Québec exhorté à adopter une politique contre le racisme

Entre 2015 et 2016, les crimes haineux ont connu une hausse de 21% au Québec.
Photo: Marco Piunti / Getty Images Entre 2015 et 2016, les crimes haineux ont connu une hausse de 21% au Québec.

C’est une question de « cohésion sociale ». Devant l’augmentation des discours haineux dans la société et considérant les conséquences de ce racisme sur la vie des Québécois qui en sont victimes, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a exhorté mardi Québec à adopter une politique de lutte contre le racisme et toutes formes de discrimination.

Dans un rapport publié aujourd’hui, l’organisme recommande également au gouvernement de mettre en place un groupe de travail pour organiser la riposte contre les « discours de haine sur Internet ». L’image et la représentation négatives dans les médias de minorités étant un des vecteurs de cette haine, résume la Commission.

Lors d’une conférence de presse, la vice-présidente de la Commission, Myrlande Pierre, a admis qu’un problème de « racisme systémique » était perceptible au Québec, comme ailleurs dans le monde et que beaucoup de débats publics dans les dernières années ont libéré une parole raciste, contre laquelle il faut désormais lutter. « C’est un mal social qu’il faut éradiquer », a-t-elle dit.

« Le contexte international, avec la montée au pouvoir de partis populistes, voire d’extrême droite, constitue un facteur supplémentaire qui participe de l’essor de groupes anti-immigration et antimusulmans, ici et maintenant », écrivent par ailleurs les auteurs d’une vaste étude menée entre mars 2017 et octobre 2018 à travers le Québec auprès de 86 victimes d’actes haineux sur le territoire afin d’en mesurer « la dimension humaine ». Le document est présenté dans le cadre du plan d’action gouvernemental 2015-2018 sur la radicalisation au Québec. Il a été qualifié de « recherche qualitative [sur les actes et crimes haineux] d’envergure inédite ».

Entre 2015 et 2016, les crimes haineux ont connu une hausse de 21 % au Québec, contre 3 % pour le reste du Canada. Après un pic de 2000 crimes haineux recensé au pays en 2017, les données préliminaires pour 2018 indiquent un recul d’environ 13 % au Canada. Mais la Commission souligne que ces crimes demeurent toujours plus élevés chaque année depuis 2009. Elle précise également que 78 % de ces crimes ne sont pas déclarés, en raison entre autres du manque de confiance des victimes envers le système policier et judiciaire.

Au Québec, les minorités visibles et religieuses les plus ciblées par des crimes haineux déclarés sont les musulmans (24 %), les Arabes (11 %), les juifs (10 %) et les Noirs (7,5 %). La Commission souligne également que les groupes racistes sont mieux organisés, plus visibles et que leur parole s’en retrouve, par le fait même, banalisée, alors qu’elle ne devrait pas l’être.

À noter qu’en moyenne, les répondants ont reconnu avoir été exposés à 3 actes relevant de la xénophobie ou de l’islamophobie. Plus du tiers de ces victimes ont dû changer leurs habitudes de vie, alors que d’autres ont sombré dans l’isolement et la dépression, peut-on lire dans le document.

« Le sentiment qui a été le plus souvent évoqué par les victimes de ces actes est la peur, a résumé la chercheuse Houda Asal qui a pris part à cette enquête. Des gens évitent des lieux, se replient sur eux et expriment même un sentiment d’exclusion, y compris chez les personnes nées au Québec et qui finissent par se sentir étrangères dans leur propre pays, à force de voir leur identité réduite à une couleur de peau ».

Pour le président de la Commission, cette documentation des crimes et actes haineux « ne signifie pas » que « la société québécoise est, dans son ensemble raciste ou islamophobe », a-t-il dit, « Soyons clair : il n’est pas question de culpabiliser qui que ce soit, mais plutôt de reconnaître que les actes haineux, le racisme et la xénophobie existent et qu’il faut s’y attaquer ».

En mêlée de presse, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a déclaré que son gouvernement était ouvert à agir davantage pour lutter contre les gestes haineux, mais qu’il devait d’abord étudier le rapport. « Mais dans tous les cas, on invite les gens qui sont témoins ou victimes de gestes de cette nature-là à continuer à dénoncer », dit-elle.
 



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