Sursis refusé pour un demandeur d’asile bisexuel

Karim (nom fictif), un guineen bisexuel, soutenu par Christian Tanguay, du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal et de Meryem Benslimane, d’Action LGBTQ avec les immigrantEs et réfugiéEs (AGIR), pendant une conférence de presse dimanche dernier.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Karim (nom fictif), un guineen bisexuel, soutenu par Christian Tanguay, du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal et de Meryem Benslimane, d’Action LGBTQ avec les immigrantEs et réfugiéEs (AGIR), pendant une conférence de presse dimanche dernier.

La Cour fédérale a refusé d’accorder un sursis à un demandeur d’asile guinéen menacé de déportation vers son pays d’origine, mercredi. L’homme qui craint pour sa vie dans son pays d’origine en raison de son militantisme politique et de sa bisexualité espère maintenant une intervention ministérielle.

Dans son jugement de neuf pages, le juge Roger R. Lafrenière a conclu que la décision de l’agent de la procédure d’examen des risques avant renvoi lui paraissait « entièrement raisonnable ».

« Maintenant, je suis en route vers la mort », a déploré Karim (nom fictif) en entrevue au Devoir. L’homme souhaite conserver l’anonymat pour protéger sa femme et ses enfants, qui vivent cachés en Guinée. « Je sais ce qui m’attend dans mon pays. Il me reste quelques jours en vie », a-t-il laissé tomber, la voix nouée d’émotion. « Je n’avais pas le souhait d’avoir 30 années et d’être lapidé », a-t-il ajouté.

L’avocat de Karim, Me Stewart Istvanffy, a qualifié la décision de « surprenante ». « Quand on décide de mettre de côté toutes les preuves pour défendre la finalité des décisions de l’administration il y a un problème de droits humains très important », a-t-il dénoncé. « Je ne crois pas que ça respecte la Charte [des droits et libertés], je ne crois pas que ça respecte l’idée d’un État de droit », a-t-il soutenu.

« Le message est qu’ici au Canada, on ne va pas corriger les erreurs. Les gens peuvent retourner à la torture ou à la mort, et les cours ne vont pas intervenir pour l’arrêter », martèle Me Istvanffy. Il compte maintenant demander l’intervention du ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen.

« Il y a quelque chose qui ne va pas ici. On ne peut pas refuser un tel dossier et encore croire dans le droit à l’égalité pour la communauté LGBTQ +, ici au Canada », a-t-il dénoncé. À moins d’une intervention de dernière minute en sa faveur, Karim sera expulsé le 3 août par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Des organismes déçus

Plusieurs organismes communautaires ont épaulé Karim dans ses démarches. Christian Tanguay, directeur général au Centre communautaire LGBTQ + de Montréal, s’est dit « stupéfait » de la réponse du gouvernement fédéral.

De son côté, Meryem Benslimane, administratrice du groupe Action LGBTQ avec les immigrantEs et réfugiéEs (AGIR), a déclaré que les gens au sein de son organisme étaient « bouleversés » par la décision de refus de sursis. « Nous ne comprenons toujours pas pourquoi son dossier, malgré toutes les preuves, a été rejeté une fois de plus », a-t-elle questionné. Elle soutient qu’« une mort certaine » attend Karim à son retour en Guinée. « Nous implorons le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, de stopper cette déportation », demande-t-elle.

Contacté par Le Devoir, un porte-parole du ministère de l’Immigration a répondu par courriel « [comprendre] que les décisions sur les cas d’immigration peuvent avoir un impact profond sur la vie des individus ». Il a ajouté que le ministère était « déterminé » à faire en sorte que les personnes expulsées du Canada ne soient pas envoyées dans un pays où elles seraient en danger. Il ne s’est toutefois pas prononcé sur le cas de Karim, invoquant les lois canadiennes sur la protection de la vie privée.