Le procès de Harvey Weinstein est reporté

Interrogé par le juge James Burke qui lui demandait s’il voulait aller au procès, Harvey Weinstein a ri et a répondu «pas vraiment».
Photo: Mark Lennihan Associated Press Interrogé par le juge James Burke qui lui demandait s’il voulait aller au procès, Harvey Weinstein a ri et a répondu «pas vraiment».

Le procès de l’ex-producteur de cinéma Harvey Weinstein, qui devait s’ouvrir début septembre, a été reporté au 6 janvier 2020, après qu’une actrice eut accepté de témoigner contre lui, en plus des deux femmes à l’origine de son inculpation pour agressions sexuelles.

Le producteur emporté par la vague #MeToo a plaidé non coupable lundi au nouvel acte d’accusation déposé contre lui par le procureur lors d’une audience de 15 minutes au tribunal d’État de Manhattan.

Le nouvel acte d’accusation rendu public après l’audience lundi cite désormais une troisième présumée victime, qui affirme avoir été sexuellement agressée par Harvey Weinstein à l’hiver 1993-1994 à Manhattan. Son nom a été barré du document. Mais l’avocate Gloria Allred, spécialisée dans la défense des victimes d’agressions sexuelles, a confirmé que l’accusation avait demandé à une de ses clientes, l’actrice Annabella Sciorra, de témoigner contre le producteur de 67 ans. Mme Sciorra est l’une des premières femmes à avoir accusé publiquement, dès octobre 2017, M. Weinstein de l’avoir violée, en 1993.

Un acte d’accusation inchangé

Le reste de l’acte accusation est inchangé, selon ces documents : si M. Weinstein fait l’objet de deux nouveaux chefs d’accusation pour agression sexuelle prédatrice, le juge James Burke n’a pas exclu que les anciens chefs d’accusation sous ce même motif soient supprimés lors d’une prochaine audience.

Sans confirmer le nom de Mme Sciorra, la procureure a confirmé, selon les documents rendus publics lundi, que cette troisième accusatrice s’était manifestée trop tard auprès du procureur pour figurer dans l’acte précédent. Ses accusations, vieilles de plus de 25 ans, sont trop anciennes pour être poursuivies séparément, mais elles devraient permettre à l’accusation d’étayer son dossier contre le producteur.

Face à ces nouveaux documents, un des avocats de Harvey Weinstein, Donna Rotunno, a dénoncé une tentative de la « dernière heure » de l’accusation pour sauver un dossier « faible ». La défense a 45 jours pour répondre au nouvel acte, et demandera « l’abandon des poursuites », a-t-elle ajouté après l’audience.

« Il n’y a pas de nouvelles accusations en soi, c’est plutôt que [l’accusation] essaie de s’y prendre de façon différente », a-t-elle estimé. « La façon dont ils ont essayé la première fois ne marchait pas, alors ils pensent qu’ils ont besoin d’ajouter une personne. »

Harvey Weinstein, qui a toujours assuré que ses relations sexuelles étaient consenties, a été accusé d’agressions sexuelles allant du harcèlement au viol par plus de 80 femmes, dont de nombreuses célébrités. Mais le cofondateur des studios Miramax et The Weinstein Company, longtemps l’une des puissantes figures d’Hollywood, était jusqu’ici poursuivi seulement pour deux agressions présumées, une agression sexuelle en 2006 sur une assistante de production, Mimi Haleyi, et un viol en 2013 sur une femme restée anonyme.

Si Mme Sciorra s’ajoute désormais à la liste des témoins pressentis pour l’accusation, trois autres femmes pourraient être appelées à témoigner contre M. Weinstein, qui risque la prison à perpétuité. La question n’a pas été évoquée à l’audience, mais un des documents rendus publics lundi mentionne trois autres personnes qui pourraient être citées à la barre. Leurs noms ont aussi été barrés, mais le document indique qu’elles pourraient témoigner pour des faits commis respectivement au printemps 2004 et en mai-juillet 2005, à New York, et dans un hôtel de Beverly Hills en février 2013.

Le nombre d’accusatrices de Weinstein citées à la barre pourrait être déterminant pour convaincre les jurés de le déclarer coupable, comme l’a montré la condamnation de Bill Cosby en 2018. Le premier procès, où une seule accusatrice autre que Mme Constand avait pu témoigner, avait été annulé faute d’unanimité du jury.