Un demandeur d’asile menacé de déportation dit craindre pour sa vie

L’homme guinéen s’est adressé aux médias dimanche en tournant le dos aux caméras pour préserver son anonymat. Il tentera d’obtenir un sursis lundi après-midi, lors d’une audience devant la Cour fédérale.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’homme guinéen s’est adressé aux médias dimanche en tournant le dos aux caméras pour préserver son anonymat. Il tentera d’obtenir un sursis lundi après-midi, lors d’une audience devant la Cour fédérale.

Un demandeur d’asile guinéen arrivé à Montréal en 2016 espère une intervention de la Cour fédérale pour lui éviter d’être déporté vers son pays d’origine. Faisant valoir que sa vie y est menacée en raison de son militantisme politique et de sa bisexualité, il a pourtant essuyé plusieurs refus lors de ses précédentes demandes de régularisation de son statut au Canada.

« J’ai fui mon pays parce que j’étais persécuté, non seulement par le pouvoir en place, mais aussi par ma famille », clame Karim (nom fictif), en arguant que « [ses] jours sont comptés ». L’homme souhaite conserver l’anonymat pour protéger sa femme et ses enfants, qui vivent cachés en Guinée. « Je n’ai aucun soutien, je n’ai rien dans mon pays », a-t-il raconté aux médias en conférence de presse, ajoutant avoir quitté le pays alors que sa fillette n’était âgée que de trois mois. « Ma femme ne reçoit rien, sauf ce que je lui envoie pour manger », poursuit-il.

À moins d’une intervention de dernière minute en sa faveur, il sera expulsé le 3 août par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

En entrevue avec les médias, son avocat, Stewart Istvanffy, estime qu’il s’agit d’une « lutte contre la bureaucratie ». « On ne tient pas compte des preuves », soutient-il, ajoutant disposer de « preuves par-dessus la tête des dangers pour lui en Guinée ». Le Devoir n’a toutefois pas été en mesure de consulter ces documents.

« Même le fait qu’il y a un article de journal, où son propre parti politique l’a dénoncé publiquement au début de janvier 2018, même le fait [qu’il y ait eu] des manifestations où on brandissait sa photo et qu’on criait pour sa mort en Guinée. On a donné des photos. Tout ce qu’on a produit n’a pas d’importance », dénonce-t-il.

Je n’ai aucun soutien, je n’ai rien dans mon pays

Me Istvanffy accuse également le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, de « [ne pas assumer] ses propres valeurs et les valeurs du Parti libéral du Canada ». « Lorsqu’ils essaient de rejeter tout le monde, surtout parce qu’ils disent que leurs histoires se ressemblent […], c’est extrêmement hypocrite », soutient-il. Il somme en outre le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, de faire enquête sur l’« extrême homophobie et [la] discrimination au sein de son ministère ».

La demande de statut de réfugié de Karim a été rejetée en 2017, mais il a réussi à obtenir un permis de séjour temporaire qui lui a donné un sursis de six mois. L’ASFC a toutefois refusé de prolonger ce délai. Il a également essuyé un refus de permis de résidence pour considérations d’ordre humanitaire. Une dernière demande d’examen des risques avant renvoi n’a pas non plus donné de résultat en sa faveur.

Soutiens nombreux

Dans ses démarches, Karim a reçu le soutien de plusieurs organismes communautaires, ainsi que du député solidaire Andrés Fontecilla. « Le gouvernement canadien s’apprête à commettre une très grande injustice qui aura de très lourdes conséquences sur la vie de Karim », prédit le porte-parole en matière d’Immigration à Québec solidaire.

Meryem Benslimane, du groupe Action LGBTQ avec les immigrantEs et réfugiéEs, avoue quant à elle avoir du mal à comprendre la décision de renvoi. « Il y a tellement de preuves au dossier […]. Ça a été jugé frauduleux et c’est un problème qu’il y a dans le système actuellement », constate-t-elle. « Ça n’enlève rien au fait qu’il soit une personne bisexuelle », dit-elle à propos du fait que Karim soit marié et qu’il ait des enfants.

D’après Christian Tanguay, directeur général au Centre communautaire LGBTQ + de Montréal, les commissaires en matière d’immigration peinent à comprendre la réalité sociologique de l’homosexualité dans les pays d’Afrique. « Il y a des personnes qui sont bisexuelles qui vont former des couples, avoir des enfants, mais qui ont aussi des relations homosexuelles à côté », illustre-t-il à propos des personnes de la communauté LGBTQ + vivant dans un contexte où elles sont en danger. Il suggère que le gouvernement forme ses employés à ce sujet.

Me Istvanffy tentera d’obtenir un sursis pour Karim lundi après-midi, lors d’une audience devant la Cour fédérale. « Je vais invoquer le respect de la Charte des droits internationaux et le manque de respect pour toute la preuve », a-t-il annoncé.

Au moment où ces lignes étaient écrites, ni le bureau du ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté ni celui du ministre de la Sécurité publique n’avaient encore répondu aux demandes d’entrevue du Devoir.