Syndicalisation chez Foodora: une bataille cruciale pour l’économie de partage

Les livreurs de Toronto et de Mississauga de la compagnie Foodora, une entreprise spécialisée dans la livraison de repas commandés en ligne, doivent décider, depuis le 9 août, s’ils acceptent d’être accrédités à un syndicat.
Photo: John MacDougall Agence France-Presse Les livreurs de Toronto et de Mississauga de la compagnie Foodora, une entreprise spécialisée dans la livraison de repas commandés en ligne, doivent décider, depuis le 9 août, s’ils acceptent d’être accrédités à un syndicat.

Une démarche de syndicalisation, actuellement en cours auprès des coursiers ontariens de la compagnie Foodora, pourrait changer le visage de l’industrie de l’économie du partage. Mais la partie est loin d’être gagnée et une longue contestation juridique est à prévoir.

Depuis le 9 août, les livreurs de Toronto et de Mississauga de la compagnie Foodora, une entreprise spécialisée dans la livraison de repas commandés en ligne, doivent décider s’ils acceptent d’être accrédités à un syndicat. Leur nombre est estimé à 950 par le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP).

Le résultat de ce référendum, qui prendra fin mardi et dont le résultat pourrait prendre un certain temps avant d’être dévoilé, pourrait être crucial pour les entreprises du même type que Foodora.

« Les scrutins vont rester scellés s’il y a des contestations. Et il y en a déjà, à cause du statut des travailleurs. Il faut s’attendre à des mois de batailles juridiques, nous sommes sur un terrain inconnu », prévient Jean-Philippe Grenier, troisième vice-président au STTP.

Le coeur du conflit entre le syndicat et Foodora repose sur la façon dont il faut considérer les livreurs. Sont-ils des travailleurs autonomes, comme le soutient l’employeur, ou bien des employés ? Leur statut fait toute la différence, parce que la loi fédérale ne permet pas aux travailleurs indépendants de se syndiquer.

Dans un échange courriel avec Le Devoir, Foodora indique que c’est la Commission des relations de travail de l’Ontario qui tranchera la question. « Nous sommes impatients de traiter du sujet directement avec la Commission », écrit une porte-parole de l’entreprise.

Cela fait près d’un an et demi que le STTP fait publiquement campagne pour syndiquer les livreurs Foodora des deux villes ontariennes.

Les derniers jours ont été mouvementés, car Foodora a décidé de faire activement campagne pour un vote en faveur du non en envoyant des messages à ses livreurs, sur son application. Cela lui a valu une plainte pour pratique déloyale de la part du syndicat, qui a aussi accusé l’entreprise de véhiculer des propos mensongers.

À Montréal

Le champ de bataille a beau être en Ontario, son déroulement est suivi attentivement par des coursiers de Montréal, car une victoire du STTP pourrait faire jurisprudence et ouvrir la porte à la syndicalisation des livreurs ailleurs au pays.

Des livreurs de courriers montréalais ont même pris contact avec le syndicat. « Nous avons eu des discussions, je ne peux pas en dire plus, parce que c’est très préliminaire », souligne Jean-Philippe Grenier.

« C’est un gros dossier qui va prendre du temps, et nous nous concentrons sur l’Ontario », ajoute-t-il.

Un livreur qui travaille entre autres pour Foodora à Montréal a indiqué au Devoir que ce sont surtout les coursiers qui ne livrent pas par l’entremise d’une application qui aimeraient se syndiquer. « La mobilisation est molle chez Foodora, je n’entends rien pour le moment. Les gens en faveur des syndicats sont maintenant dans la livraison papier, et les gens contre sont chez Foodora », illustre Philippe-André.

Un autre livreur montréalais avec qui nous avons discuté affirme lui aussi que le sujet n’est pas à l’ordre du jour chez les coursiers de Foodora.

« C’est pas mal le meilleur employeur du milieu à Montréal. Ils offrent le meilleur salaire et la couverture avec la CNESST [Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail] est gratuite. Le seul point de discorde, c’est que, depuis octobre 2018, les nouvelles personnes engagées sont sur une échelle de paye qui rapporte environ 20 % de moins que ce que les anciens gagnent », explique Guillaume.

Philippe-André est de son côté critique des conditions de travail chez Foodora. Il a même donné un coup de main lors du vote à Toronto.

« Les livreurs étaient réceptifs. Le monde se sent impuissant par rapport à leurs conditions de travail. Mais quand il y a des vagues comme ça, ils se disent qu’une solution est possible », raconte-t-il.

Selon lui, il y a matière à amélioration dans les conditions de travail des coursiers. Il a envoyé trois plaintes récemment à la CNESST. L’Association des messagers et messagères à vélo de Montréal avait lancé un appel à tous en mars pour inciter les coursiers à réclamer le statut d’employé à la Commission. Une des plaintes de Philippe-André a été rejetée, mais une autre a été retenue et suit son cours.