policiers qui les ont ramenés au sol.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les trois militants ont été rejoints sur la structure du pont Jacques-Cartier par des policiers qui les ont ramenés au sol.

Jusqu’ici méconnue au Québec, l’organisation écologiste internationale Extinction Rebellion a trouvé le moyen de faire parler d’elle mardi. Trois de ses militants ont escaladé aux aurores la structure du pont Jacques-Cartier, à Montréal, afin de dénoncer « l’inaction climatique » gouvernementale. Un coup d’éclat qui a mené à la fermeture du lien routier pendant une heure et qui a été dénoncé sans détour par le ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

Les militants ont escaladé la structure centrale du pont avant même que le soleil ne se lève, avec l’intention d’y demeurer et d’y déployer une banderole dénonçant l’expansion du pipeline Trans Mountain, financée par le gouvernement Trudeau, mais aussi le projet de terminal gazier Énergie Saguenay, soutenu par le gouvernement Legault.

Leur coup d’éclat a mené à une fermeture complète du pont Jacques-Cartier dès 7 h, soit en pleine heure de pointe matinale pour les automobilistes de la Rive-Sud qui se rendent sur l’île de Montréal. Ce blocage a donc évidemment provoqué un embouteillage majeur, qui s’est répercuté sur les autres voies d’accès à l’île.

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Qui est Extinction Rebellion?

Les militants d’Extinction Rebellion se sont finalement rendus à la police vers 8 h 15, et sont donc redescendus de la structure, pour être arrêtés. Le pont a ensuite été rapidement rouvert à la circulation automobile. Les trois écologistes devront pour leur part « comparaître [devant la justice] le 24 octobre et pourraient faire face à des accusations de méfait et complot », a précisé la Sûreté du Québec.

« C’est mission accomplie », a expliqué par la suite au Devoir une des écologistes ayant escaladé la structure, Chantal Poulin. « L’objectif est que les gens parlent de l’urgence climatique et que les gouvernements finissent par prendre les mesures qui sont nécessaires pour faire face à la crise qui nous attend. »

« Le Québec n’est pas un leader en environnement. Nous produisons des quantités très importantes de déchets, on ne réduit pas notre utilisation des énergies fossiles et on continue de promouvoir des projets d’usines polluantes. Pourtant, on pourrait faire tellement plus. Pour cela, il nous faut rapidement un plan crédible et des actions concrètes. C’est ce que les gens réclament », a-t-elle dit.

Il faut que les gouvernement nous écoutent. Si nous avions pris les décisions nécessaires il y a de cela 20 ou 25 ans, nous n’en serions pas là. Et plus on attend, plus on devra prendre des décisions radicales, et plus ce sera difficile.

 

Est-ce que cette action a été menée au détriment des automobilistes coincés dans le trafic ? « Je trouve dommage que le quotidien des gens ait été perturbé. J’aimerais mieux faire autre chose de ma journée que d’essayer d’éveiller le gouvernement. Mais si on n’agit pas, les conséquences seront autrement plus graves que le fait d’arriver en retard au travail. Donc, oui, il faudra faire des activités de perturbation », a-t-elle soutenu, en évoquant « une action illégale, mais morale ».

Vers 17 h mardi, environ 200 militants liés à Extinction Rebellion ont par ailleurs tenté de manifester sur le boulevard René-Lévesque, au centre-ville de Montréal. La police antiémeute a toutefois décidé de leur bloquer la voie, ce qui a conduit les manifestants à demeurer sur place. Leur action a néanmoins bloqué la circulation sur René-Lévesque, une artère majeure du centre-ville, en pleine heure de pointe de fin de journée.

Ce geste d’éclat de militants d’Extinction Rebellion de la région de Montréal s’inscrit dans le cadre d’une semaine ponctuée de différentes manifestations au Canada et ailleurs dans le monde. Fondé l’an dernier, le regroupement prône des actions directes non violentes afin d’attirer l’attention sur la crise climatique.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Vers 17 h mardi, environ 200 militants liés à Extinction Rebellion ont tenté de manifester sur le boulevard René-Lévesque, au centre-ville de Montréal. La police antiémeute a toutefois décidé de leur bloquer la voie, ce qui a conduit les manifestants à demeurer sur place.

Réactions politiques

Interpellés à Québec, le premier ministre François Legault et le ministre de l’Environnement Benoit Charette ont tous deux dénoncé le geste d’éclat des écologistes. « Ça doit être dénoncé », a déclaré le chef caquiste, en ajoutant que cette action a nui « à l’activité régulière des Montréalais », en raison des embouteillages provoqués par la fermeture du pont et le sit-in au centre-ville.

« C’est contre-productif. C’est même condamnable, parce que ça représente des enjeux de sécurité publique pour les gens qui escaladent ce genre de structure, mais aussi pour les gens qui pourraient se retrouver au bas de la structure », a affirmé pour sa part M. Charette.

Le ministre de l’Environnement a aussi soutenu qu’il est « dangereux » que les propos des militants d’Extinction Rebellion aient « des échos à l’Assemblée nationale ». « On n’est pas loin des propos de Québec solidaire lorsqu’on parle d’obstruction, de barrages, de désobéissance civile ou de décroissance. Et il y a un certain danger à tenir ces propos. »

Présent à la manifestation tenue en fin de journée mardi, l’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, a critiqué ouvertement les propos de Benoit Charette. « Ce qui est condamnable, c’est son inaction et son ignorance. S’il était instruit, s’il nous inspirait confiance, nous ne serions pas là aujourd’hui », a-t-il dit.

« Après avoir réuni plus d’un demi-million de personnes, le 27 septembre, on se serait attendus à ce qu’il y ait un minimum d’évolution et de respect dans le discours politique. Mais, visiblement, ce n’est pas le cas. Rien n’est convaincant », a ajouté M. Champagne.

Interrogé lors d’un point de presse en matinée, le candidat libéral et ancien militant écologiste Steven Guilbeault n’a pas voulu condamner le geste d’éclat mené sur le pont Jacques-Cartier. « Dans les sociétés pluralistes et démocratiques, la désobéissance civile est acceptée comme un geste de protestation, a-t-il dit. Quand on pose des gestes de désobéissance civile, c’est inspiré de ce qu’ont fait Gandhi ou Martin Luther King. »

À titre de membre de Greenpeace, M. Guilbeault avait lui-même escaladé en 2001 la tour du CN, à Toronto, afin de dénoncer l’inaction fédérale en matière de lutte contre les changements climatiques. Le Canada était alors dirigé par un gouvernement libéral.


Avec Mylène Crête
7 commentaires
  • Marc Durand - Abonné 9 octobre 2019 07 h 35

    Groupe extérieur rebelion

    Le blocage du pont a été la cause d’émission d’une grande quantité de gaz à effet de serre inutilement. Les milliers d’automobilistes immobilisés et ralentis pesteront avec raison contre cette action contre-productive. On a pas besoin de groupe externe au nom anglais Extinction Rebelion pour venir ici bousiller la belle mobilisation des 500 000 personnes qui ont marché dans les rues.

  • Gilles Delisle - Abonné 9 octobre 2019 07 h 57

    Le terrorisme '' Nouveau'' est arrivé!

    L'objectif est louable, mais les moyens le sont-ils? Perturber le pont Jacques-Cartier ou bloquer des artères importantes d'une ville, s'en prendre à de simples travailleurs qui doivent subir les contrecoups de ces gestes d'éclat est une chose, pénaliser des gens qui sont obligés, pour plusieurs de prendre leur véhicule pour se rendre au travail avec de l'outillage, ou d'autres effets nécessaires à l'accomplissement de leur métier, et en plus, laisser leurs enfants à la garderie, en est une autre! Qui sait, ces travailleurs sont probablement pleinement d'accord avec les vues écologiques de ceux qui perturbent! Alors, qu'on tape sur les vrais responsables de cet environnement sale! Que ce soient les gouvernements, les pétrolières, ou fabricants d'automobiles polluantes et bien d'autres!

  • Bernard Terreault - Abonné 9 octobre 2019 08 h 17

    affreusement contre-productif

    Belle façon de braquer 90% de la population contre le mouvement écologique, pourtant essentiel.
    Pensez au modeste livreur qui a été pénalisé de 50$ pour n'avoir pas livré à temps, pensez au parent arrivé en retard à la garderie où la petite était en pleurs et l'éducatrice obligée de faire du surtemps alors que sa propre famille l'attend, etc.
    Extinction-Rebellion, une gang en recherche de vedettariat pour remplir le vide de leur vie.
    Et les Guilbault, Massé & Champagne qui sont tombés dans le panneau. Je pensais qu'ils avaient plus de jugement.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 9 octobre 2019 09 h 57

    Mobilisation et désobéissance civile

    Il est très important de faire une distinction mobilisation et désobéissance civile.

    C'est une chose de mobiliser 500 000 personnes pour une manifestation bien organisée avec trajet connu et partagé à nos services de sécurité. C'est inclusif et l'on y voit l'intégration des langues, des cultures, des familles, des générations. Des enfants sont là, ils comprennent que le peuple dont ils font partie s'exprime et demande du progrès pour leur protection. J'y étais, le coeur joyeux! Qu'il y ait quelque dérapage, que quelques valeurs aberrantes se lâchent à la violence, la police est là pour les encadrer rapidement... Et la presse, si elle comprend la pertinence des enjeux, ne doit évidemment pas laisser ces valeurs aberrantes ternir une mobilisation. Tant qu'elle demeure contrôlée, la question de la violence/non-violence est donc bien secondaire.

    Mais c'en est une autre, de négliger l'autorité des lois, de la constitution, de la justice. Qu'on se réclame de l'autorité de THOREAU, de GANDHI ou KING (qu'elle allusion monarchique quand même) n'y change rien. Car dans un système du Common Law, si l'on en comprend la bêtise, la désobéissance crée un précédent... Et du coup, la Révolution par les lettres et la science, pour faire progresser les lois et demander justice, se transforme en restauration du puissant qui se donne le droit d'y désobéir... Dans un pays juste, la justice est au-dessus des puissances d'argent qui pensent, comme THRASYMAQUE, que tout ce qui compte «c'est l'intérêt du plus fort»... l'intérêt de celui qui désobéit pour n'obéir qu'à son intérêt personnel et à sa «liberté» personnelle... Par la désobéissance civile, sont cautionnés les tortionnaires et les vrais bourreaux de la planète. Que cette désobéissance semble non-violente est un leurre: elle fait violence aux lois, à la constitution et à la justice qui doit protéger le plus faible: l'enfant. Ce que tout peuple développé doit tenir en estime s'il veut durer.

    • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 9 octobre 2019 11 h 40

      Navré d'être aussi sévère...

  • Jacques Boucher - Abonné 9 octobre 2019 21 h 53

    Il faut admirer et soutenir celles et ceux qui se mettent à risque pour la suite du monde

    Ça me brise le coeur de voir des gens qui ont tellement à donner à la société et qui se trouvent coincés dans une position de rébellion qui risque de perturber leur vie et celle de leurs proches. Je les admire et je les remercie. J'ai la gorge nouée en pensant que ce pourraient être mes enfants ou petits-enfants et que je serais bien obligé d'approuver qu'ils gâchent leurs vies alors que nos dirigeants continuent de tenter d'endormir la population avec leurs inepties. Couper les arbres pour l'environnement. Une usine de gaz naturel liquéfié carboneutre. Uber pour l'environnement. Le troisième lien pour l'environnement. Non mais! Ça suffit les idioties. On sait ce qu'il y a à faire, faisons-le.

    • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 10 octobre 2019 06 h 06

      C'est sûr! Montons sur les ponts!! Et jouons de la castagnette sur les veaux d'or...

      Écrire un mémoire pour le développement durable, ce serait énergie bien mieux investie!
      Et je rappelle à M. CHAMPAGNE qu'on a pas eu besoin du délire de la désobéissance civile pour gagner notre moratoire sur le gaz de schiste!