Bonnardel veut modifier le marquage au sol de la 440

Le ministre Bonnardel veut inciter les conducteurs québécois à modifier leurs habitudes sur la route.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le ministre Bonnardel veut inciter les conducteurs québécois à modifier leurs habitudes sur la route.

La modification du marquage de la chaussée sur l’autoroute 440, annoncée mardi par le ministre des Transports à la suite de la tragédie routière qui a fait quatre morts, est insuffisante pour prévenir d’autres accidents, estiment usagers et experts.

« Les conducteurs québécois ne respectent pas la ligne continue. Il y a énormément d’automobilistes qui coupent à la dernière minute, alors les mesures annoncées par le ministre seront-elles suffisantes ? Je n’en suis pas certaine », dit Michèle St-Jacques, professeure titulaire au département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure.

Le drame a forcé lundi la fermeture complète de l’autoroute 440 Ouest à la hauteur du boulevard Industriel. Deux poids lourds et au moins sept autres véhicules sont entrés en collision, provoquant d’importantes explosions. L’accident a fait quatre morts et quinze blessés dont trois reposaient toujours dans un état critique mardi. Une seule victime a été identifiée par les autorités. Il s’agit de Robert Tanguay Laplante, qui était âgé de 26 ans.

Au lendemain de l’accident, le ministre François Bonnardel s’est rendu sur les lieux du drame mardi pour visualiser et tenter de comprendre ce qui a pu se produire. Aussi achalandée que l’échangeur Turcot à Montréal, la voie de desserte, qui voit défiler quelque 300 000 conducteurs chaque jour, était déjà connue pour être problématique, a indiqué le ministre.

 

 

De 2014 à 2018, il y a eu 160 accidents dans ce secteur. De ce nombre, un a coûté la vie à un père de famille en 2016, puis deux autres ont fait des blessés graves en 2014 et 2018 et 40 ont fait des blessés légers. Quant aux 117 autres, il s’agissait d’accrochages dont les dommages n’ont été que matériels.

D’ailleurs, depuis le 1er mai, 25 plaintes concernant ce secteur précis ont été déposées à Transports Québec.

En attendant les conclusions de l’enquête, M. Bonnardel a annoncé que la ligne blanche menant à la voie de desserte sera prolongée pour éviter que les automobilistes s’y glissent trop à la dernière minute. « Il faut changer le comportement des automobilistes », a-t-il insisté.

« Malheureusement, la solution du ministre n’est pas la bonne », mentionne Pierre Yergeau, formateur en camionnage chez Formation Nord Sud. « Il y a une erreur de configuration dans ce secteur-là et il faut la corriger », plaide-t-il.

C’est que la ligne pleine menant à la voie de desserte vers l’autoroute 15 est actuellement trop courte pour contenir le nombre d’automobilistes qui veulent sortir de l’autoroute 440. La situation provoque donc un goulot d’étranglement et un ralentissement de la circulation, parfois jusque dans la voie de gauche où les véhicules circulent à plus de 100 km/h.

« Le secteur est névralgique et actuellement la marge de manoeuvre pour les poids lourds qui y circulent est presque inexistante, alors ce n’est pas un trait au sol qui va changer ça », dit M. Yergeau, qui n’emprunte plus cette voie en raison des risques qu’elle comporte.

Des discussions sont actuellement en cours entre le ministère des Transports et la Sûreté du Québec (SQ) pour savoir s’il y a possibilité d’avoir une surveillance policière accrue dans le secteur.

« Du marquage au sol sans qu’on augmente la probabilité de se faire prendre à commettre une infraction ne sera pas efficace. Il faut que les automobilistes prennent conscience de leurs gestes », souligne Mme St-Jacques, qui estime également qu’une amende plus salée pourrait inciter les conducteurs à être moins téméraires à l’approche des échangeurs.

Enquête en cours

La configuration des lieux ne serait toutefois pas le seul élément pouvant expliquer le carambolage mortel de lundi. La distraction d’un des chauffeurs concernés pourrait avoir provoqué l’accident. Plusieurs médias rapportaient mardi que les policiers tentent d’obtenir un mandat pour avoir accès à des données cellulaires.

Un malheureux scénario déjà vu, qui est relaté dans le rapport du coroner concernant le décès de François Marcoux en 19 février 2016 dans le même secteur. Le père de famille, qui se rendait à la garderie de ses enfants, lorsqu’il a percuté de plein fouet l’arrière d’un semi-remorque. Quelques secondes avant l’impact, l’homme avait texté sa conjointe. Le coroner concluait que l’accident a été causé par la distraction du cellulaire, qui aurait été dans la main de M. Marcoux. Au moment de l’impact, il aurait été éjecté au travers du pare-brise puisque les policiers n’ont pas retrouvé le téléphone sur les lieux.

Outre la distraction causée par le cellulaire, le rapport souligne aussi les problématiques dues à la configuration. « La congestion est toutefois fréquente au niveau de la bretelle de l’autoroute 15, sur l’autoroute 440 Ouest, entraînant une perte de fluidité de la circulation et les policiers y rapportent de nombreux accrochages », écrit la coroner Marie-Chantal Lafrenière dont le rapport a été rendu en décembre 2017.

La SQ a fait un appel aux témoins de la collision ou du comportement des véhicules dans les moments qui ont précédé l’accident de se manifester et de communiquer avec sa centrale de l’information criminelle.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que 25 plaintes ont été déposées à Transports Québec depuis le 1er août, a été modifiée.

 

4 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 7 août 2019 08 h 29

    Vitesse, énergie cinétique et ampleur des collisions

    Les collisions impliquant des camions ont des conséquences plus graves que celles qui n'impliquent que des autos. L'énergie cinétique est proportionnelle à la masse et au carré de la vitesse. Un camion qui roule rapidement ne peut s'arrêter sur une courte distance, les risques de collision sont grands et l'énergie en jeu dans l'impact est beaucoup plus grande que celle qui est échangée entre deux autos.

    En conséquence, sur tous les tronçons risqués, comme celui sur lequel le gros accident mortel s'est produit, la vitesse des camions devrait être limitée à 50 km/h par exemple. Et non pas 70 ou 90.

    Rappelons que l'intensité de la circulation est causée par l'étalement urbain qui se continue et par l'augmentation du transport de marchandises par camion. La surconsommation dégrade l'environnement et tue des voyageurs.

  • Will Dubitsky - Abonné 7 août 2019 08 h 56

    Solutions de pansement et la Montrealphobie de CAQ

    François Bonnardel propose un pansement qui ne fonctionnera pas.

    Le problème est qu’il ya trop de véhicules utilisant les autoroutes pour aller à Montréal et en sortir et que le volume augmente chaque année. Néanmoins le CAQ investit 70% de son budget de transport dans les autoroutes et 30% dans les transports en commun. C'est l'inverse en Ontario.

    Valérie Plante a soulèvé cette question. Mais CAQ souffre de Montréalphobie + n'offre aucune solution à long terme.

  • André Lussier - Abonné 8 août 2019 10 h 40

    Boutade

    Si les lignes avaient 2 pieds d'épais, les automobilistes seraient bien obligés de les respecter, mais ce n'est que la boutade qu'un policier m'a dite il y a quelques années. Et ni le pétrole, ni les véhicules ne coûtent assez cher pour ralentir la croissance du traffic. Les transports en commun sont la seule solution, mais on aime bien trop nos "chars" et l'étalement urbain en est à la fois la cause et la conséquence. Le financement des villes en dépend et c'est une erreur, demandez à un urbaniste. Mais les villes ne peuvent pas écouter. Alors on meurt sur les routes...

  • Julie Cossette - Abonné 8 août 2019 23 h 35

    LIMITER LA VITESSE!

    Et pourquoi ne pas déminuer radicalement la limite de vitesse dans ce secteur tellement dangereux?