Concert d’éloges pour le grand reporter Pierre Nadeau

Photo: Chantal Keyser Archives Le Devoir Au cours de sa carrière de plus de 25 ans à Radio-Canada, Pierre Nadeau a été à la barre d’émissions telles que «Le 60», «Pierre Nadeau rencontre» et le segment d’affaires publiques «Le Point» au téléjournal.

Le journaliste Pierre Nadeau est décédé mardi, des suites d’une longue maladie. Il était âgé de 82 ans.

Sa fille Pascale Nadeau, journaliste et chef d’antenne à Radio-Canada, a confirmé la triste nouvelle sur son compte Twitter. « Le coeur brisé, je vous annonce que ce matin, tout doucement, dans mes bras, est décédé mon courageux, résilient et combatif père, Pierre Nadeau. Je te souhaite le plus beau des voyages. Je t’[aime] », a-t-elle écrit.

M. Nadeau avait dévoilé publiquement qu’il souffrait de la maladie de Parkinson, lors de son passage à l’émission de Christiane Charette en 2008. Il avait raconté qu’à son retour d’un tournage en Cisjordanie, il avait découvert que « quelque chose ne tournait pas tout à fait rond ». Le célèbre journaliste avait donc décidé de s’« éloigner un peu du métier qui, de toute façon, se serait éloigné de [lui] ».

De nombreuses personnalités publiques québécoises, issues tant des milieux des médias et artistiques que de la classe politique, ont rendu hommage à Pierre Nadeau sur les réseaux sociaux et offert leurs condoléances à ses proches.

Sur Twitter, le chroniqueur à La Presse Stéphane Laporte a déclaré que c’était grâce au journaliste qu’il dévorait l’actualité depuis son enfance. « Il rendait le monde palpitant. Quand Pierre Nadeau était là, on ne voulait pas être ailleurs. Merci pour tout. Il y a un nouvel envoyé spécial au ciel », a-t-il écrit sur Twitter. De nombreux journalistes et chroniqueurs issus de différents médias ont également souligné la carrière du journaliste et témoigné leur sympathie à sa famille.

L’humoriste québécois François Pérusse a quant à lui écrit que Pierre Nadeau amenait le journalisme « au niveau suprême : celui où tout le monde veut le voir ». L’auteur-compositeur Stéphane Venne a salué « le style, la rigueur, la langue, l’élégance, la culture… et cette voix ! » de M. Nadeau.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a déclaré sur Twitter apprendre avec tristesse « le décès d’un grand du journalisme québécois ». « On s’ennuie de ses grands entretiens à Format 60. Pensées pour sa fille », a-t-il ajouté. Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, et la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, ont également souligné la carrière de Pierre Nadeau et offert leurs condoléances à ses proches, tout comme plusieurs ministres et députés des partis d’opposition.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a quant à elle qualifié Pierre Nadeau de « grand reporter montréalais » et « pionnier de la télé francophone ».

Le journaliste à la retraite Gilles Gougeon a fait parvenir une lettre au Devoir, dans laquelle il écrit que Pierre Nadeau « a survolé le métier en n’hésitant jamais à fondre sur les proies qu’il identifiait comme adversaires de la vérité ». Il ajoute que son ancien collègue de l’émission d’information jeunesse Bonjour dimanche était un homme « courageux, résilient, colérique, flamboyant, généreux, honnête ».

L’ex-journaliste et ex-éditorialiste au Devoir Serge Truffaut a travaillé avec Pierre Nadeau à la fin des années 1970, alors qu’il était documentaliste et recherchiste en économie à Radio-Canada. En entrevue au Devoir, il dit se souvenir d’un homme « d’une grande courtoisie, très aimable ». « Ils n’étaient pas tous comme ça », ajoute-t-il en riant.

M. Truffaut explique que Pierre Nadeau lui a appris « le souci du détail ». « Quand je remettais le résultat d’une recherche, il revenait avec des questions », illustre-t-il à propos de « l’exigence » de celui qui a animé les émissions Format 60 et Télémag. « Le jeune couillon que j’étais apprenait beaucoup », résume-t-il.

Pierre Nadeau est né en 1936 à Montréal. Il a fait ses débuts à la station de radio CJBR de Rimouski. Il s’est ensuite envolé pour Paris afin d’exercer le métier de reporter pour l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF).

À la fin des années 1950, il revient au Québec et Radio-Canada lui confie l’animation de l’émission de télévision Caméra, dès 1962. Trois ans plus tard, la chaîne publique le nomme correspondant à Paris. Au cours de sa carrière de plus de 25 ans à Radio-Canada, Pierre Nadeau sera à la barre d’émissions telles que Le 60, Pierre Nadeau rencontre, et le segment d’affaires publiques Le Point au téléjournal. Comme reporter pour la société d’État, il a également couvert des événements marquants à travers le monde.

Au début des années 1980, Pierre Nadeau est embauché par la chaîne TVA. Il y a coproduit et animé des émissions de variétés, telles que Ferland-Nadeau en direct, en compagnie du chanteur Jean-Pierre Ferland. Il a également présenté la série historique judiciaire Les grands procès.

Le journaliste est ensuite revenu à Radio-Canada, pour animer l’émission Enjeux.

Au cours de sa longue carrière journalistique, Pierre Nadeau a reçu de nombreux prix pour souligner l’excellence de son travail. Il est fait chevalier de l’Ordre national du Québec en 1992, puis reçoit le titre d’officier de l’Ordre du Canada en 2009. Ayant remporté un total de six trophées Gémeaux, il reçoit en 2001 le Grand Prix Gémeaux de l’Académie de la télévision et du cinéma. L’année suivante, Pierre Nadeau figure parmi la sélection des 50 personnalités les plus célèbres des 50 premières années de la télévision du Canada, une liste dressée par le Festival de Banff. Ses collègues journalistes lui décernent ensuite en 2008 le prix Judith-Jasmin pour souligner l’ensemble de sa carrière.

Avec La Presse canadienne