Les cartes des zones inondables seront légèrement révisées après des consultations publiques

La dérogation dont bénéficie Sainte-Marthe-sur-le-Lac se justifie à cause du «bris» de la digue végétale, a soutenu la ministre Andrée Laforest.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir La dérogation dont bénéficie Sainte-Marthe-sur-le-Lac se justifie à cause du «bris» de la digue végétale, a soutenu la ministre Andrée Laforest.

Certaines des nouvelles cartes des zones inondables seront révisées à la suite des consultations publiques qui se sont tenues jeudi, mais la ministre des Affaires municipales prévient qu’il n’y aura aucune autre exception comme celle accordée à la Ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

« Des gens déçus, il y en aura même après la révision des cartes », avertit la ministre Andrée Laforest. « Je tiens à dire que l’on comprend la déception, mais comme gouvernement, on doit être responsable et dire non », ajoute-t-elle en entrevue avec Le Devoir. Le mois dernier, Québec a annoncé un décret qui interdit désormais de construire, de reconstruire ou de réparer un immeuble situé dans une zone d’intervention spéciale (ZIS), qui englobe des secteurs inondables 0-20 ans.

Vendredi, au lendemain des consultations publiques qui ont eu lieu simultanément dans 25 municipalités du Québec, Mme Laforest précise que l’ouverture du gouvernement pour la révision du tracé de certaines des nouvelles cartes des zones inondables est loin d’être un recul.

« Les seules zones qui seront révisées sont celles qui ne font pas partie du 0-20 ans et qui n’ont pas été inondées, ni en 2017 ni en 2019 », martèle la ministre. D’ailleurs, Mme Laforest réitère qu’aucune ville, autre que celle de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, ne bénéficiera d’une exception au décret qu’adoptera prochainement le gouvernement. « Honnêtement, je trouve inadmissible que des municipalités veuillent redonner des permis dans des zones qui ont été déjà inondées », confie-t-elle. La dérogation dont bénéficie Sainte-Marthe-sur-le-Lac se justifie à cause du « bris » de la digue végétale, insiste-t-elle.

Il faut reconnaître que dorénavant, habiter à proximité de l’eau vient avec des risques et des dépenses

Par ailleurs, la ministre souligne que la grogne est bien moindre que la satisfaction de plusieurs municipalités. « Sur les 813 municipalités visées par les ZIS, 9 ont fait part au ministère de leur préoccupation quant à l’exactitude de ces cartes. C’est quand même réconfortant », fait-elle valoir.

Trouver l’équilibre

Considérant l’ampleur de la montée des eaux du printemps dernier, le gouvernement se devait d’agir rapidement, estime Ursule Boyer-Villemaire, professeure associée au Département de géographie de l’UQAM et membre du consortium EGIDE résilience, risques et catastrophes.

« Plusieurs scientifiques ont vu venir les situations actuelles et là, la réalité nous rattrape, alors c’est certain que la pilule est dure à avaler quand on te dit que tu ne peux pas rebâtir ta maison, mais malheureusement, il faut reconnaître que dorénavant, habiter à proximité de l’eau vient avec des risques et des dépenses et il y a une sagesse collective qui doit émerger de cette nouvelle réalité », mentionne Mme Boyer-Villemaire.

Il n’en demeure pas moins que la révision des zones inondables cible souvent le principal investissement d’un individu : sa maison. « Les sinistrés vivent énormément de stress et d’incertitude. C’est difficile, c’est pour ça qu’il est important de dépolitiser le débat, de ne pas travailler dans l’improvisation et surtout de solliciter l’aide d’experts indépendants », plaide Philippe Gachon, directeur du Réseau intersectoriel inondations du Québec.

M. Gachon rappelle qu’il sera important d’assurer un accompagnement des municipalités les plus durement touchées à la suite du décret. « Les municipalités dépendent de leurs taxes foncières, il faut que le gouvernement réfléchisse à, par exemple, des façons d’indemniser celles qui pourraient voir des quartiers complets disparaître », dit-elle.

Il faudra également penser à valoriser les zones qui seront désertées, souligne de son côté Mme Boyer-Villemaire. « Le terrain vague a mauvaise presse, mais il faut y voir le potentiel qu’il peut représenter pour la valorisation des berges, pour la création d’espaces collectifs au bord de l’eau où ça ne serait plus grave que l’eau s’introduise une fois de temps en temps sans faire trop de dommages », note-t-elle.