Capitales Médias pourrait être sans le sou à la mi-novembre

Le gouvernement est le principal créancier de Capitales Médias, qui publie «Le Soleil» à Québec, «Le Droit» à Gatineau, «Le Quotidien» à Saguenay, «Le Nouvelliste» à Trois-Rivières, «La Tribune» à Sherbrooke et «La Voix de l’Est» à Granby.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le gouvernement est le principal créancier de Capitales Médias, qui publie «Le Soleil» à Québec, «Le Droit» à Gatineau, «Le Quotidien» à Saguenay, «Le Nouvelliste» à Trois-Rivières, «La Tribune» à Sherbrooke et «La Voix de l’Est» à Granby.

Le temps presse pour trouver des acheteurs potentiels pour les six journaux du Groupe Capitales Médias (GCM), éprouvés financièrement. Les coffres pourraient être vides dès la mi-novembre, prévoit le syndic responsable du dossier.

« Ça prouve que le temps est notre pire ennemi et qu’il faut agir vite », lance le président du syndicat de la rédaction du Soleil, Jean-François Néron.

La Cour supérieure du Québec a donné son feu vert mercredi à l’aide d’urgence de 5 millions du gouvernement Legault, consentie pour maintenir sous respirateur artificiel les quotidiens du groupe. Acculé à la faillite, GCM a fait appel au tribunal en début de semaine pour se placer à l’abri de ses créanciers — protection qu'il a obtenue. Le groupe emploie quelque 350 artisans et publie notamment Le Soleil à Québec et Le Droit à Gatineau.

Ce prêt temporaire devait garantir la poursuite « intégrale » des activités de GCM d’ici la fin de l’année, avait alors laissé entendre le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Mais l’argent pourrait venir à manquer plus tôt que prévu, selon le syndic Christian Bourque, du cabinet Pricewaterhouse Coopers (PwC), chargé des démarches pour trouver d’éventuels acquéreurs.

Dans ses prévisions, le syndic a fait preuve de prudence, revoyant à la baisse les revenus à court terme pour GCM, alors que ses déboires financiers sont exposés au grand jour depuis lundi. Selon le portrait dépeint par PwC, l’entreprise accuse des pertes financières de 27 millions de dollars. Parmi la liste des créances, l’entreprise doit à Investissement Québec, le bras financier de l’État, environ 8 des 10 millions octroyés dans le cadre d’un premier prêt en 2017.

Soutenir

Maintenant que la bouée lancée par Québec a été autorisée par la Cour, Jean-François Néron souhaite rencontrer le plus rapidement possible le nouveau patron par intérim de GCM, Stéphane Lavallée. « On espère que la restructuration qui va être envisagée sera faite en collaboration avec l’ensemble des syndicats des six journaux », dit-il.

On espère que la restructuration qui va être envisagée sera faite en collaboration avec l’ensemble des syndicats des six journaux

« S’il y a un ou des repreneurs potentiels, on veut travailler en collaboration avec eux par la formation d’une coopérative de travailleurs » possiblement actionnaires, ajoute le journaliste, en écho à une solution mise de l’avant par la Fédération nationale des communications (FNC). Rattachée à la CSN, l’organisation représente une majorité des ouvriers de l’information de GCM.

« Que ce soit la mi-novembre ou la fin décembre, pour nous, le plan reste le même », indique de son côté Pascale St-Onge, présidente de la FNC. Celle-ci appelle également la population à « se mobiliser » pour aider les journaux en difficulté. « On encourage les gens à s’abonner et les entrepreneurs locaux à y placer de la publicité. »

Un message qui a aussi été lancé en début de journée par François Legault. Le premier ministre a appelé les Québécois à s’abonner aux médias de la province et à les « consulter le plus possible ». Si le gouvernement a la « responsabilité » de les protéger, « il faut aussi qu’il y ait une responsabilité qui vienne des individus. »

« Il y a un prix pour qu’on soit capable de payer les journalistes, payer l’équipe qui amène les informations à chaque jour dans chaque région du Québec, a-t-il déclaré. C’est important qu’on y contribue financièrement, tout le monde. »

Aux détracteurs de l’aide d’urgence octroyée par l’État, M. Legault a répliqué que ce « prêt temporaire » vise un maintien des six quotidiens de GCM — « essentiels à la démocratie » — jusqu’à la présentation du programme d’aide de son gouvernement.

Prévu pour l’automne, ce programme « permanent » concernera l’ensemble des acteurs de l’industrie. Le montant versé pourrait toutefois varier en fonction de la ville et du nombre de journalistes du média, a laissé entendre le chef caquiste, sans plus de détails.

Taxer

Les ennuis financiers de Capitales Médias — qui a vu son président, l’ex-député libéral Martin Cauchon, quitter le navire — ont continué à faire réagir le milieu journalistique. L’Association de la presse francophone a accusé les gouvernements provincial et fédéral de ne pas avoir agi plus tôt pour aider l’industrie déjà précaire.

Des pistes de sortie de crise ont émergé depuis l’annonce de la quasi-faillite de GCM, dont celle d’imposer une taxe aux Google et Facebook de ce monde. Taxer les géants du Web « relève du fédéral », a pointé mercredi François Legault. Il a par ailleurs écarté l’idée que le gouvernement renonce à acheter de l’espace publicitaire sur ces plateformes.

Pour le moment, le patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, est sur les rangs pour se porter acquéreur des journaux de GCM. Métro Média, propriétaire du quotidien gratuit Métro, aurait également entamé des démarches en vue de faire une offre, selon La Presse. Le Devoir étudie pour sa part une forme d’alliance avec Le Soleil.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a confié mercredi que le gouvernement espérait plusieurs offres de repreneurs auprès du syndic, pour « idéalement ne pas avoir de concentration » de la presse.

M. Fitzgibbon doute par ailleurs qu’un maintien des emplois chez GCM sera une garantie sine qua non pour tous repreneurs. « On n’est pas rendu là, mais je pense que la réponse va être non. Il faut que le mécanisme du journal fasse de l’argent. La rationalisation, il y en a partout », a-t-il expliqué

Le gouvernement est le principal créancier de Capitales Médias, qui publie Le Soleil à Québec, Le Droit à Gatineau, Le Quotidien à Saguenay, Le Nouvelliste à Trois-Rivières, La Tribune à Sherbrooke et La Voix de l’Est à Granby. À ce titre, le gouvernement jouera un rôle-clé pour la suite des choses, en gérant le processus d’acquisition des six quotidiens.