Accident d’hydravion d’Air Saguenay: les recherches de survivants se poursuivent

Gilles Morin est un employé d’Air Saguenay depuis 2011 et il aurait cumulé 20 000 heures de vol, selon son employeur.
Photo: Jean Tramblay via La Presse canadienne Gilles Morin est un employé d’Air Saguenay depuis 2011 et il aurait cumulé 20 000 heures de vol, selon son employeur.

L’hydravion d’Air Saguenay qui s’est abîmé lundi dans un lac du Labrador, faisant au moins trois morts, transportait quatre pêcheurs américains, a révélé mercredi la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Quatre occupants de l’appareil sont par ailleurs toujours portés disparus après une journée complète de recherches menées par des sauveteurs de l’armée et de la GRC au lac Mistastin, où la queue de l’avion et d’autres débris ont été repérés mardi matin.

Les corps de trois occupants de l’appareil avaient été retrouvés mardi, mais leur identité n’a pas encore été divulguée par les autorités. La GRC a toutefois précisé que les deux guides de pêche étaient de Terre-Neuve-et-Labrador et que les quatre pêcheurs étaient des Américains — ce sont tous des hommes.

La caporale Jolène Garland, porte-parole de la GRC, a admis que les chances que quelqu’un ait survécu à cet accident sont minces, mais elle a assuré que les équipes d’intervention feront tout ce qui est possible pour retrouver les quatre hommes toujours portés disparus. La GRC a pris le relais mercredi du Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage de l’armée, à Halifax, afin de poursuivre les recherches pour les quatre autres occupants de l’appareil.

Des policiers de la GRC étaient déjà sur les lieux mercredi, mais Mme Garland a précisé que l’équipe de récupération sous-marine ne devait pas arriver avant jeudi — l’éloignement du site a notamment retardé leur arrivée. Elle décrit le lac Mistastin comme un cratère « littéralement au milieu de nulle part », uniquement accessible par avion. Il fallait d’abord rassembler et transporter le matériel nécessaire, notamment des caméras vidéo sous-marines, ainsi qu’un outil de désincarcération pour pénétrer dans l’avion si nécessaire.

Les plongeurs de la GRC seront épaulés par les services aériens et des enquêteurs de la police fédérale, ainsi qu’une équipe au sol venue de Nain, un village inuit situé à environ 120 km au nord-est du lac Mistastin, sur la mer du Labrador.

Le pilote n’était pas un « cowboy »

Jean Tremblay, président d’Air Saguenay, a par ailleurs confirmé que c’est Gilles Morin, âgé de 61 ans, qui pilotait l’hydravion De Havilland DHC-2 Beaver. M. Tremblay a indiqué qu’il ne savait pas qui était porté disparu et qui était mort, mais il entretenait mercredi peu d’espoir, lui aussi, que des survivants soient maintenant retrouvés.

M. Tremblay a décrit son employé Gilles Morin comme un pilote expérimenté et réfléchi, aimé de ses amis et collègues. M. Morin est un employé d’Air Saguenay depuis 2011 et il aurait cumulé 20 000 heures de vol, indique son employeur. Selon M. Tremblay, Gilles Morin n’était pas un pilote qui prenait des risques, « un cowboy ».

L’hydravion, qui transportait quatre pêcheurs et deux guides de la pourvoirie Three Rivers Lodge, au Labrador, était parti lundi matin du lac Crossroads, à l’est de Schefferville, pour un camp de pêche sur le lac Mistastin. Lorsque le pilote n’a plus donné signe de vie, lundi soir, Air Saguenay a alerté les autorités. L’épave de l’appareil a finalement été repérée par un avion Hercules de l’armée mardi matin, à moitié immergée dans le lac isolé, à environ un kilomètre du rivage.

Le major Mark Gough, des Forces maritimes de l’Atlantique, qui a coordonné les opérations de sauvetage jusqu’à mardi soir, a souligné que tout éventuel survivant aurait donc dû nager sur une distance considérable avant d’atteindre le rivage.

Cause inconnue

La cause de l’accident reste inconnue. En entrevue mardi, M. Tremblay indiquait que les conditions météo semblaient très bonnes lundi et que l’avion était en bon état de fonctionnement. « Il y a eu une inspection ce printemps et il restait de nombreuses heures (de vol) avant qu’il ne soit nécessaire d’effectuer une autre inspection », a-t-il assuré.

La GRC ignore pour l’instant si l’avion s’est abîmé dans le lac à son arrivée ou à son départ. Le Bureau de la sécurité des transports du Canada mènera évidemment son enquête.

Robin Reeve, directeur adjoint du pourvoyeur Three Rivers Lodge, a refusé de commenter, mercredi, affirmant qu’il attendait des informations plus détaillées. Le site internet de la pourvoirie la décrit comme un « camp de pêche à la mouche en pleine nature, dans la brousse du Labrador », d’où les clients sont transportés par avion vers des lieux de pêche isolés, dans le cadre d’un forfait d’une semaine.

Selon une liste de rapports du BST publiés en ligne, il s’agit du quatrième accident impliquant un avion d’Air Saguenay — et toujours des hydravions De Havilland DHC-2 Beaver.

En juillet 2010, un Beaver s’est écrasé par mauvais temps dans une montagne près du lac Péribonka, au Saguenay—Lac-Saint-Jean, tuant quatre des six personnes à bord. En août 2015, un autre Beaver a heurté un flanc de montagne près des Bergeronnes, peu de temps après son départ du lac Long, près de Tadoussac, pour une excursion touristique. Les sept personnes à bord ont été tuées.

Et en juillet 2018, un autre DHC-2 Beaver s’apprêtait à quitter le lac Jules, près de Manic 5, avec quatre occupants, lorsque le pilote a constaté qu’il ne pourrait pas décoller avant d’atteindre le bout du lac. L’avion a finalement heurté des arbres qui ont endommagé l’appareil, mais personne n’a été blessé.