FIQ et APTS: unies pour améliorer les conditions de travail dans le milieu de la santé

Pascaline David Collaboration spéciale
«La création des centres intégrés, ces méga-établissements, s’est faite sans la collaboration du personnel dans un contexte d’austérité et de compressions budgétaires, alors qu’il aurait fallu investir de l’argent pour s’assurer que la réforme ait du succès», affirme la présidente de l'APTS, Carolle Dubé.
Photo: Sébastien Saint-Jean Agence France-Presse «La création des centres intégrés, ces méga-établissements, s’est faite sans la collaboration du personnel dans un contexte d’austérité et de compressions budgétaires, alors qu’il aurait fallu investir de l’argent pour s’assurer que la réforme ait du succès», affirme la présidente de l'APTS, Carolle Dubé.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le réseau de la santé publique québécois ne se porte pas très bien, selon les organisations syndicales, et c’est un euphémisme. Après les multiples coupes budgétaires et les réformes en série subies par les professionnels au cours des dernières décennies, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) et la Fédération interprofessionnelle de la santé au Québec (FIQ) ont décidé d’unir leurs forces pour faire davantage valoir leurs demandes lors des prochaines négociations du secteur public.

« Travailler à se rendre malade, c’est terminé ». Voilà le slogan de l’alliance formée depuis l’automne 2018 et qui semblait naturelle pour les deux organisations aux multiples points communs, dont un effectif majoritairement féminin et des préoccupations similaires. Elles représentent à elles deux plus de 131 000 travailleuses du réseau de la santé et des services sociaux. « Nous vivons les mêmes difficultés, les mêmes souffrances », affirme la présidente de la FIQ, Nancy Bédard.

La réforme Barrette a été le point culminant d’un réseau déjà mal en point, selon elle, après les coupes et réductions de personnel faites par Philippe Couillard lorsqu’il était ministre de la Santé. « Ça a été la goutte d’eau qui a mis le chaos quand tout le monde était déjà à bout de souffle, ajoute Mme Bédard. Il faut qu’on puisse se remettre le plus rapidement possible de ces mesures administratives imposées depuis dix ans. »

Même son de cloche du côté de la présidente de l'APTS, Carolle Dubé. « La création des centres intégrés, ces méga-établissements, s’est faite sans la collaboration du personnel dans un contexte d’austérité et de compressions budgétaires, alors qu’il aurait fallu investir de l’argent pour s’assurer que la réforme ait du succès. »

Table commune

 

La FIQ et l’APTS feront donc front commun pour négocier avec le Conseil du trésor sur les matières dites intersectorielles, c’est-à-dire les conditions de travail qui s’appliquent à l’ensemble des salariées du secteur public et qui ont une incidence financière importante. Il est question de demandes salariales, de la retraite, des droits parentaux et des disparités régionales.

« Après qu’on eut accepté un quasi-gel des salaires pendant deux ans, puis des augmentations minimes, on apprend que des millions ont été versés aux médecins, souligne Nancy Bédard. C’est quelque chose qu’on a encore au travers de la gorge. »

Les questions d’embauche et de rétention en région éloignée n’en sont pas moins urgentes, selon la présidente de l’APTS. « Nous avons déjà de la difficulté à recruter du monde au CHUM à Montréal, alors imaginez à Fermont, au nord de la Côte-Nord », lance Mme Dubé.

Matières sectorielles

 

Deux tables de discussions distinctes seront également mises en place concernant les enjeux sectoriels, qui concernent uniquement le secteur de la santé et des services sociaux. Chaque organisation syndicale négociera les dispositions qui lui sont propres, directement avec un comité du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

L’APTS et la FIQ ont ainsi mené des analyses et des consultations auprès de leurs membres durant l’été pour définir des recommandations. La surcharge de travail, le nombre de jours fériés et de congés, la rémunération de certaines responsabilités professionnelles (primes) ainsi que les allocations de déplacements seront au cœur des discussions.

« Beaucoup de gens partent épuisés ou sont obligés de s’arrêter, tant la charge émotionnelle et mentale est lourde, et le nombre d’accidents du travail a aussi augmenté de 4 % l’an passé , alerte Nancy Bédard. Il faut constamment prioriser les soins et éteindre des feux, ce n’est plus tenable. » Elle met en cause le refus quasi systématique des demandes de congés, le temps supplémentaire obligatoire, les horaires connus au dernier moment et l’absence de dispositions adéquates pour concilier la famille et le travail.

Une enquête de l’APTS menée sur la période 2016-2018 a d’ailleurs montré une hausse inquiétante de la détresse psychologique chez ses membres, intimement liée à leurs conditions de travail.

Vers le dialogue

 

Depuis l’arrivée de François Legault au pouvoir, la présidente de l’APTS note une amélioration de la communication avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, par l’entremise de Danielle McCann. « Ils ne disent pas oui à tout ce qu’on veut, mais on les sent très à l’écoute », estime-t-elle.

Mme Dubé fait toutefois preuve de réserve, puisqu’il s’agit de la première fois que la CAQ négociera dans le secteur public. La déclaration de François Legault, lors de la clôture du caucus tenu à la mi-septembre à Rivière-du-Loup, ne lui a également pas plu. Le premier ministre avait fait savoir que les surplus budgétaires appartenaient aux Québécois, et non aux syndicats. « S’il y a autant d’argent dans les coffres du gouvernement, nos membres y ont contribué par les mesures d’austérité, c’est leur droit d’avoir un juste retour », plaide-t-elle.

Si Nancy Bédard a également trouvé cette sortie maladroite et « ordinaire », elle tient à rester optimiste. « Dans son discours inaugural, Legault avait reconnu que les travailleurs avaient été éprouvés, rappelle-t-elle. Cela va faire un an, il doit passer de la parole aux actes. »

La FIQ et de l’APTS se disent désormais prêtes à tout mettre en place pour que leurs membres obtiennent de meilleures conditions de travail, et ainsi améliorer la qualité des soins et des services offerts à la population.


 

Une version précédente de ce texte, qui indiquait erronément que Carolle Dubé était la présidente de la FIQ, a été corrigée.

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