La tempête «Dorian» fait des dégâts au Canada

À Halifax, des arbres déracinés se sont écrasés sur des maisons, sans faire de blessés graves.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne À Halifax, des arbres déracinés se sont écrasés sur des maisons, sans faire de blessés graves.

Rétrogradé au statut de tempête post-tropicale, l’ouragan Dorian s’est fait grandement ressentir lors de son passage dans les provinces de l’Atlantique et aux Îles-de-la-Madeleine en fin de semaine. Pannes d’électricité, arbres déracinés, inondations et toitures arrachées : les dommages matériels sont nombreux, mais on ne compte aucun blessé grave.

Après avoir épargné la côte Est américaine, Dorian a continué sa route vers le Canada où il a touché terre en Nouvelle-Écosse samedi soir, avant de frapper l’Île-du-Prince-Édouard puis les Îles-de-la-Madeleine. Il se dirigeait dimanche soir vers Terre-Neuve-et-Labrador.

« Les régions au nord-est de Terre-Neuve-et-Labrador pourraient encore avoir des vents forts associés à Dorian lundi matin », a précisé le météorologue Bob Robichaud, du Centre canadien de prévision des ouragans. Les rafales et les fortes pluies devraient être moins intenses que la veille dans les Maritimes. Des bourrasques allant jusqu’à 150 km/h ont été enregistrées, ainsi que des vagues atteignant 20 mètres de haut.

La Nouvelle-Écosse a particulièrement été secouée, alors que près d’un demi-million de foyers ont été privés d’électricité. C’est la capitale, Halifax, qui semble avoir été la plus touchée. Des images montrant une grue tomber sur un immeuble du centre-ville ont été partagées sur les réseaux sociaux. L’incident n’a fait aucun blessé.

Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Une grue s’est affaissée sur un chantier de construction à Halifax dimanche. On ne rapporte aucun blessé.

« Au centre-ville, le niveau de l’eau a beaucoup augmenté, l’eau a embarqué sur les quais et sur les routes. Des arbres ont été déracinés dans certaines rues et des feux de circulation ne fonctionnent plus. Dans mon quartier, ce n’est pas si pire, il y a surtout des branches d’arbre au sol », raconte au Devoir Geneviève Philibert, une Québécoise de 33 ans qui vit à Halifax depuis trois ans. Elle s’estime chanceuse, car sa maison a été épargnée. Elle a d’ailleurs retrouvé l’électricité dès 13 h dimanche.

De son côté, Christine Chantegreil, 48 ans, s’apprêtait à passer une nouvelle nuit dans le noir dimanche, alors que son quartier était toujours sans électricité. « Au moins, on a le gaz naturel à la maison et j’ai fait le plein de piles double A pour écouter la radio. On s’habitue avec mes enfants à ne pas avoir Internet », lance-t-elle d’un ton amusé.

Dimanche matin, après le passage de Dorian, Mme Chantegreil a constaté avec joie qu’aucun de ses biens n’avait été endommagé. Lors du passage de l’ouragan Juan en 2003, un arbre était tombé sur sa voiture. « Cette fois-ci, tout s’est passé dans le jour, alors ça faisait moins peur. En 2003, c’était en pleine nuit, on entendait les arbres tomber et le vent souffler, mais on ne voyait rien. C’était impossible de dormir », se souvient-elle.

Comme Mme Chantegreil, plus de 250 000 foyers de la province étaient toujours sans électricité dimanche soir. Et malgré les efforts de Nova Scotia Power, certains pourraient attendre encore plusieurs jours avant que la situation ne s’arrange.

« Ce n’est pas une question d’heures, mais bien de jours. […] Nous nous trouvons toujours dans une situation très dangereuse dans certaines régions de la province », a déclaré la chef de la direction de la compagnie, Karen Hutt, en conférence de presse dimanche, faisant allusion aux nombreux fils électriques tombés au sol. Quatre hélicoptères ont été mobilisés par l’entreprise pour évaluer l’ampleur des dégâts alors que 80 % des clients ont été plongés dans le noir la veille. Il s’agit de la pire panne de l’histoire de la province.

En tout, 700 militaires ont été déployés pour nettoyer les débris. La Croix-Rouge canadienne a ouvert trois abris d’urgence dans la région d’Halifax. De plus, toutes les écoles publiques de la Nouvelle-Écosse seront fermées lundi.

À l’Île-du-Prince-Édouard, il n’y aura pas non plus école lundi, alors qu’environ 36 000 foyers n’avaient toujours pas de courant dimanche soir.

Au Nouveau-Brunswick, les pannes affectaient encore 26 000 clients d’Énergie NB dimanche soir.

Le Québec n’a pas été épargné par Dorian puisque les Îles-de-la-Madeleine se trouvaient en plein dans sa trajectoire. Le vent a commencé à gagner en puissance samedi après-midi, pour atteindre jusqu’à 120 km/h dans la nuit. « Quand la noirceur s’est installée, c’est devenu un peu plus inquiétant, le vent bousculait notre roulotte, on s’est fait brasser pas mal. Rien d’assez puissant pour nous renverser, mais assez pour nous stresser », témoigne Alexandre Grégoire, venu passer deux semaines aux îles avec sa conjointe. À l’approche de l’ouragan, le couple a stratégiquement choisi de s’installer dans un camping sur l’île de Grande-Entrée, plus éloigné de l’eau et protégé du vent.

Réveillé par des vents plus intenses tôt dimanche matin, M. Grégoire n’a toutefois constaté aucun dommage dans le camping, à travers la petite fenêtre de sa roulotte où il était encore enfermé quand le Devoir l’a contacté en après-midi.

D’autres endroits des îles ont pourtant bel et bien été touchés par Dorian : bâtiments et bateaux endommagés, équipements entraînés dans la mer, arbres déracinés et portions du territoire fortement érodées. Le maire Jonathan Lapierre a déclenché un plan de mesures d’urgence et a demandé une aide financière à Québec.

Dimanche soir, ils étaient encore 1360 clients d’Hydro-Québec plongés dans le noir en début de soirée (ils étaient 7000 en matinée). Hydro-Québec planifiait de rétablir le courant dans la majorité des foyers d’ici la fin de soirée, puisque le vent avait perdu de son intensité.

Ailleurs dans la province, des vents forts ont soufflé en Gaspésie ainsi que sur la Basse-Côte-Nord.

Avec La Presse canadienne

Crise humanitaire aux Bahamas

Entre évacuations, recherche de victimes et risques sanitaires, les Bahamas se préparaient dimanche à faire face à une longue crise humanitaire, une semaine après le passage de l’ouragan Dorian. Le bilan provisoire n’a pas changé depuis vendredi : 43 morts. Mais il devrait grimper, selon les dirigeants de l’archipel. Au moins 70 000 personnes sont sans abri dans les îles les plus sévèrement touchées, Abaco et Grand Bahama. Nombre d’entre elles tentent par tous les moyens, bateau ou avion, de se rendre à Nassau. Leur île est privée d’eau et d’électricité, et les déchets s’amoncellent au milieu des débris sous une chaleur intense. Face aux risques sanitaires, le ministère de la Santé bahaméen et l’Organisation panaméricaine de la santé se veulent rassurants et indiquent qu’aucune épidémie ne frappe actuellement les Bahamas. Mais la dévastation est telle que l’archipel s’apprête à affronter une longue crise.
Agence France-Presse