La DPJ sous pression

La protection des enfants, c’est un travail d’équipe où la contribution de chacun est fondamentale.
Photo: iStock La protection des enfants, c’est un travail d’équipe où la contribution de chacun est fondamentale.

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) fait face à une tempête parfaite: le nombre de signalements d’enfants maltraités continue d’augmenter, la pénurie de main-d’œuvre crée une pression sur le personnel, qui fait face à l’épuisement, et les délais perdurent pour l’obtention de services spécialisés.

Ébranlés par le décès tragique d’une fillette à Granby, les directeurs de la protection de la jeunesse appellent à redéfinir les mandats de tous les acteurs qui travaillent au mieux-être des enfants et des familles vulnérables. Ils souhaitent que la Commission spéciale sur les droits des enfants, qui doit se mettre en marche le mois prochain, soit l’occasion d’une vaste remise en question sur la protection des enfants.

 
105 644
C’est le nombre record de signalements enregistrés par la DPJ dans la dernière année.

«Le tragique événement du printemps 2019 nous rappelle qu’en dépit du travail acharné des milliers d’intervenants voués à la protection de tous les enfants du Québec, nous ne sommes pas à l’abri d’une telle situation. La protection des enfants, c’est un travail d’équipe où la contribution de chacun est fondamentale. Quand une situation glisse entre les mailles du filet, ce sont tous les acteurs qui doivent se questionner et voir comment faire mieux pour l’avenir», a dit Assunta Gallo, directrice régionale de la DPJ du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Défis importants

Les DPJ de tout le Québec ont fait le bilan de la dernière année mercredi. Un nombre record de 105 644 signalements a été enregistré. Cela représente 289 situations par jour, en hausse de 10 % par rapport à l’an dernier et de 16 % en deux ans; de ces signalements, 41 530 ont été retenus, surtout pour violence corporelle (25,9 %), négligence (21,2 %) et mauvais traitements psychologiques (16,9 %).

L’investissement de 47 millions pour l’embauche de personnel, annoncé cet été par le ministre Lionel Carmant, soulage le réseau, mais le recrutement reste difficile à cause du manque de main-d’œuvre, selon les directrices interrogées mercredi.

Chose certaine, la DPJ fait face à des défis importants: le bilan présenté mercredi parle des «longs délais d’attente pour l’obtention de services spécialisés, de la difficulté, pour les personnes en détresse, d’obtenir rapidement des réponses à leurs besoins, du manque criant de soutien aux enfants en milieu scolaire, de l’imposant et difficile travail des intervenants — un travail mal connu et trop peu reconnu —, de l’épuisement professionnel et de la pénurie de main-d’œuvre ».

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) estime que les centres jeunesse doivent se débrouiller avec un manque à gagner de 379 millions de dollars accumulé depuis l’année 2013-2014.

« Nous soulignons cette année les 40 ans de la Loi sur la protection de la jeunesse. Cet anniversaire est assombri par le drame de Granby et par la surcharge de travail constante du personnel des centres jeunesse. La mission jeunesse a de plus été frappée par la centralisation à outrance de la réforme Barrette qui a laissé en pan l’ensemble des services sociaux », a précisé le syndicat.