Décès de la journaliste Renée Rowan

Renée Rowan dans la salle de rédaction du «Devoir», alors sur la rue Saint-Sacrement, en janvier 1990
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Renée Rowan dans la salle de rédaction du «Devoir», alors sur la rue Saint-Sacrement, en janvier 1990

« Je suis née avec Le Devoir dans les mains », disait la journaliste Renée Rowan, décédée dimanche à l’âge de 95 ans. Elle avait en tout cas ce journal dans la peau depuis très longtemps. Comme quelques artisans des commencements du journal, sa vie y avait été, par les hasards de la naissance, très étroitement liée. Son père était en effet lefrère de Georges Pelletier, deuxième directeur du quotidien, après son fondateur, Henri Bourassa.

En 1944, Renée Rowan est engagée par son oncle comme secrétaire du journal, peu de temps avant que celui-là se retrouve paralysé, ce qui entraîne, par un effet de rebondissement, un profond remue-ménage qui aboutit à une sorte de petit coup d’État, au terme duquel l’emporte le duo Gérard Fillion-André Laurendeau. Contre toute attente, elle profitera de cette nouvelle impulsion donnée au journal.

Un jour, selon ses souvenirs, Fillion décrète qu’elle peut faire bien autre chose que du secrétariat. Il dit : « Vous avez les capacités pour aller travailler dans la salle de rédaction… Si vous ne faites pas l’affaire, je vous reprendrai comme secrétaire. »

À Montréal, elle devient la première femme journaliste à être exclusivement attitrée à la section générale d’un grand quotidien.

« On n’entrait pas alors de plain-pied dans le métier, avec signature et gros titre », expliquait-elle lors du centenaire du quotidien. « Il fallait faire ses preuves ou son purgatoire, c’est-à-dire la « cuisine », en couvrant les chiens écrasés et les funérailles de personnes connues dans la société ou de dignitaires ; à l’église, on faisait circuler son calepin entre les rangées et chacun y inscrivait son nom, son titre. »

En 1951, on l’assigne à la couverture de tout ce qui bouge, roule, flotte. Attitrée aux transports, elle s’envole pour la première liaison inaugurale Montréal-Paris de TCA, la Trans Canada Airlines, devenue Air Canada.

À la pige

Pendant huit ans, le temps de se consacrer à ses enfants, elle prend une pause du Devoir. Mais elle arrive tout de même à écrire des textes à la pige pour divers magazines, de même que pour la radio et la télévision de Radio-Canada, dont Femmes d’aujourd’hui et Voulez-vous jouer avec moi ?, une émission de Guy Maufette.

De retour au journal, elle consacre une partie de ses journées à en alimenter la page dite « féminine ». Elle y tient une chronique sur la consommation intitulée « Le panier à provisions ». Lorsque les diverses incarnations de cette page « féminine » — après tout une idée d’homme, comme elle le dira — sont abolies en 1971, elle ne sera pas déçue : « Pourquoi, dit-elle, une page féminine alors que les femmes s’intéressent aux mêmes problèmes que les hommes ? »

Renée Rowan ne sera cependant pas dupe du chemin qui reste à parcourir. Elle est, par exemple une des premières à traiter, à la une, de « l’inégalité des femmes dans la fonction publique ».

Au Devoir, Renée Rowan aura une importance déterminante dans la promotion des dossiers féminins et féministes.

Sans jamais élever la voix, disent ceux qui l’ont connue, mais en ne démordant pas de l’importance de ses sujets, cette femme déterminée saura imposer des considérations de plus en plus grandes pour les problèmes sociaux. Avec sa camarade Solange Chalvin, elle en viendra ainsi, comme elle le relate elle-même, à couvrir un spectre social de plus en plus large, en vue de penser l’être humain dans sa totalité : décrochage scolaire, planification des naissances, avortement, drogue, consommation.

Renée Rowan a été officiellement employée par le Devoir jusqu’en 1990. Mais elle continuait, au début des années 2000, à signer des articles à la pige qu’on lui commandait, par exemple pour le cahier Livres, de même que pour des magazines. Elle est décédée paisiblement, au matin du 7 juillet.

« Elle adorait Le Devoir », dit sa fille Christine Rowan en entrevue. « Aux gens qui auraient voulu faire des dons à l’occasion de son décès, elle souhaitait qu’on les informe qu’elle préférait de beaucoup qu’on soutienne Le Devoirplutôt que de dépenser pour des fleurs. »