Barrage Daniel-Johnson: pas de quoi fêter selon les Innus

Le Conseil des Innus de Pessamit a engagé des poursuites pour «obtenir réparation pour plus de 65 ans d’exploitation de son Nitassinan», le territoire traditionnel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Conseil des Innus de Pessamit a engagé des poursuites pour «obtenir réparation pour plus de 65 ans d’exploitation de son Nitassinan», le territoire traditionnel.

À l’occasion du cinquantenaire de l’inauguration du barrage Daniel-Johnson, le président d’Hydro-Québec, Éric Martel, a expliqué que l’absence des Innus à cette occasion s’expliquait par un concours de circonstances : « On a invité des gens […], mais ça n’adonnait pas », a-t-il répondu lundi au Devoir pour expliquer cette absence remarquée.

Au lendemain des célébrations tenues au sommet du barrage de Manic-5, Hydro-Québec précise avoir seulement « invité le chef de la communauté de Pessamit, monsieur René Simon ». Selon Hydro-Québec, « M. Simon a décliné l’invitation sans donner de raison ».

« Le chef n’avait pas à fournir de raisons et Hydro-Québec n’était pas sans savoir la raison fondamentale », dit Louis Archambault, conseiller pour Pessamit. Dans un communiqué, le Conseil des Innus de Pessamit écrit ceci : « Alors qu’Hydro-Québec et le gouvernement du Québec fêtent […] en grande pompe le 50e anniversaire du barrage Daniel-Johnson […], le Conseil des Innus de Pessamit tient à rappeler que pour les Pessamiulnut il ne s’agit nullement d’un événement festif. »

Le Conseil indique qu’il a engagé des poursuites devant les tribunaux pour « obtenir réparation pour plus de 65 ans d’exploitation de son Nitassinan », le territoire traditionnel.

Louis Archambault rappelle au Devoir que le territoire du peuple innu est exploité depuis 1953 par Hydro-Québec. « Les Innus vivaient alors encore de façon traditionnelle. En l’espace de 25 ans, ils se sont fait noyer à peu près tout leur territoire. Leurs autoroutes, c’étaient les rivières. Elles sont devenues des mers. » Plusieurs anciens témoignent encore de la misère engendrée par ces bouleversements.

Un jugement, rendu par le juge Albert Malouf en 1973, a fini par mener à reconnaître que les Autochtones ont des droits sur leurs territoires. « Les Cris ont obtenu des compensations pour la Baie-James. Soixante plus tard, les Innus, eux, n’ont toujours rien reçu », résume Louis Archambault, tout en insistant pour dire que les temps ont bien changé et que les rapports avec Hydro-Québec sont aujourd’hui cordiaux.

Le porte-parole d’Hydro-Québec souligne pour sa part que la société d’État en est arrivée à « une entente avec le Conseil de bande de Pessamit le printemps dernier ». Cette entente comprenait le rehaussement du réservoir Manicouagan, de même que des mesures pour assurer la préservation du caribou forestier et du saumon. Au total, 60 millions étaient prévus. Le Conseil des Innus de Pessamit était favorable, mais le document soumis à un référendum le 13 juillet a été rejeté par la population.

Pour Louis Archambault, on peut comprendre qu’une population qui s’est fait « échauder solidement » ait des craintes. « Ils ont peur pour la préservation de leurs droits ancestraux. […] C’est légitime d’être inquiet. On va essayer de fournir plus d’informations sur cette entente administrative » qui ne remet pas en cause, dit-il, la question de fond sur les droits liés au territoire.

« [Finalement], c’est le conseil de bande qui décidera si une nouvelle consultation doit être tenue. […] Les valeurs changent. L’attitude d’Hydro-Québec est nettement différente aujourd’hui que dans les années 1950. Le contexte légal aussi.

La direction des communications d’Hydro-Québec souligne elle aussi, de son côté, que « le développement hydroélectrique sur le territoire de Pessamit s’est fait à une époque et dans un contexte complètement différents en termes de relations avec les autochtones ».