SFPQ: un automne chaud

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Le gouvernement ne devrait pas s’opposer ainsi aux syndicats, mais plutôt travailler dans un esprit de collaboration.
Photo: Getty Images Le gouvernement ne devrait pas s’opposer ainsi aux syndicats, mais plutôt travailler dans un esprit de collaboration.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Dans quelques semaines, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) fera part des demandes de ses membres au gouvernement Legault. Du côté fédéral, le SFPQ compte aussi faire pression auprès du futur premier ministre afin d’obtenir une déclaration de revenus unique, en l’occurrence celle de Revenu Québec. Des revendications qui risquent de tenir ce syndicat bien occupé. Entrevue avec son président, Christian Daigle.​

Comment avez-vous réagi lorsque le premier ministre Legault a mentionné que les surplus appartenaient aux Québécois, et pas aux groupes de pression ni aux syndicats ?

Christian Daigle : C’était assez maladroit de sa part, car en affirmant cela, il attaque sa base électorale. Les employés de la fonction publique et parapublique totalisent 500 000 personnes et sont aussi des électeurs. M. Legault ne connaît pas encore nos demandes salariales et autres [elles seront rendues publiques dans le courant de l’automne] qu’il se lance déjà dans une dynamique de confrontation. Le gouvernement ne devrait pas s’opposer ainsi aux syndicats, mais plutôt travailler dans un esprit de collaboration.

Parmi les demandes que vous ferez au gouvernement, quelle place occupera la rémunération ?

Ce sera une demande importante, car les salaires des employés de la fonction publique se trouvent en queue de peloton si on les compare à ceux des employés municipaux et à ceux versés aux employés de la fonction publique fédérale. Cette situation ne favorise pas le recrutement ni la rétention du personnel.

Quels sont les autres enjeux que vous comptez mettre en avant lors de la prochaine négociation ?

Un enjeu important concernera les services dispensés par la fonction publique en région. Le gouvernement précédent, dans le cadre de sa politique d’austérité, avait beaucoup coupé là-dedans. Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Legault n’a pas rétabli ces services au niveau où ils étaient avant les compressions. Cela oblige le gouvernement à sous-traiter et cela revient souvent plus cher que de confier les tâches à l’interne. Nous croyons que la population vivant en région a droit aux mêmes services que dans les grandes villes.

Qu’en est-il de la charge de travail ?

Elle s’alourdit. Le gouvernement ajoute des mandats aux personnes qui sont en poste sans ajouter d’effectif. Cela a pour effet d’accroître le nombre d’employés en congés de maladie et l’absentéisme. Nous comptons bien faire valoir ces points au gouvernement lors de la prochaine négociation.

Au fédéral, quelle est votre principale revendication ?

La question de la déclaration de revenus unique nous préoccupe grandement. Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, a déjà opposé une fin de non-recevoir à cette revendication. Or, peu importe le parti qui formera le prochain gouvernement, nous comptons le talonner pour obtenir une déclaration de revenus unique qui serait gérée par le gouvernement québécois. Cela permettrait d’économiser de l’argent et de faire gagner du temps aux entreprises et aux citoyens qui doivent notamment payer des comptables pour faire deux déclarations de revenus plutôt qu’une seule, comme cela existe dans les autres provinces. Cela permettrait aussi d’être plus efficace dans la lutte contre l’évasion fiscale [la SFPQ est d’ailleurs membre de la Coalition Échec aux paradis fiscaux qui prône un financement plus juste de l’État].

Quelques autres enjeux…

Dans les prochaines semaines, le SFPQ soutiendra par ailleurs les revendications des 500 employés de la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) qui ont amorcé une grève le 21 septembre. Les employés dénoncent les salaires insuffisants, le manque d’employés et les heures supplémentaires non payées. En juillet dernier, 60 % des membres ont rejeté l’entente de principe intervenue avec la SÉPAQ. Le report de la réforme électorale, après les élections de 2022, promise pourtant par le gouvernement Legault au cours de son actuel mandat, ne fait pas non plus l’affaire du SFPQ. C’est la raison pour laquelle le syndicat a adhéré, au début du mois de septembre, à la Coalition pour la réforme électorale maintenant ! Ce mouvement, comprenant 45 organisations de la société civile, demande au gouvernement d’entreprendre cette réforme électorale sans tarder.