Charbel, saint patron des Libanais chrétiens

Depuis sa mort en 1898, saint Charbel aurait fait plus de 29 000 miracles.
Photo: Patrick Baz Agence France-Presse Depuis sa mort en 1898, saint Charbel aurait fait plus de 29 000 miracles.

C’est le saint le plus populaire au Liban. Son existence fut un modèle d’ascèse et de recueillement. Il fut canonisé en 1977 par le pape Paul VI. Depuis sa mort en 1898, il aurait fait plus de 29 000 miracles. Saint Charbel, né Youssef Antoun Makhlouf, est comme le cèdre du Liban : il fait partie du patrimoine.

« En fait, il ne nous appartient plus ! J’ai voyagé au Canada où nous avons une église maronite [catholique orientale] à Outremont, et un peu partout dans le monde. Au Mexique, c’est l’oxygène des Mexicains et, au Bénin, il est considéré comme béninois », déclare avec force le père Tannous Nehmeh à quelques pas de la chapelle où sont célébrées cinq messes quotidiennes en la mémoire du saint thaumaturge qui a choisi la pauvreté et rejeté « toutes les vanités terrestres ».

Plus de trois millions de « visiteurs du monde entier » viennent tous les ans se recueillir devant son tombeau au monastère Saint Maron d’Annaya, où il vécut 16 ans, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Qui sont-ils ? Des malades, des miraculés, des exaucés ou tout simplement des croyants, comme Marcel Hinain. « J’ai visité le monastère plus d’une centaine de fois et fait le pèlerinage à pied deux fois lors de sa fête, le troisième dimanche de juillet, en compagnie de pèlerins qui marchent à partir de Beyrouth. »

Père de deux filles et d’un garçon, vice-président des relations externes de l’American University of Technology de Beyrouth, Hinain, 58 ans, « connaît bien » le « saint des saints » libanais. « Il était devenu ermite, vivait très frugalement, travaillait la terre et priait. Il refusait de voir ses parents quand ils visitaient le monastère. Très modeste, il parlait très peu. Il est vénéré par tous les Libanais sans distinction. »

Lumière sur la tombe

Quelques mois après la mort de Charbel, la veille de Noël à l’âge de 70 ans, une vive lumière aurait illuminé sa tombe. « Les gens des alentours accouraient pour voir et l’Église se mobilisa quand on a découvert son corps suintant le sang et l’eau, sa réputation gagnant le Liban », précise Hinain. Pour lui, comme pour la plupart des Libanais, le moine ermite est un père spirituel dans les moments difficiles, et Dieu sait que les habitants du pays du Cèdre en ont connu. La guerre civile (1975-1990) a fait plus de 100 000 morts et elle est encore dans la mémoire de tous.

« Mar [saint] Charbel représente l’espoir pour tous les Libanais, chrétiens et musulmans [pas les extrémistes !] », précise le père Tannous Nehmeh au moment où une femme âgée, la tête voilée, entre dans son bureau. « J’ai le cancer et j’aimerais s’il vous plaît avoir un peu d’huile. » Le père, qui dirige le monastère où vivent une douzaine de moines, ouvre un tiroir et tend à la musulmane une petite fiole remplie d’huile d’olive pure bénie par un moine et à laquelle sont ajoutées quelques gouttes du liquide ayant exsudé du corps de saint Charbel.

« Choukran ! » Les remerciements sont nombreux au monastère dont la première pierre fut posée en 1828, année de la naissance du saint moine maronite. Comment expliquer tous ses miracles qui ont crû ces deux dernières années ? Le père Nehmeh n’hésite pas une seconde. « C’est une tempête d’amour, de charité et de miséricorde qui a envahi ce monde sans valeurs. Saint Charbel est partout, Dieu lui a donné toutes les grâces. »

Preuves à l’appui : les milliers de lettres du monde entier conservées dans les registres du couvent.

« Au moins 10 % des 29 286 guérisons concernent des personnes non baptisées : sunnites, chiites, juifs, druzes, alaouites, bouddhistes… ». On le voit, pas de discrimination. Certaines de ces guérisons sont physiques, mais les plus importantes touchent l’âme. « Vous savez, la foi c’est comme l’amour, c’est notre lumière, sans elle on ne peut rien voir », souligne le père Tannous Nehmeh.

Le Liban, longtemps majoritairement chrétien, compte trois saints, dont une femme. Trois autres sont sur la liste d’attente pour être béatifiés. Comment l’expliquer ? « C’est un pays très proche de Dieu. N’a-t-il pas été cité au moins 70 fois dans la Bible ? »