La course autour du lac Saint-Jean

Si les différentes emprises de la Véloroute des bleuets relèvent des 16 municipalités autour du lac, celles-ci en ont cédé la coordination à un comité intermunicipal, qui en assure la gestion.
Photo: Charles-David Robitaille Si les différentes emprises de la Véloroute des bleuets relèvent des 16 municipalités autour du lac, celles-ci en ont cédé la coordination à un comité intermunicipal, qui en assure la gestion.

Arthur Buies parlait du lac Saint-Jean comme d’une « petite mer intérieure ». Quelque 1500 cyclistes s’apprêtent à faire le tour en une semaine de cette « oasis tempérée en milieu nordique », début août, dans le cadre du Grand Tour Desjardins, organisé par Vélo Québec. Cette portion de la Route verte du Québec, qui célébrera son 25e anniversaire l’an prochain, porte aussi le nom de Véloroute des bleuets. Et c’est l’un des tronçons les plus dynamiques de cette fameuse Route verte, qui relie en tout 5300 kilomètres à travers le Québec.

De fait, la gestion de ces 256 kilomètres de vélo, qui se distribuent à travers 16 municipalités autour du lac, incluant la réserve autochtone de Masteuiash, est assurée par un comité permanent, qui en diversifie les usages. Depuis 2013, il gère par exemple la traversée du lac Saint-Jean en fatbike en hiver, pour les amateurs. La région s’est également dotée d’un réseau de bornes qui permet à ceux qui pédalent sur un vélo électrique de recharger rapidement leur deux-roues. La Véloroute a même lancé une nouvelle bière blanche, La Becycle à pédales, brassée par la Microbrasserie du Lac-Saint-Jean et par La Chouape. La mousse des profits sera versée à la Véloroute. « Ce qui fait la réussite du concept par rapport à d’autres régions, c’est le fait qu’il relève d’une concertation réussie entre le monde municipal, le monde des affaires et le monde du tourisme », dit le directeur général de la Véloroute, David Lecointre.

Si les différentes emprises sur lesquelles roulent les cyclistes relèvent de chacune des municipalités, celles-ci en ont cédé la coordination à un comité intermunicipal, qui en assure la gestion.

Un projet un peu fou

C’est en 1995 que l’idée originale de créer une route verte au Québec a été déposée par Vélo Québec au bureau du premier ministre, qui était alors Jacques Parizeau. L’idée était « de connecter toutes les régions du Québec avec un ruban vert, un projet collectif », dit Louis Carpentier, qui est responsable de la Route verte chez Vélo Québec. « Il fallait être un peu fou pour pousser l’idée et la vendre aux politiciens », dit-il. Il s’agissait aussi de fournir aux futures générations de cyclistes québécois un réseau sécuritaire pour pédaler.

À l’époque, le gouvernement achetait les anciennes emprises ferroviaires pour les convertir en pistes multifonctions, raconte Louis Carpentier. C’est ainsi que sont nées les populaires pistes Le P’tit Train du Nord, dans les Laurentides, Petit Témis, entre Rivière-du-Loup et Cabano, Les Bois-Francs, dans le Centre-du-Québec, ou Jacques-Cartier / Portneuf, dans la région de Québec. En Montérégie, c’est sur les marques d’une autoroute projetée, mais jamais construite, que La Montérégiade s’est dessinée, entre Saint-Jean-sur-Richelieu et Granby.

Près de 25 ans plus tard, la Route verte se déploie aujourd’hui sur 5300 kilomètres, et est considérée comme le plus important réseau cyclable relié en Amérique du Nord. Elle s’étire sur les frontières américaines, ontariennes et néo-brunswickoises, puis jusqu’en Abitibi et sur la Côte-Nord.

« La seule région qu’on ne touche pas, c’est le Nord du Québec, Radisson ou Chibougamau », dit Louis Carpentier.

900 nouveaux kilomètres ?

Si l’on en croit les promesses du gouvernement du Québec, en lien avec sa politique de mobilité durable, 900 nouveaux kilomètres devraient s’ajouter au circuit de la Route verte au cours des prochaines années.

Pour être admissibles à la dénomination de route verte, les circuits doivent répondre aux critères d’accessibilité, de sécurité et de permanence.

À l’heure actuelle, 40 % de la route québécoise est située sur des pistes cyclables. Les 60 % restants se déploient sur des accotements routiers ou sur des « chaussées désignées », comme on appelle des rangs de campagne peu fréquentés, par exemple. Pour faire partie de la Route verte, les accotements routiers doivent être d’une largeur de 1 à 1,75 mètre, selon le débit des voitures et la vitesse à laquelle elles roulent.

Ce sont ces normes qui font, entre autres, que certains segments sont toujours manquants à la Route verte.

C’est le cas, notamment, des 100 kilomètres qui séparent Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine et Rivière-au-Renard, à la pointe de la Gaspésie. Lorsque la Route verte a été inaugurée dans cette région, ce segment ne comptait pas d’accotement, et n’était donc pas admissible au projet. « Depuis, chaque fois que le ministère des Transports fait des travaux, il essaie d’élargir le plus possible », dit M. Carpentier.

Idem pour toute la région de Charlevoix, qui n’est pas encore reliée au réseau. Et ce n’est pas faute d’avoir des paysages à partager… Les cyclistes aventureux et dégourdis, qui veulent rejoindre le lac Saint-Jean à partir de Québec, par exemple, doivent prendre le traversier qui part de Rivière-du-Loup vers Saint-Siméon. Au Lac-Saint-Jean, la Véloroute des bleuets a annoncé un plan de 16 millions de dollars, notamment pour ajouter des segments de pistes cyclables au réseau.

David Lecointre explique que 50 % de la Véloroute des bleuets est en piste cyclable, que 25 % est en chaussée désignée et que 25 % se déroule sur l’accotement de la route 169.

« On voudrait sortir 24 kilomètres de l’accotement de la route 169 et les replacer sur une piste cyclable, ajoute-t-il. On voudrait aussi supprimer des traverses de la route. »

Fait à noter, la moitié des cyclistes qui circulent annuellement sur la Véloroute des bleuets sont des usagers locaux ; 35 % proviennent d’autres régions du Québec et 15 % viennent de l’extérieur du Québec et du Canada.

En tout, ce sont 250 000 passages cyclistes par année qui ont lieu sur la Véloroute des bleuets. Dans l’ensemble du Québec, les sections les plus achalandées de la Route verte se trouvent en milieu urbain.

« On compte 8000 passages cyclistes par jour, en été, sur la côte Berri, à Montréal », remarque Louis Carpentier.

Le succès d’une section régionale de la Route verte dépend aussi beaucoup de l’intérêt démontré par le milieu.