Face à l’afflux des touristes, le Louvre impose la réservation pour tous

La foule ne réduit pas devant l’attraction principale du musée: «La Joconde».
Photo: Loic Venance Agence France-Presse La foule ne réduit pas devant l’attraction principale du musée: «La Joconde».

Le plus grand musée du monde, qui a dépassé les 10 millions de visiteurs en 2018, est victime de bouchons, notamment devant « la Joconde ». Mais l’obligation de réserver, qui sera mise en place cet automne, a du mal à convaincre.

À partir de l’automne 2019, toutes les personnes qui souhaitent saluer La Joconde devront programmer leur visite à l’avance. Le Louvre vient d’avancer sa décision de rendre la réservation obligatoire pour toute entrée dans le plus grand musée du monde. La mesure devait à l’origine entrer en vigueur en 2020.

Officiellement, l’idée est de mieux répartir le flux de visiteurs dans la journée. Leur nombre a dépassé les 10 millions en 2018, un record mondial pour un musée. Et 2019 prend le même chemin : l’affluence n’est pas retombée depuis le week-end traditionnellement très fréquenté de Pâques. « Le Louvre suffoque », s’est alarmé le syndicat SUD Culture dès le mois de mai, appelant le personnel à une grève. « Alors que le public a augmenté de plus de 20 % depuis 2009, le palais, lui, ne s’est pas agrandi et les effectifs n’ont cessé de diminuer », alertait alors le syndicat. Depuis, l’établissement a finalement recruté une trentaine d’agents supplémentaires pour orienter le flux des arrivées.

La réservation fait pester

Fin juillet, le musée a tout de même dû refouler des visiteurs — il était considéré comme complet. Un phénomène plutôt rare pour le Louvre, qui peut notamment s’expliquer par la canicule : la chaleur suffocante a poussé les touristes à venir prendre le frais dans le palais du bord de Seine. Autre fait, rarissime celui-là : La Joconde a été déplacée le temps que sa salle soit rénovée, ce qui crée de nouveaux bouchons. Or on estime qu’entre 70 % et 80 % des visiteurs entrent au musée parisien spécifiquement pour voir le petit portrait peint par Léonard de Vinci, ce qui revient à devoir gérer l’afflux de 30 000 personnes par jour devant un seul tableau. Un phénomène unique au monde.

L’incident de fin juillet a en tout cas fait pester de nombreux touristes et observateurs, mais pas autant que la décision d’imposer à tous la réservation obligatoire. « Triomphe du tourisme de masse contre la délectation », a résumé sur Twitter La Tribune de l’art. « Pourquoi, au Louvre, ils ne font pas que CERTAINES zones en réservation obligatoire ??? », s’insurge une internaute. « Le musée est à 3/4 vide et on ne pourra plus passer à l’improviste au Louvre ? ! », s’indigne un autre. Il est vrai que 40 % des gens qui se rendent au musée parisien entrent sans payer, sur simple présentation d’un justificatif (étudiants, professeurs…) et qu’une partie des visites décidées sur un coup de tête ne sera plus possible.

Confortable à 50 %

D’autre part, hors de La victoire de Samothrace, La Joconde et quelques autres peintures visibles dans la Grande Galerie devant lesquelles tout le monde veut prendre le même égoportrait, « 50 % du Louvre est confortable et simple à visiter », estime Bernard Hasquenoph, auteur, journaliste et animateur du blogue « Louvre pour tou·te·s ». « Au château de Versailles, la question de la réservation devrait se poser, ajoute-t-il. En haute période touristique, c’est le chaos absolu. Il y a une seule entrée individuelle et une file d’attente de deux à quatre heures. Mais ce n’est pas du tout le cas au Louvre. » Le spécialiste se dit « dubitatif » quant à l’obligation de réserver. « Pour moi, il y a un motif financier : taxé de 2 euros de plus, le billet passe à 17 euros. »

Le Louvre reste « l’un des musées les plus abordables d’Europe », rétorque-t-on au sein de l’institution. Et la réforme « permet de lisser les entrées du public sur l’ensemble de la journée et l’ensemble de la semaine », plaide de son côté Vincent Pomarède, l’administrateur général adjoint du musée. « Avec la réservation obligatoire, on peut maîtriser l’entrée des visiteurs. Un visiteur qui ne peut pas entrer à 10 heures entrera à 10 h 30. Un visiteur qui ne peut pas entrer un jour entrera le lendemain. » D’ailleurs, c’est ce qu’ont fait « beaucoup d’autres musées », argumente le responsable. C’est vrai au Vatican ou à la Sagrada Familia à Barcelone, mais faux pour les Offices à Florence et encore moins pour la National Gallery à Londres, qui est par ailleurs gratuite, ce qui en fluidifie l’entrée. Réponse du Louvre : « Mais ils n’ont pas La Joconde ! »