Des mères s’offrent une nouvelle vie sans dépendances grâce au Portage

Le programme mère-enfant vient en aide à 25 femmes, mais aussi à 25 enfants de 0 à 6 ans qui les accompagnent dans leur processus au Centre Le Portage.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Le programme mère-enfant vient en aide à 25 femmes, mais aussi à 25 enfants de 0 à 6 ans qui les accompagnent dans leur processus au Centre Le Portage.

Encore une fois cette année, une vingtaine de mères ont réussi à traverser le long processus du programme mère-enfant du Centre Le Portage, un organisme à but non lucratif qui vient en aide aux personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie et les aide à vaincre leurs dépendances et à reprendre leur vie en main. Ces femmes sont honorées, ce dimanche, dans le cadre de la « Fête de la reconnaissance ». Toutes ces « finissantes », ayant vaincu la toxicomanie au cours de la dernière année, vont célébrer le début de leur nouvelle vie, entourées de parents et d’amis.

Cindy (nom fictif) est l’une de ces mères qui savourent aujourd’hui un quotidien libre de dépendances et une vie familiale plus stable et plus saine. La jeune mère de 32 ans avait tout perdu. Plus de conjoint, plus d’appartement, plus d’argent, plus de moral. Elle avait véritablement besoin d’aide. Elle en a trouvé au Portage. « On ne peut pas dire que, parce qu’on arrête de consommer, la vie de tous les jours est merveilleuse. Ma vie est stable. Je réussis dans la vie de tous les jours en tant que maman, aux études, en tant que conjointe et en tant qu’amie. Tout ce que je n’avais pas avant, en fait », confie celle qui tente d’obtenir son diplôme d’études secondaires après avoir quitté l’école à 15 ans.

Entourée d’un nouveau cercle d’amis, Cindy se découvre une nouvelle vie active, loin des mauvaises influences et de l’autodestruction. « Je découvre plein d’affaires que je ne faisais pas avant. Ma vie était reliée à la drogue, c’était rien que ça, ma vie », raconte celle qui a consommé durant 19 ans, bien qu’elle ne soit encore que dans la jeune trentaine.

25 mères, 25 enfants

Le programme mère-enfant vient en aide à 25 femmes, mais aussi à 25 enfants de 0 à 6 ans qui les accompagnent dans leur processus au Centre Le Portage. Selon la directrice du programme, Geneviève Minville, la plupart des jeunes mères sont polytoxicomanes. Dans pratiquement tous les cas, elles consomment de l’alcool et du cannabis, mais bien souvent d’autres substances diverses s’ajoutent au bilan.

Ces femmes doivent s’inscrire de manière volontaire au programme, mais cette volonté est grandement motivée par la menace de perdre le lien qui les unit à leur enfant. « Dans 80 % de nos dossiers, la DPJ est impliquée. Il y en a qui ont déjà perdu des enfants et qui viennent ici de peur d’en perdre un autre. Pour d’autres le wake up call, c’est l’arrivée de la DPJ, qui leur dit qu’elles pourraient perdre un enfant si elles ne se prennent pas en main », explique Mme Minville.

Je réussis dans la vie de tous les jours en tant que maman, aux études, en tant que conjointe et en tant qu’amie. Tout ce que je n’avais pas avant, en fait.

Durant environ six mois, ces femmes vivent avec leur enfant dans des unités qui comptent de deux à cinq familles. Par des thérapies de groupe et individuelles, elles développent des compétences pour s’occuper d’elles-mêmes, de leur enfant et se doter d’un plan d’avenir sur lequel bâtir. « Leur travail à temps plein, c’est de travailler sur leur toxicomanie, souligne la directrice du programme. Pendant ce temps-là, les enfants aussi passent à travers un programme éducatif à la halte-garderie. »

En soirée, une éducatrice spécialisée travaille avec les mères à améliorer leurs compétences parentales et à travailler sur les difficultés particulières de leur enfant. Geneviève Minville affirme que les enfants qui présentent un certain retard de développement parviennent presque toujours à le rattraper grâce à ce travail intensif.

Un défi de tous les jours

À la Fête de la reconnaissance, on souligne la réussite des mères qui ont terminé la démarche en résidence, mais aussi celle des mères qui ont traversé « une première année de style de vie positif », comme le décrit Mme Minville. Durant les 18 premiers mois postcure, les finissantes participent au programme de suivi, où elles ont des rencontres en groupes de pairs ainsi que des séances individuelles avec des intervenants.

« C’est la phase la plus critique parce que ne pas consommer quand tu es dans un milieu protégé comme ici, où il n’y en a pas de drogue, ce n’est pas si difficile. Quand elles sortent, elles sont prises avec tous les défis qu’elles avaient avant », reconnaît la responsable du programme. Cindy confirme qu’apprivoiser une nouvelle vie avec un bébé représente tout un défi. « C’est un travail de tous les jours. Quand tu accouches, ça ne vient pas avec un mode d’emploi, mais j’ai eu la chance d’être ici et d’apprendre par moi-même, mais aussi avec l’aide des autres », résume-t-elle.

Les mères qui se considèrent comme le plus à risque, notamment parce qu’elles n’ont pas de réseau de soutien, peuvent bénéficier d’un appartement supervisé, où une intervenante est toujours présente. Celles qui vivent en régions éloignées peuvent compter sur un lien constant par téléphone. L’important consiste à ce qu’elles progressent selon le plan qu’elles ont déterminé pour elles-mêmes, que ce soit de reprendre leurs études, de faire du bénévolat ou de retourner sur le marché du travail.