Le Canton de Potton ouvre ses rues aux motocross et autres véhicules hors-route

Le Code de la sécurité routière permet aux municipalités d’autoriser par règlement la circulation de véhicules hors-route sur des chemins pour une période donnée.
Photo: iStock Le Code de la sécurité routière permet aux municipalités d’autoriser par règlement la circulation de véhicules hors-route sur des chemins pour une période donnée.

Des citoyens du Canton de Potton, en Estrie, pressent le ministre des Transports François Bonnardel d’intervenir contre un règlement municipal inusité qui autorise les véhicules hors-route à circuler partout.

« Il faut que le ministre prenne position », tonne Daniel Lemieux du groupe citoyen Action Potton. « Ce sont des véhicules qui ne sont pas conçus pour les routes. »

Adopté en mai dernier, le règlement fait en sorte que les VHR n’aient de « hors-route » que le nom et puissent circuler dans toutes les rues et artères de la ville en toute légalité.

Le règlement vise les motoneiges et tous les véhicules tout-terrain, tels les quads, les motocyclettes de type motocross et les trois roues.

À l’Hôtel de Ville, on fait valoir que le règlement ne changera pas grand-chose. « On a tout simplement officialisé ce qui se faisait déjà de façon illégale », explique le maire Jacques Marcoux.

À ceux qui craignent pour leur sécurité, le maire rétorque qu’« au fil des ans », il ne se rappelle pas qu’il y ait eu d’accidents impliquant des VHR sur ses routes municipales. Les VHR, mentionne-t-il, devront respecter les mêmes règles que les autres usagers (limites de vitesse, signalisation, etc.) et ne pourront pas circuler la nuit entre 22 h et 7 h du matin.

Ce sont surtout les citoyens de souche qui ont des VHR et circulent sur nos routes. Les valeurs des citoyens de souche et des villégiateurs sont bien différentes. […] Les villégiateurs, pour un grand nombre, viennent ici surtout la fin de semaine pour se reposer et ne pas être dérangés par le bruit.

Le maire Marcoux est néanmoins conscient du fait que son règlement crée un précédent. Il attend avec une certaine impatience la prise de position du ministre des Transports dans ce dossier.

Jeudi, le cabinet de François Bonnardel a confirmé que le ministre avait l’intention de trancher. Or, il n’est pas encore prêt à le faire, indique-t-on. « On prend le temps de bien analyser le dossier », a signalé son attachée de presse, Sarah Bigras. « On va statuer lorsqu’on aura le portrait global. »

Un précédent

Le Code de la sécurité routière permet aux municipalités d’autoriser par règlement la circulation de véhicules hors-route sur des chemins pour une période donnée.

Des villes comme La Tuque et Saint-Tite ont déjà adopté des règlements similaires pour certains tronçons de leur territoire, mais le Canton de Potton est la première municipalité à l’autoriser sur l’ensemble de son territoire.

À La Tuque, par exemple, la circulation des VHR a déjà été autorisée dans certaines rues de la ville à l’occasion des 12 heures d’endurance, une course de quads. Or, l’autorisation a été suspendue lorsque l’événement a cessé d’avoir lieu.

Le comédien Émile Proulx-Cloutier, qui fait partie du groupe Action Potton, s’étonne de l’écart entre les précautions prises par les autres villes et l’approche de Potton. À ses yeux, la Ville aurait dû au minimum tenir une consultation. « Le règlement a été présenté en sourdine sans consultation de personne. […] Il y a beaucoup de monde qui ne sait même pas que ça a lieu. C’est un enjeu qui aurait au minimum demandé une discussion. »

Et les policiers ?

En entrevue, le maire argue que l’opposition vient principalement des villégiateurs qui ne résident pas à Potton de façon permanente. « Ce sont surtout les citoyens de souche qui ont des VHR et circulent sur nos routes », dit-il. « Les valeurs des citoyens de souche et des villégiateurs sont bien différentes. […] Les villégiateurs pour un grand nombre, viennent ici surtout la fin de semaine pour se reposer et ne pas être dérangés par le bruit. »

Interpellés là-dessus, M. Lemieux et M. Proulx-Cloutier concèdent qu’ils sont tous deux de Montréal, mais affirment que leur mouvement compte aussi des résidents permanents. « C’est de la manipulation politique de dire que c’est la faute du 514 », dit M. Lemieux. « Il y a beaucoup de gens sur place qui disent que ce n’est pas une bonne idée. »

L’un d’eux, joint par Le Devoir, affirme que la décision de la Ville est « idiote ». « La majorité [des conducteurs de VHR], ce sont soit des ados ou des jeunes adultes qui roulent à pleine vitesse », avance Jean Soumis qui réside dans le canton depuis les années 1990. « Ils ne respectent pas les limites de vitesse de la municipalité. Il va se faire des courses sur les chemins. »

Le résident doute en outre de la capacité de la Sûreté du Québec (SQ) à les surveiller. « [Les policiers] sont ici deux fois par jour pendant deux heures », dit-il.

À cet égard, le maire Marcoux ne pense pas que cela va alourdir la tâche de travail de la SQ. « Je pense que nous allons probablement avoir une collaboration plus soutenue. Auparavant, ils ne portaient pas attention aux VHR, ils toléraient. Mais là avec le règlement, ça va amener les policiers à surveiller de plus près. »

Les accidents de VHR et de motoneiges causent en moyenne 50 décès et 800 hospitalisations au Québec chaque année selon un rapport publié en 2012 par l’Institut national de santé publique (INSPQ).