Le zéro déchet en famille… c’est possible!

Laure Caillot et sa fille Éloïse, six ans, font partie d’une famille zéro déchet. Elles se rendent à l’épicerie à vélo et apportent leurs contenants dans un sac qu’elles mettent dans un panier.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Laure Caillot et sa fille Éloïse, six ans, font partie d’une famille zéro déchet. Elles se rendent à l’épicerie à vélo et apportent leurs contenants dans un sac qu’elles mettent dans un panier.

Éloïse, six ans et demi, vit dans une famille zéro déchet. C’est difficile ? « Pas vraiment. C’est pour protéger la Terre. Si le zéro déchet n’existait pas, la planète ne serait pas en santé », répond-elle sur un ton assuré.

Éloïse n’a aucune collation préemballée dans ses lunchs. Elle va à l’épicerie en vrac avec ses parents. Reçoit souvent des activités en cadeaux. Et se déplace principalement à pied, à vélo ou en transport en commun. Parce que lorsqu’on a un mode de vie zéro déchet, on est écolo.

Sa maman, Laure Caillot, se fait toutefois rassurante : « Elle a la même vie que les autres enfants, c’est juste qu’on achète différemment. » Éloïse a des jouets comme ses amis. Elle porte de jolis vêtements et rapporte même à l’occasion de petits cadeaux en plastique reçus lors d’anniversaires.

« La clé — peut-être encore plus lorsqu’on a un enfant — est d’être indulgent avec soi-même. Il faut accepter que tous nos gestes ne sont pas parfaits », avance sa maman.

Parce que le zéro déchet, c’est avant tout un objectif vers lequel tendre plutôt qu’une cible fixe à atteindre, explique Mélissa de La Fontaine, auteure du livre Tendre vers le zéro déchet, qui vient de paraître aux Éditions La Presse.

« Ce n’est surtout pas une compétition pour savoir qui va avoir le moins d’ordures », dit-elle en s’esclaffant. D’ailleurs, ni Laure Caillot ni Mélissa de La Fontaine — deux figures bien en vue du mouvement zéro déchet au Québec — n’ont pour seule et unique poubelle qu’un pot Mason trônant sur leur comptoir. Une image associée à la blogueuse Béa Johnson, du site Zero Waste Home, qui démontre que le zéro déchet est possible. Mais qui rend, du coup, l’objectif inatteignable aux yeux de bien des mortels.

Faire de son mieux

« L’objectif, c’est de faire de son mieux. Et selon moi, tout le monde est capable de faire de son mieux », précise Mélissa de La Fontaine. Le zéro déchet, c’est donc avant tout une succession de petits gestes — parfois imparfaits — qu’on intègre progressivement à notre routine et qui au bout du compte ont un impact.

Il n’y a pas une formule à suivre, d’étapes à franchir ou de critères à respecter. Mais pour qu’une transition en douceur vers le zéro déchet soit couronnée de succès, il faut surtout respecter ses limites, avance Mélissa de La Fontaine. Sinon, les changements ne perdureront pas.

Le fait d’avoir des enfants, c’est une limite, un contexte particulier, soutient l’auteure. « Ça va définir ce qu’il va être possible de changer, mais aussi ce qui sera impossible. » Les couches lavables seront ainsi une option évidente pour bien des familles, mais pas pour toutes.

Éliminer les collations préemballées achetées à l’épicerie pour les lunchs des enfants sera facile à réaliser pour certains parents, mais sera une contrainte trop importante pour d’autres. Idem pour les produits ménagers et les aliments achetés en vrac, l’achat de vêtements d’occasion ou encore la réduction du nombre de jouets à la maison.

Et c’est sans oublier que les enfants, eux aussi, ont leurs propres limites qu’il faut respecter. « Ma fille va intégrer beaucoup de gestes et attitudes dans son quotidien, mentionne Laure Caillot. Mais il faut aussi accepter que l’enfant va rapporter à la maison des choses que nous n’accepterions pas nécessairement. »

Il y a quelques semaines, Éloïse a franchi avec succès le fil d’arrivée d’une course. La maman a bien sûr accepté que sa fille rapporte à la maison — avec une grande fierté, faut-il préciser — la médaille qu’elle a gagnée. Mais Éloïse a refusé la gourde d’eau en plastique qu’on a voulu lui remettre en cadeau — l’instant de fierté, cette fois, de sa maman. « Non merci, je n’en veux pas. Elle est en plastique. Et j’ai déjà une gourde à la maison », a-t-elle dit.

Discuter, mais pas culpabiliser

« Il faut laisser les enfants poser des gestes à la hauteur de ce qu’ils sont capables de faire », précise Laure Caillot. Il faut donc leur expliquer le comment, mais aussi le pourquoi du zéro déchet. « Quand le sujet se présente, on en profite pour discuter avec elle [de l’impact de la pollution et des déchets], mais ce n’est pas un sujet de conversation quotidien à la maison. »

Le choix des mots et la manière de présenter le sujet sont alors cruciaux, l’anxiété environnementale gagnant du terrain auprès des plus jeunes générations. « Je ne veux pas qu’elle se sente responsable et coupable pour les baleines qui mangent du plastique dans les océans », souligne Laure Caillot.

En France, en 2016, Bénédicte Moret et Jérémie Pichon ont publié un livre sur le zéro déchet spécialement dédié aux enfants. Intitulé Les zenfants presque zéro déchet. Ze mission, l’ouvrage, confectionné sous la forme d’une bande dessinée, explique de façon ludique et humoristique pourquoi c’est important de moins consommer et de toujours se demander si on a réellement besoin de ce nouvel objet. Par des missions à accomplir, le livre détaille quels sont les gestes qu’on peut poser pour avoir un impact.
 

Pour Éloïse, ce livre a été un outil fort utile qui lui a donné le goût d’embarquer — encore un peu plus — dans le mouvement. « Impliquer les enfants dans ce qu’on fait et dans les gestes qu’on décide de poser, ça les rend nécessairement curieux », estime Mélissa de La Fontaine.

Sauter dans le zéro déchet, c’est toutefois aussi s’exposer au jugement des autres. « Parce que choisir de changer ses habitudes pour mieux respecter nos valeurs ne signifie pas qu’on souhaite s’isoler de nos amis, de notre famille et de nos collègues », écrit l’auteure, celle-ci a développé la stratégie du territoire.

Lorsqu’elle se rend chez ses proches, elle respecte leur mode de vie. Mais à l’inverse, lorsqu’ils viennent chez elle, elle leur demande d’en faire autant.

«Au début, je ne comprenais pas, je me disais : “Moi, je n’attaque personne, pourquoi je me fais attaquer ?” Quelqu’un m’a alors expliqué : “Juste ton existence est culpabilisante. Tu démontres que ça se peut. Donc, si nous, on n’a pas envie de le faire… c’est culpabilisant !”»

Tendre vers le zéro déchet

Lancé par une pionnière du mouvement Zéro déchet au Québec, le petit ouvrage de Mélissa de La Fontaine se présente comme un guide de base pour mieux comprendre cette vague écolo qui prend de plus en plus d’ampleur. Praticopratique, ce condensé fait plus que réunir les gestes essentiels à adopter pour réduire la quantité de déchets de la cuisine à la salle de bains, il donne les outils et les références québécoises pour amorcer sa transition personnelle. Sans impératifs ni diktats, l’auteure et émule de Béa Johnson embrasse ce sujet parfois épineux avec bonhomie, humour et pragmatisme, d’avis que des objectifs réalistes valent mieux qu’un idéal jamais atteint. Choisir son combat, voilà qui résume bien l’esprit de ce petit compagnon de poche façonné pour verdir le quotidien.

Mélissa de La Fontaine, Éditions La Presse, 2019, 192 pages
Isabelle Paré