La punition corporelle disparaît progressivement au Québec

Selon la directrice de l’Observatoire des tout-petits, il ne faut pas sous-estimer l’impact sur les enfants de se faire crier après, de se faire menacer d’être abandonné, de se faire humilier ou traiter de stupide ou paresseux. Cela aura un impact sur son estime de soi et son développement.
Photo: Juan Monino Getty Images Selon la directrice de l’Observatoire des tout-petits, il ne faut pas sous-estimer l’impact sur les enfants de se faire crier après, de se faire menacer d’être abandonné, de se faire humilier ou traiter de stupide ou paresseux. Cela aura un impact sur son estime de soi et son développement.

Punition d’un autre siècle, la fessée ? C’est ce que suggère l’enquête « La violence familiale dans la vie des enfants du Québec » (réalisée pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux), dont les résultats ont été rendus publics cette semaine par l’Institut de la statistique du Québec. En 2018, moins d’enfants âgés de 6 mois à 17 ans ont reçu des tapes sur les fesses, les mains, les bras ou les jambes au moins une fois dans l’année (26 %) qu’en 1999 (48 %.)

De plus, l’occurrence de sévices plus graves, tels que frapper des parties du corps avec un objet dur, frapper d’un coup de poing ou secouer un enfant de moins de deux ans, est en baisse, passant de 7 % en 1999 à 3,4 % en 2018. Au total, 5184 répondants, dont 3984 mères et 1200 pères, qui vivent au moins 40 % du temps avec un enfant âgé de 6 mois à 17 ans, ont répondu à un questionnaire téléphonique.

« La norme sociale à l’endroit de la violence physique a considérablement changé. Est-ce que les comportements ont changé au même rythme ? On peut se poser la question », note le psychologue Camil Bouchard, auteur du rapport de 1991 « Un Québec fou de ses enfants ».Bien qu’il soit permis de croire que certains répondants ont pu masquer la réalité quant à leur comportement, le fait « que les parents soient conscients que la punition corporelle n’est plus acceptable aujourd’hui est une bonne nouvelle en soi », estime ce professeur à la retraite.

 
11 %
C’est la proportion des mères québécoises qui subissent de la violence conjuguale durant la période périnatale.

Se penchant sur les attitudes des parents québécois à l’égard de la punition corporelle en quatre époques (1999, 2004, 2012 et 2018), l’étude révèle une évolution des moeurs à l’égard de la violence physique, avec de moins en moins de mères et de pères qui se disent en accord avec le recours à la punition corporelle pour éduquer les enfants. Si en 1999, 29 % des mères québécoises affirmaient penser que certains enfants avaient besoin de tapes pour apprendre à bien se comporter, ce chiffre est passé à 7 % en 2018. Du côté des pères, cette proportion est passée de 34 % en 2004 à 11 % en 2018.

« Il y a plusieurs bonnes nouvelles dans cette enquête, la plus grande étant celle qui révèle que la vaste majorité des enfants vivent avec des adultes qui répondent à leurs besoins essentiels de sécurité et de développement (83 % à 94 %) », souligne Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits.

Les plus vulnérables

Selon Camil Bouchard, la couverture médiatique soutenue et les campagnes d’éducation ayant suivi la publication de l’enquête de 1999 ont eu un impact positif. Des niveaux de scolarité en hausse ainsi qu’une réduction du taux de pauvreté et du stress associé à la précarité économique ont aussi contribué à changer les moeurs. « Le message a passé, même si au fédéral, le Code criminel comporte encore un article qui permet aux parents et aux enseignants de poser des actions physiques sur les enfants », dit le psychologue.

Si la vaste majorité des enfants québécois (98 %) bénéficient de stratégies de discipline non violentes, 48 % des enfants se sont fait crier ou hurler après, traiter de noms ou menacer de recevoir la fessée ou de se faire frapper, et ce, à trois reprises ou plus durant une année, révèle l’enquête. Une statistique que Fannie Dagenais trouve préoccupante.

« Il ne faut pas sous-estimer l’impact sur les enfants de se faire crier après, de se faire menacer d’être abandonné, de se faire humilier ou traiter [de] stupide ou paresseux. Cela aura un impact sur son estime de soi et son développement et affectera le lien entre le parent et l’enfant. Cela peut fragiliser sa santé mentale, amener l’enfant à être en retraite, avoir des problèmes à gérer ses émotions et comportements », dit Fannie Dagenais, qui préconise des mesures pour diminuer le stress familial et soutenir une meilleure conciliation travail famille pour les foyers québécois. « Diminuer le stress familial en préconisant l’accès à des logements abordables, des mesures de soutien économique aux familles défavorisées, a assurément des effets préventifs contre la maltraitance. »