La Ville d’Ottawa laisse faire le propriétaire du Château Laurier

Voilà à quoi ressemblera le Château Laurier lorsque les travaux d’agrandissement auront été réalisés.
Photo: Ville d’Ottawa Voilà à quoi ressemblera le Château Laurier lorsque les travaux d’agrandissement auront été réalisés.

S’il n’en tient qu’au conseil municipal d’Ottawa, l’ajout d’une annexe au Château Laurier, emblème fort du coeur politique d’Ottawa, sera réalisé. Avec le soutien du maire Jim Watson, le conseil municipal d’Ottawa a refusé mercredi, à 14 voix contre 9, de révoquer le permis de bâtir déjà octroyé en juin 2018. Le conseil a confirmé cette décision lors d’un deuxième vote tenu jeudi. Il a ainsi renouvelé sa volonté de laisser se poursuivre le projet de la firme Larco Investments.

Pour la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, députée d’Ottawa-Centre et ministre responsable de la capitale fédérale, le projet n’est pas acceptable. Dans un communiqué publié jeudi, elle s’est dite d’accord avec ses commettants sur le fait que « tout ajout à cet édifice emblématique au coeur de notre capitale [doit être] compatible avec l’immeuble qu’ils aiment tant ». Elle considère que les propriétaires devraient « faire preuve de bon sens » et repenser leur projet.

La conseillère municipale Catherine McKenney s’est opposée au projet, signalant qu’elle ne croyait pas qu’on aurait pu proposer un pire design. Mais le maire d’Ottawa, Jim Watson, a indiqué qu’il en coûterait plus de 200 000 $ aux citoyens de sa ville pour lutter contre ce projet d’expansion, sans assurance de remporter la victoire. Le promoteur avait déjà prévenu la Ville que le rejet de son projet entraînerait des coûts juridiques importants.

Sept étages seront ajoutés au célèbre hôtel avec 147 chambres supplémentaires. L’édifice proposé, d’une dimension équivalente à un terrain de football, n’a rien des châteaux de la Loire auxquels s’identifie l’immeuble original.

Dans une lettre adressée au ministre Pablo Rogriguez, ministre du Patrimoine canadien et ministre responsable de la capitale nationale au Parlement, l’architecte Phyllis Lambert et le sénateur Serge Joyal ont vivement dénoncé ce projet. « Ce qui nous préoccupe profondément, c’est que l’on est en train de saccager l’intégrité de l’architecture originale du Château Laurier et que vous-même et la Commission [de la capitale nationale] avez déclaré forfait et vous en lavez les mains, comme s’il s’agissait d’une banale histoire d’arrière-cour. »

On est en train de saccager l’intégrité de l’architecture originale du Château Laurier

Le duo affirme que le ministre devrait demander « à rencontrer les membres de la famille Lalji », les propriétaires de l’immeuble, afin de leur expliquer qu’ils « partagent une responsabilité collective en étant propriétaires du château, un édifice historique », et que, ce faisant, l’objectif n’est pas de les empêcher de s’enrichir en agrandissant l’hôtel, « mais de le faire en respectant ce que nous avons été et ce que nous sommes ».

L’architecte Barry Padolsky a écrit pour sa part au premier ministre Justin Trudeau pour dénoncer ce projet. Pour lui, cet ajout en forme de « radiateur » horrifie la plupart des Canadiens.

Construit entre 1909 et 1912, avec l’appui du premier ministre Wilfrid Laurier auquel il doit son nom, il s’agit d’un projet emblématique du magnat du chemin de fer Charles Melville Hays, qui est mort dans le naufrage du Titanic alors qu’il était en route pour inaugurer l’hôtel. Ce bâtiment parmi les plus célèbres d’Ottawa a abrité durant de longues années le studio du photographe Yousuf Karsh, qui y a vécu et travaillé plusieurs années. Cet hôtel cinq étoiles, construit à l’origine au coût de 2 millions, est l’oeuvre d’architectes de Montréal, la firme Ross MacFarlane, qui s’employèrent, dans la construction de ce bâtiment, à rehausser l’allure de cette capitale politique forgée de toutes pièces.