Gicleurs dans les résidences: Québec bonifie son aide et repousse l’échéance

En cas d’incendie, près de la moitié des résidences privées pour personnes âgées ne sont toujours pas munies de gicleurs, malgré l’obligation d’en installer.
Photo: iStock En cas d’incendie, près de la moitié des résidences privées pour personnes âgées ne sont toujours pas munies de gicleurs, malgré l’obligation d’en installer.

Les propriétaires de résidences privées pour personnes âgées auront deux ans de plus que prévu pour installer des gicleurs dans leur établissement.

Ils auront droit aussi à un meilleur soutien financier du gouvernement pour effectuer les travaux.

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a dit mercredi, en conférence de presse, que le temps était venu de constater l’échec du programme mis en place en 2015 et de prendre les mesures nécessaires pour corriger le tir et accélérer la cadence.

En cas d’incendie, près de la moitié des résidences privées pour personnes âgées ne sont toujours pas munies de gicleurs, malgré le règlement en ce sens adopté en 2015.

Mme Blais a fait valoir que les irritants du programme mis en place par le gouvernement précédent, notamment sur le plan financier, étaient trop nombreux, certains propriétaires de résidences préférant fermer leurs portes plutôt que de se conformer aux règles.

Ce fut le cas de 549 petites résidences qui ont cessé leurs activités ces dernières années.

Québec va donc faire passer de 3300 $ à 5000 $ le montant de la subvention versée pour chaque gicleur installé, une majoration évaluée au total à 30 millions $ qui fait grimper le coût du programme à 212 millions $ cette année.

On va aussi procéder plus rapidement pour effectuer les paiements et ainsi faciliter l’accès au crédit pour les propriétaires : 25 % de la subvention sera disponible dès la signature du contrat et 75 % dès la fin des travaux.

Il peut en coûter plusieurs centaines de milliers de dollars — quelque 300 000 $, en moyenne — pour installer des gicleurs dans toutes les pièces d’une résidence. Pour les petites résidences, cela peut représenter un gros trou dans le budget.

« Le problème, ce n’est pas les grandes résidences, c’est les petites résidences qui ne sont pas capables d’emprunter » l’argent nécessaire, a expliqué la ministre Blais.

Depuis la création du programme, Québec se donnait jusqu’à cinq ans pour rembourser les propriétaires. Dans bien des cas, bien après l’installation des gicleurs, Québec n’avait toujours pas envoyé le chèque attendu, plaçant certaines résidences dans une position financière très précaire.

Sur les 183 millions $ prévus en 2018, Québec n’a expédié que 1,7 million $ du total, à ce jour, une aberration selon la ministre Blais.

Pour les résidences de 30 unités et moins, Québec assumera 100 % de la facture, pour celles de 31 à 99 unités, 80 %, et pour celles de 100 unités et plus, 60 %.

Autre source d’irritation pour les propriétaires : le délai, jugé trop serré. La date limite pour munir ces résidences de gicleurs avait été fixée à décembre 2020. Elle est désormais repoussée à décembre 2022, donnant ainsi plus de latitude aux propriétaires pour procéder à leur rythme.

On compte 1791 résidences de ce type au Québec, dont seulement 799 sont actuellement munies de gicleurs en cas d’incendie.

Mais seulement 57 résidences ont jusqu’à maintenant pu bénéficier du programme de subventions mis en place en 2015, découlant du règlement imposant l’installation de gicleurs dans toutes ces résidences, sauf les très petites.

C’est l’évidence que le programme est « un échec », a dit Mme Blais, qui se dit déterminée « à accélérer la cadence ».

La décision de forcer toutes les résidences privées pour aînés à s’équiper de gicleurs avait été prise par le gouvernement à la suite de l’incendie majeur survenu en janvier 2014 dans une de ces résidences située à L’Isle-Verte, près de Rivière-du-Loup, une tragédie qui avait entraîné la mort de 32 personnes âgées.

Après enquête, le coroner avait inclus cette recommandation dans son rapport. Le nouveau programme d’aide financière permettra aux propriétaires de ne pas hausser le loyer des locataires, car « toute hausse des dépenses d’exploitation se traduit nécessairement par une augmentation de loyer », a fait valoir le secrétaire général du Réseau québécois des OSBL d’habitation, Jacques Beaudoin, qui s’est dit très satisfait de l’annonce.